École normale supérieure

Séminaires des Transferts culturels 2016-2017

Organisé par Michel ESPAGNE, Pascale RABAULT-FEUERHAHN et Anne-Marie THIESSE
(UMR 8547 Pays germaniques – Transferts culturels).

Le séminaire est consacré aux recherches récentes et en cours dans le domaine des « transferts culturels ». L’axe fédérateur consiste à interroger les vecteurs du déplacement de contenus intellectuels dans l’espace et dans le temps, ainsi que les re-sémantisations engendrées par ces transferts.
Le séminaire accueille chaque année de nombreux spécialistes français et
étrangers qui y présentent leurs travaux et projets. Fondamentalement
pluridisciplinaire, il aborde au fil des séances une large variété de sujets
touchant plus particulièrement à l’histoire culturelle et à l’histoire des sciences humaines. Il trace ainsi un parcours visant à mieux cerner et élaborer les outils conceptuels de l’historiographie transnationale.
Les interventions portent principalement mais pas exclusivement sur les
transferts culturels qui impliquent l’espace germanophone.
Le séminaire se conçoit comme un lieu d’échange et un atelier de recherche.
Les intervenants y partagent leurs domaines mais aussi leurs trajectoires de
recherche. Il est ouvert aux étudiants de tout niveau, ainsi qu’aux chercheurs et enseignants-chercheurs intéressés.

Organisation et modalités de validation :
Le séminaire comporte 13 séances de 3 heures, réparties sur les semestres 1 et 2.

L’entrée est libre : il n’est pas nécessaire d’être inscrit pour assister aux séances, sauf dans l’optique d’une validation.

Les séances ont lieu en français, allemand ou anglais.
Les étudiants inscrits en M2 du master d’histoire transnationale peuvent
valider leur participation au séminaire par la fréquentation assidue d’au moins 5 séances sur un semestre (6 ECTS).

Lieu et horaires :
Le vendredi de 9h30 à 12h30, Salle Pasteur (salle de philosophie), 1er étage du Pavillon Pasteur, Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm,
75005 Paris.

Pour l’année 2016-2017 les dates sont les suivantes :
23 septembre • 14 octobre • 4 novembre • 18 novembre • 9 décembre • 6
janvier • 13 janvier • 3 février • 24 février • 17 mars • 31 mars • 5 mai • 19 mai

23 septembre 2016 / Pratiques de l’histoire transnationale

Edoardo Tortarolo, Turin : History done by refugee historians :
what’s the difference ?
One of the consequences of the increasingly global interest in historical research is the attention recently paid to refugee historians, especially in the 20th century. In particular, in the interwar period emigration of historians has been a remarkable feature of the modern period in intellectual history. Leaving their home countries for racial and political reasons, historians moved (mainly but not exclusively) to America, where quite a few of them made a new and successful career both as researchers and as organizers of historical studies. This paper will focus on the methodological implications of “writing history as a refugee” with special reference to the contribution by refugee historians to the innovation in the post-war historical research.
Romain Bertrand, Paris : Jalons pour une histoire symétrique des
situations de contact (Europe-Insulinde, XVIe-XIXe siècles)
J’ai poursuivi, à travers plusieurs ouvrages ("Etat colonial, noblesse et nationalisme à Java", 2005, "L’Histoire à parts égales", 2011, et "Le Long remords de la Conquête", 2016), un programme d’ethnographie historique des situations de contact entre l’Europe et l’Insulinde du 16e au 19e siècle. Ce programme repose sur trois propositions théoriques. Premièrement, il est toujours dommageable de réunir en une téléologie de l’occidentalisation du monde des situations (de "premier contact", de "conquête" et de "coexistence coloniale") dont la description compréhensive ne peut s’opérer qu’à "focale réduite", en termes spatiaux comme chronologiques. Deuxièmement, il faut appliquer à l’ensemble des documentations disponibles, extra-européennes aussi bien qu’européennes, un même principe de "symétrie" capable, en rendant justice à leurs régimes propres d’historicité (et donc à leurs discordances), de distribuer également entre elles les "effets d’étrangeté" chers aux microhistoriens. Troisièmement, il faut s’abstenir de déduire de la densité documentaire de la "zone de contact" entre Européens et Asiatiques que le fait de l’interaction s’est imposé comme un évènement, digne de narration et de remémoration, pour toutes les parties en présence. Je voudrais ici revenir sur chacune de ces propositions théoriques en illustrant les possibilités de leur mise en oeuvre au moyen d’exemples tirés de mes recherches (l’arrivée de Cornelis de Houtman à Banten en juin 1596, la "conquête" espagnole des Philippines entre 1565 et 1580, la genèse du nationalisme javanais dans les années 1890-1920).

14 octobre 2016 / Histoire des institutions internationales

Irène Herrmann, Genève : L’universalité de la Croix-Rouge ou les
limites d’un messianisme humanitaire ?
En 1863, cinq citoyens suisses créent un organisme charitable, bientôt connu sous le nom de Comité international de la Croix-Rouge, et qui entend porter secours aux militaires blessés en se fondant sur un réseau de sociétés nationales oeuvrant dans le même sens. De fait, cette entreprise se distingue d’autres initiatives similaires par sa prétention à l’universalité. Le principe en est établi une première fois en octobre 1863, il est réaffirmé avec force au lendemain de la Première Guerre mondiale, avant d’être considéré comme l’une des sept valeurs fondamentales de l’institution, en 1965. Bizarrement, cette notion capitale a été rarement définie. Que signifie-t-elle ? Quels espaces recouvre-t-elle ? Comment est-elle mise en pratique ? Comment évolue-t-elle et pourquoi ? Répondre à ces questions permet sans doute de mieux comprendre le développement et le fonctionnement de l’humanitaire moderne. Mais au-delà de cet intérêt particulier, retracer la genèse de l’universalité affichée de la Croix-Rouge est une manière de déceler les limites et les oeillères de l’internationalisme de ces 150 dernières années. En creux, l’analyse de ces frontières et de leurs transformations devrait donner des indications sur la prégnance d’autres marqueurs identitaires, comme sur les volontés messianiques que ceux-ci sont susceptibles de générer.
Guillaume Tronchet et Dzovinar Kevonian, Paris : L’espace social de la cité universitaire internationale de Paris (années 1920-années 1990)
La Cité internationale universitaire de Paris (CIUP) est un espace social traversé de dynamiques complexes, en apparence contradictoires : projet universitaire parisien, investi dès l’origine par les pouvoirs publics français d’une ambition nationale à dimension à la fois sociale (développer le parc de logement étudiant de la capitale selon les normes hygiénistes les plus en pointes), impériale (attirer à Paris les élites d’une jeunesse mondiale en formation pour accroître l’influence française) et pacifiste (favoriser, au lendemain de la Grande Guerre, les échanges entre ces jeunesses cosmopolites afin de prévenir le déclenchement de futurs conflits
internationaux), la CIUP doit l’essentiel de son développement à des réseaux et à des financements transnationaux. Envisager cet aspect avec sérieux doit conduire le chercheur à décentrer le regard, à provincialiser le point de vue franco-français des « pères fondateurs » de la CIUP et le nationalisme méthodologique dont leur discours est le véhicule, au profit d’une lecture multipolaire et transnationale, afin d’envisager la CIUP comme le produit de la circulation d’élites cosmopolites investies dans des dynamiques de légitimation nationales et internationales. On présentera ici les recherches actuellement en cours dans cet esprit.

4 nov. 2016 / Matérialité de l’interculturel. L’exemple chinois

Wu Huiyi, Cambridge : Traduire la Chine au XVIIIe siècle
Cet exposé présente dans les grandes lignes mon livre à paraître Traduire la Chine au XVIIIe siècle (1687-ca. 1740) (Éditions Honoré Champion). La mission jésuite en Chine (fin XVIe- fin XVIIIe siècle) marque le début des contacts intellectuels significatifs entre la Chine et l’Europe de la première modernité. Depuis près d’un siècle, les recherches ont permis de prendre la pleine mesure des enjeux et des difficultés de traduction des concepts et des idées issues de différentes traditions intellectuelles. J’ai tenté, en opérant un décalage par rapport à ces orientations, de produire un récit plus « matérialiste », en portant l’attention sur les itinéraires individuels des
traducteurs, la disponibilité et la forme physique des livres, ainsi que la diversité des pratiques de traduction. Je proposerai aussi quelques réflexions sur les possibilités et les limites de la contextualisation quant à l’étude des contacts interculturels au XVIIIe siècle.
Benoît Vermander, Shanghai : Globalisation et espaces sacrés à
Shanghai. Approches d’anthropologie visuelle
Cette présentation sera consacrée à la façon dont différents groupes religieux ou para-religieux « habitent » l’espace urbain à Shanghai. Une attention particulière sera accordée aux pratiques par lesquelles ces espaces sont investis et recréés. Nous essayerons de faire droit à deux phénomènes complémentaires : d’une part, l’extrême variété des groupes, habitants et
pratiques ; de l’autre, la façon dont ils contribuent ensemble à construire un ethos commun de la ville.

18 nov. 2016 / Pour une histoire critique de la philologie

Islam Dayeh, Berlin : Arabic as a « Living Organism ». Jurjī Zaydān (1861-1914) and the Pathology of Language
By the end of the nineteenth, thinking about languages in organicist, evolutionary terms had spread throughout the world. Romanticism, in its various forms, had metamorphosed into evolutionary thought, and philology was rediscovered as biology. Central to the evolutionary perspective was the notion that language is an organism whose development and transformation are subject to natural laws. Although we know so much about this important
chapter in European intellectual history, we know far less about the resonance of romantic and evolutionary thought beyond Europe, where struggles against European colonialism engendered movements of cultural revival and gave romanticism and evolutionary thought a distinctive local
character. My presentation sheds some light on the local conditions and dynamics that made thinking about language in evolutionary terms not only possible, but productive, in the Arab east. It considers the role of the Lebanese writer, novelist and historian Jurjī Zaydān (1861-
1914), who was most probably the first to view "Arabic as a Living Organism".
Pascale Rabault-Feuerhahn, Paris : La langue comme objet de transfert culturel : ou comment les études orientales affectent les langues qu’elles étudient, et vice-versa
Curieusement, le changement de statut que subit une langue quand elle devient objet d’étude dans un pays étranger est très rarement interrogé. En général on s’intéresse plutôt à la manière dont la culture exprimée dans la langue étrangère est perçue et reçue dans le contexte d’accueil.
Tout se passe comme si la langue, formant système, était considérée comme un donné, objectif et inaliénable, qui ne serait donc pas affecté par le passage d’un contexte à l’autre.
Par opposition, cette intervention montrera que la définition de certaines langues comme objets des études « orientales » en Occident s’accompagne d’enjeux épistémologiques importants, et que l’approche en termes de transferts culturels offre de nombreux outils pour les analyser. Le
statut acquis par les langues « orientales » en Europe peut, en premier lieu, être analysé en fonction du cadre institutionnel et épistémologique dans lequel leur étude se déploie ; mais il importe tout autant d’interroger la manière dont ce nouveau statut détermine en retour l’identité, notamment sociale, de la discipline et de ses acteurs.

9 déc. 2016 / Philosophies entre Allemagne et Etats-Unis

Thibaut Trochu, Paris : Transferts transatlantiques du « pragmatisme » au XXe siècle. Examen du rôle de l’espace philosophique germanophone
Depuis une vingtaine d’années, les propositions théoriques « pragmatistes » sont régulièrement mobilisées dans la philosophie et les sciences sociales européennes. Alors qu’au début du siècle ce registre théorique, traditionnellement perçu comme un courant de pensée d’inspiration
« américaine », a fait l’objet de jugements philosophiques dépréciatifs, il est souvent présenté de nos jours comme un vecteur de renouvellement épistémologique voire comme une acculturation anglophone bienfaitrice.
Pour tenter de donner une profondeur historique à cet aspect de l’activité philosophique contemporaine, nous examinerons 3 séquences de la circulation transatlantique des idées pragmatistes au XXe siècle par une focalisation sur l’espace philosophique germanophone.
Seront abordés : 1) Les discussions lors du 3e Congrès international de philosophie de Heidelberg (1908), 2) L’émigration des « néo-positivistes » aux Etats-Unis dans les années 1930-1940, 3) La « ré-invention » du pragmatisme aux Etats-Unis dans les années 1980 puis l’activisme de certains de ses médiateurs européens.
Ronan de Calan, Paris : Les effets de l’exil. Note sur le silence
politique des psychanalystes et des empiristes logiques après leur fuite
Si la psychanalyse n’est pas purement et simplement supprimée mais aryanisée à l’arrivée de Hitler au pouvoir, la plupart des psychanalystes fuient l’Allemagne pour la France, l’Angleterre, enfin et surtout les Etats Unis : non parce qu’ils sont psychanalystes mais parce qu’ils sont intellectuels, juifs pour une bonne partie d’entre eux, et socialistes enfin ou liés aux partis de
gauche pour la plupart, ce qu’on aurait tendance à oublier. Il en va de même des membres du Cercle de Vienne, Carnap et Neurath au premier chef. En reprenant le dossier de la politique de la psychanalyse et de la politique du Cercle de Vienne, et en discutant notamment le livre de George Reisch, How cold War transformed the philosophy of science, je traiterai des effets de l’exil
sur deux des massifs les plus importants de l’épistémologie et des sciences dans le monde germanophone.

6 janvier 2017 / Célébrations du littéraire

Pierre Boudrot, Paris : La Société Shakespeare allemande, modèle de la Société Goethe (1864-1914).
La fondation de la Deutsche Shakespeare Gesellschaft à Weimar à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Shakespeare (1864) constitue un affront national pour les érudits anglais, qui ne disposent plus d’un groupement comparable. Fondée à Weimar, l’association institutionnalise la place de l’oeuvre de l’écrivain d’anglais, magistralement traduite en allemand, dans la culture germanique et donne à l’Allemagne encore désunie l’ascendant international sur les études shakespeariennes. Vingt ans plus tard, elle constituera le modèle de la Goethe Gesellschaft (1885).
Anne-Marie Thiesse, Paris : Les institutions littéraires actuelles :
transferts et réseaux transnationaux
Maisons-musées d’écrivains, itinéraires littéraires, festivals de littérature : ces pratiques du littéraire sont en fort développement actuellement et engagent de nouvelles politiques culturelles et identitaires. Les créations de lieux et d’événements littéraires – éventuellement numériques – s’opèrent par transferts et dans une perspective transnationale souvent explicites.

13 janvier 2017 / La Grèce au prisme de l’Europe occidentale

Ourania Polycandrioti, Athènes : Traductions, éditions et transferts culturels en temps de crise. Le cas de la France et de la Grèce pendant les années 1940-1975
Le rôle particulier des institutions, des professeurs, des traducteurs et des éditeurs en tant que vecteurs culturels est évident pour quiconque étudie les transferts culturels. L’importance de ces médiateurs en ce qui concerne la diffusion des oeuvres littéraires et des idées, la formation du contexte et des images de réception, ainsi que les politiques de traduction, les politiques
éditoriales et culturelles devient d’autant plus significative pendant les périodes de crise (guerres, crises sociales et politiques, dictatures etc.), au cours desquelles les censures diverses, les interdictions ainsi que les choix éditoriaux apportent des dimensions nouvelles aux multiples interactions culturelles (politisation de la littérature, manipulations et appropriations diverses, corrélations idéologiques, constitution de réseaux, etc.). Nous nous proposons d’approfondir ces questions en mettant en lumière les rapports entre la France et la Grèce, pendant la période mouvementée des années 1940-1975, et notamment en étudiant le rôle des institutions telles
que l’Institut français et l’École française d’Athènes ainsi que les activités de certains personnages tels que Roger Milliex, Robert Levesque, Jean Ballard, et d’autres.
Sandrine Maufroy, Paris : L’hellénisme de Wilhelm von Humboldt
L’exposé sera une présentation de l’ouvrage paru aux éditions Demopolis L’hellénisme de Wilhelm von Humboldt et ses prolongements européens, qui regroupe des interprétations et une traduction des principaux textes de Humboldt consacrés à la Grèce. La mise en évidence d’une présence grecque en Allemage et d’une présence de la Grèce allemande en Europe est liée
au nom de Humboldt, dont les relations avec des philologues et des archéologues méritent d’être particulièrement analysées : Christian Gottlob Heyne, Friedrich August Wolf, Friedrich Gottlieb Welcker, August Boeckh ou encore Heymann Steinthal. Les sciences de l’Antiquité, l’histoire de l’art et la pratique des beaux-arts sont marquées par la pensée néo-humaniste. Chez Humboldt, celle-ci s’accompagne d’une activité traductrice ; il s’est lui-même longuement employé à traduire Pindare et Sophocle et a développé des réflexions théoriques sur la traduction. Etude de la langue grecque et réflexion linguistique sont liées chez Humboldt : c’est aussi comme linguiste
qu’il reste dans l’histoire intellectuelle allemande, et l’étude de son rôle dans la fondation de cette discipline implique de comprendre le passage de l’unicité grecque à la pluralité des langues naturelles. La Grèce de Humboldt est certes la Grèce antique, mais elle inclut aussi une attention aux périodes postérieures à la période classique, jusqu’à la Grèce moderne.

3 février 2017 / Les religions orientales en Occident

Arie Molendijk, Groningen : Friedrich Max Müller and the Sacred
Books of the East
In this talk I shall discuss one the most ambitious editorial projects of late Victorian Britain : the edition of the fifty substantial volumes of the Sacred Books of the East (1879-1910). The series was edited and conceptualized by Friedrich Max Müller (1823-1900), a world-famous Germanborn philologist, orientalist, and religious scholar. Müller and his influential Oxford colleagues
secured financial support from the India Office of the British Empire and from Oxford University Press. The series of the Sacred Books of the East contributed significantly to the Western perception of the ‘religious’ or even ‘mystic’ East, which was textually represented in English translations. The series was a token of the rise of ‘big science’ and textualized the East, by
selecting their ‘sacred books’ and bringing them under the power of western scholarship.
Emmanuel Lozerand, Paris : L’Occident du zen
Le zen s’est diffusé dans le monde occidental au XXe siècle, avant la seconde guerre mondiale déjà, mais surtout dans les années 1950 et 1960, jusqu’à devenir une référence importante pour beaucoup d’intellectuels occidentaux, de Bataille à Foucault, en passant par Lacan, Barthes ou Malraux par exemple, sans oublier peintres, poètes et musiciens. Nous voudrions tenter ici un bref récit de cet étonnant transfert culturel, en esquisser une périodisation, en caractériser les principaux acteurs (extrêmement variés : qu’ils soient japonais, anglais, allemands, américains ou français ; professeurs, moines, prêtres, écrivains, philosophes, éditeurs ou thérapeutes), en analyser les conditions de possibilité, et en particulier la fabrication, sous le nom de « ZEN »,d’un singulier avatar d’une vieille religion d’Extrême-Orient.

24 fév. 2017/Empire ottoman et Europe centrale : contacts linguistiques

Branka Ivusic, Halle : A manuscript as a locus of multiple language contact
The presentation will focus on the manuscript A.F. 437 in the Austrian National Library. It is an Ottoman multiple-text manuscript, a so called mecmua, and contains more than 300 individual texts not only in Ottoman-Turkish, Arabic and Persian but also in German, Hungarian, Latin and
a variety of Central South Slavonic. Moreover the “European” language samples consist for the most part of Lutheran religious texts. All of them were written in Arabic characters and by one hand only, supposedly by the anonymous compiler, who was very likely a convert to Islam. As
will be shown by the examination of its linguistic and codicological features the mecmua was most probably produced in the late 16th century borderlands of the Ottoman and Hapsburg Empires, i.e. Hungary or the Western Balkans. Although it is a quite exceptional case of scripts,
languages and manuscript cultures in contact, being “European” and “Oriental” at the same time, the examination of its genesis and function can shed some light on intellectual and cultural exchange in one of the most interesting contact areas of the Early Modern Period.
David do Paço, Paris : Quelle(s) langue(s) pour les relations austro-ottomanes ? L’exemple de Vienne au XVIIIe siècle
Si les relations austro-ottomanes au dix-huitième siècle se révèlent être un terrain fertile pour l’étude de la commensurabilité entre mondes chrétien et musulman, la question de la langue ne saurait s’y limiter à considérer la construction d’un savoir orientaliste et à mesurer la qualité des interprètes et de leur formation. Malgré leur volonté de paraître omniprésents, les interprètes ne régulent qu’une petite partie des échanges entre sujets de l’Empereur et du Sultan. Une étude des papiers des administrations du commerce, de la diplomatie et de l’Académie orientale laisse apparaître un monde dans lequel l’intermédiation n’est pas toujours nécessaire ou souhaitée.
Cette présentation tachera de présenter les différentes formes d’interaction linguistique entre Impériaux et Ottomans, de formuler une hypothèse expliquant le choix d’une langue plutôt qu’une autre ou celui de passer par un interprète alors que les interlocuteurs peuvent se comprendre dans une même langue. Enfin, nous nous interrogerons sur la spécificité du
caractère polyglotte des relations austro-ottomanes dans le contexte de sociétés impériales par elles-mêmes déjà marquées par le plurilinguisme.

17 mars 2017 / Ethique et traduction

Alexander Nebrig, Berlin/Paris : Die Moralität des Moraltransfers.
Die Übertragungen von Spinozas Ethik durch Berthold Auerbach und Émile Saisset um 1840
Dem Aufstieg der deutschen idealistischen Philosophie nach 1800 entspricht eine Krise der Theologie, von welcher Baruch de Spinoza profitierte. Die Ideen des niederländischen Philosophen, der bis Ende des achtzehnten Jahrhunderts als Atheist gebrandmarkt worden war, wurden vom Hauptumschlagplatz des Idealismus auch nach Frankreich exportiert. Allerdings erfolgte dieser gefilterte Transfer nicht ohne Rechtfertigung : nunmehr weniger aus theologischer, sondern mehr aus moralischer Perspektive. Das Projekt der ersten französischen Übersetzung von Émile Saisset (1842) zeigt dies exemplarisch. Von der Faszination Berthold
Auerbachs, dessen Übersetzung 1841 erschien, ist bei dem Schüler Victor Cousins nichts zu spüren. Ein typologischer Vergleich der beiden Ethica-Übersetzungen möchte die jeweiligen Rahmenbedingungen des Moraltransfers sowohl auf institutioneller als auch auf diskursiver
Ebene vorstellen.
Ralph Winter, Sarrebruck : Der Gesandte - Maurice Betz als
Übersetzer von Rilkes „Malte Laurids Brigge“
Angeregt durch André Gides Übersetzung einer Passage aus Rilkes „Malte Laurids Brigge“, die bereits 1911 in der N.R.F. erschienen war, unternimmt der elsässische Autor und Übersetzer Maurice Betz 1923 eine eigene Teilübersetzung des „Malte“. Nicht zuletzt auf Rilkes Wunsch hin beginnt er dann mit der vollständigen Übertragung, für die er am Schluss eng mit Rilke
zusammenarbeitet und die im Juli 1926 bei Émile Paul Frères erscheint. Ein punktueller Vergleich der drei genannten „Malte“-Übersetzungen ermöglicht einen spannenden Einblick in einen Transfer, dessen Besonderheit die zuletzt aktive Mitarbeit des Original-Verfassers ist und dessen Objekt durch seine Modernität besondere Herausforderungen mit sich brachte – und dies nicht nur in formaler, sondern auch thematischer und ethischer Hinsicht, insofern mittels der Malte-Figur auch moralische Fragen des Umgangs mit Phänomenen der modernen Großstadt aufgeworfen werden.

31 mars 2017 / Histoire de la pédagogie allemande

Alexandre Fontaine, Lausanne et Jean-François Goubet, Arras : La pédagogie allemande dans l’espace francophone
L’Allemagne est considérée dans le XIXe siècle européen comme une terre classique de la pédagogie. C’est pourquoi les innovations théoriques et pratiques développées par les Basedow, Pestalozzi, Francke, Niemeyer, Herbart, Fröbel ou Kerschensteiner ont fait l’objet d’absorptions et de reconfigurations plurielles dans l’espace francophone. Pour autant, cette fascination pour la pédagogie germanique a également connu des résistances diverses et les emprunts ont été marqués par des mécanismes de sélection. Lors de cette séance, nous présenterons les résultats de recherches qui ont été publiés dans un numéro récent de la Revue germanique internationale
consacré aux réceptions plurielles de la pédagogie allemande dans l’espace francophone.

5 mai 2017 / Histoire des musées en Europe centrale

Daniel Baric, Tours : Musées et sociétés en Autriche-Hongrie : entre politiques scientifiques impériales et aspirations locales,
l’exemple du Landesmuseum de Sarajevo
Durant les dernières décennies de son existence, l’Empire austro-hongrois a favorisé l’émergence sur tout son territoire d’institutions scientifiques à vocation régionale. Ainsi, le Landesmuseum de Sarajevo, bâti et organisé sur le modèle d’établissements viennois, avait vocation à disséminer un savoir-faire élaboré à l’université de Vienne. En Bosnie-Herzégovine,
province occupée en 1878, annexée en 1908, l’implantation et la réception de cette science de langue allemande revêtait un enjeu aussi bien scientifique que politique. La recherche d’une cohésion supranationale se heurtait cependant à des aspirations centrifuges. L’examen du musée fondé à Sarajevo en 1884 permet d’appréhender une réalité complexe, dans laquelle les transferts culturels sont soumis à des tutelles administratives dédoublées (à Vienne et Budapest), elles-mêmes en situation de concurrence, face à des acteurs scientifiques locaux sollicités par des puissances étrangères (en particulier la Serbie). À travers la figure exemplaire de Carl Patsch (1865-1945), premier archéologue en charge des antiquités bosniaques (dont
l’autobiographie doit paraître en 2017), se dessine la cartographie d’une science qui s’élabore en étroite interaction avec les instructions de Vienne, mais aussi avec la population locale. La présentation replacera le musée de Sarajevo dans le contexte impérial à la veille et au-delà de la césure de la Première Guerre mondiale, en interrogeant la permanence d’une empreinte
multinationale dans la science de l’Antiquité développée au sein des États successeurs de l’Autriche-Hongrie.
Matthew Rampley, Birmingham : Civic, National and Imperial : Museums and Cultural Politics in Austria-Hungary
In the mid-19th century Austrian cultural officials looked with envy at what they regarded as the ordered state of the museum world in France. It was a symptom, they believed, of the advanced nature of French science as well a sign of the rational basis on which cultural policy was devised.
When the Museum for Art and Industry was founded in 1864 in Vienna, one of its aims was to introduce a similar system in Austria, with a network of regional museums tied to the coordinating institution in the capital. Yet how successful was this policy ? Did it manage to overcome the cultural and political diversity of Austria-Hungary ? This lecture tries to answer
that question by comparing the Museum for Art and Industry in Vienna with the design museums in regional cities elsewhere in the Empire.

19 mai 2017 / Le matérialisme allemand en France

Michel Espagne, Paris : La menace du matérialisme allemand
Dans la philosophie française du XIXe siècle le matérialisme identifié à la philosophie allemande, même s’il pénètre le paysage intellectuel, est souvent perçu comme une menace. Elle commence avec l’identification de l’hégélianisme et du panthéisme dont chacun cherche à se distancier. La
dénonciation du spinozisme par Emile Saisset a été une transmission de ce qu’il prétendait rejeter. Taine est une des plus célèbres victimes d’un ostracisme qui menace aussi le milieu des philosophes de l’ENS avec Vacherot. La complicité de la philosophie et des sciences de la nature
qu’incarne le monisme de Haeckel ne fait que nourrir la suspicion. Mais les canaux les plus actifs sont extérieurs à l’Université. On s’attachera ici plus particulièrement à Hermann Ewerbeck, conseiller de Proudhon en matière de philosophie allemande, avant que Joseph Roy ne contribue à la diffusion en France de Feuerbach puis de Marx. L’université officielle retient quant à elle le principe de la contingence des lois de la nature (Boutroux) et refoule la discussion des théories matérialistes hors de l’espace académique.
Charlotte Morel, Paris : La réception française du matérialisme
allemand : Paul Janet, 1864
A écouter Paul Janet, le matérialisme donne l’occasion d’un curieux (contre-) transfert entre France et Allemagne : répandu en Europe par les Français, au 18e siècle, le matérialisme leur est « renvoyé », un siècle plus tard, par une Allemagne perçue comme patrie de l’idéalisme… Via l’ouvrage de Janet, Le Matérialisme contemporain en Allemagne, on s’intéressera à la façon dont
la France prend connaissance des évolutions de la pensée allemande de l’« après-Hegel », et à la façon dont l’idéalisme métaphysique, en Allemagne comme en France, entreprend de répondre à ces premiers assauts de ce que nous nommerons plus tard : scientisme.

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