École normale supérieure

Séminaire Transferts culturels

Séminaire Transferts culturels

Programme 2014-2015

programme en pdf, cliquer ici

Le séminaire s’efforce de suivre l’évolution des recherches sur les 
transferts culturels, notamment mais pas exclusivement ceux qui impliquent
 l’espace germanophone.

Les thèmes abordés sont délibérément variés, de manière à favoriser les contacts entre disciplines et les discussions méthodologiques. L’histoire des sciences humaines constituera toutefois un axe fédérateur : sera ainsi abordée dans une perspective transnationale l’histoire des sciences de l’Antiquité, de la romanistique, de l’histoire de l’art, de
 l’africanisme, de l’anthropologie préhistorique, de l’orientalisme
 ou encore des études yiddish. Les aspects politiques (construction des identités nationales) et institutionnels (histoire des musée, des chaires…) viendront étayer l’histoire intellectuelle.

Le séminaire est ouvert aux étudiants de tout niveau, ainsi qu’aux chercheurs et enseignants-chercheurs intéressés. La fréquentation assidue valide 3 ECTS du Département d’histoire de l’ENS.

Sauf mention contraire

(voir programme ci-dessous, séances du 12 décembre et du 10 avril),

les séances ont lieu en salle INFO 1 de l’Ecole normale supérieure,
45 rue d’Ulm, 75005 Paris, le vendredi matin de 9h30 à 12h30.

La salle se trouve dans le bâtiment Rataud, au 2e sous-sol.

Emprunter l’ascenseur situé à l’entrée du bâtiment.

Pour l’année 2014-2015 les dates sont les suivantes :

17 octobre • 7 novembre •21 novembre • 12 décembre •

9 janvier • 23 janvier • 6 février • 6 mars
 • 20 mars •

3 avril • 10 avril • 22 mai • 5 juin

Contact : UMR 8547 Pays germaniques-Transferts culturels

michel.espagne@ens.fr, pascale.rabault@ens.fr, anne-marie.thiesse@ens.fr

17 octobre – Histoire sociale de l’art

Christian Joschke (Paris X) : Les photographes amateurs allemands

Entre 1888 et 1914, la photographie s’est massivement diffusée en Europe et singulièrement dans la société allemande, profitant de l’activité de nombreux clubs photographiques. Ces clubs encadraient l’essor de la pratique photographique en publiant des revues, en organisant de grandes expositions qui impliquaient, avec la photographie d’art, de nombreux domaines d’utilisation de ce médium : l’astronomie, la biologie, l’anthropologie, la topographie et, de plus en plus fréquemment, la documentation du folklore européen. L’espace public ainsi formé faisait émerger une culture partagée à visée citoyenne, fondée sur les images. D’abord dédiée à l’éducation de l’œil en art et en science, cet espace public tendait de plus en plus à se replier sur les identités régionales et nationales en employant les amateurs comme source de documentation ethnographique.

Suzanne Pourchier (Paris I) : Les artistes litvaks

Durant la seconde partie du XIXème siècle, l’intelligentsia Litvake - et les artistes en particulier - s’inscrit dans un mouvement d’éveil national général aux peuples de l’Europe centrale et orientale. Dans ce contexte, les artistes adoptent des pratiques d’accumulation identitaire ou symbolique que l’on retrouve dans la plupart des autres nations : collectes ethnographiques par exemple, créations d’institutions d’art juif, etc. Opérant à cette occasion des transferts féconds, ils sont confrontés à des tensions qui leur sont propres (interdits religieux, sionisme, Bund) et qui parfois les poussent à l’exil. Dans ces conditions, leur formation et leur identité s’expriment largement en dehors de la zone de résidence où ces artistes ont été formés (École des Beaux-arts de Vilnius, école de Yehuda Pen à Vitebsk).

7 novembre – usages des références classiques

Sotera Fornaro (Sassari) : Les références classiques en Afrique. Quelques questions

Lors d’une conférence prononcée en 1993, J.M. Coetzee (Prix Nobel 2003)
s’interrogeait sur l’influence des références « classiques » européennes dans
l’Afrique coloniale, les correspondances entre « classique » et « humain », le
transfert des archétypes antiques dans le roman contemporain et les réalités
postcoloniales. Les classiques deviennent une idéologie du mensonge, une
justification magnifique de la race et des agressions, comme écrivait Jean
Paul Sartre dans sa préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon (1961). Mais
ils ont aussi le pouvoir de montrer la part la plus obscure de l¹homme : la
violence, la torture, la guerre, la barbarie.


Carlotta Santini (CNRS/ENS, Paris) : Entre Orient et Occident.
Le roman grec de Rohde à Kerényi

En 1876 le jeune philologue
classique Erwin Rohde fait ses débuts et publie son oeuvre première. Il s’agit de la première
monographie dédiée à la tradition du roman grec : Der griechische Roman und seine Vorläufer. Un demi siècle plus
tard, en 1927, paraît la deuxième monographie sur la question et
encore une fois il s’agit d’une oeuvre première signée par un jeune philologue,
Karoly Kerényi : Die griechisch-
orientalische Romanliteratur in Religionsgeschichtlicher Beleuchtung. Que
le dernier philologue du XIXe siècle et le premier du XXe aient abordé le même
thème, d’ailleurs négligé par d’autres philologues, n’est guère étonnant. L’état de
l’art avait néanmoins bien changé entre ces deux livres. L’édition critique de Lavagnini
avait rendu accessible le difficile corpus des romans anciens et
 invalidé certaines des hypothèses formulées par Rohde. Mais en dehors des aspects purement philologiques, persistaient de nombreux points de contact entre
les approches du roman grec proposées par les deux philologues. Nous chercherons à reconstruire
les liens entre les deux interprétations capitales de Rohde et de Kerényi,
qui ont mis en lumière la laborieuse composition de la tradition du roman grec, ainsi que sa dimension interculturelle.

21 novembre – Philologie et approches culturelles

Michel Espagne (CNRS/ENS, Paris) : La romanistique allemande, un creuset de la théorie littéraire

Science allemande des langues romanes, la « romanistique » est une 
discipline qui a pour objet principal l’articulation entre des domaines 
linguistiques, littéraires et culturels apparentés mais distincts. Forme
 de savoir historico-philologique, elle a connu au tournant des XIXe et XXe
 siècles une évolution vers une approche plus culturelle des traditions 
littéraires qui lui a permis de livrer une longue série de modèles aux
 analyses des relations transnationales. C’est sous cet angle qu’un volume
 de la revue germanique internationale aborde cette discipline qui a
 longtemps été un creuset fondamental des théories littéraires dans les pays 
germanophones. La romanistique sera abordée à partir d’un certain nombre de
figures tutélaires dont celle de Karl Vossler et à partir des échos 
rencontrés par cette philologie à travers l’Europe.

Sandrine Maufroy (Paris IV) : Wilhelm von Humboldt et les études grecques : impulsions théoriques, orientations pratiques

Lecture, traduction et étude philologique des textes grecs antiques ont occupé quotidiennement Wilhelm von Humboldt même dans des périodes d’intense activité politique et diplomatique ou de recherches apparemment tout à fait différentes. La parution prochaine d’un ouvrage sur Wilhelm von Humboldt et la Grèce est l’occasion d’évoquer la manière dont l’étude de la littérature et de la culture grecques a accompagné, nourri, voire orienté la pensée théorique et l’action concrète de Wilhelm von Humboldt.

12 décembre – Histoire transnationale des musées

Michela Passini & Pascale Rabault-Feuerhahn (CNRS/ENS, Paris) : D’un musée l’autre : la dimension transnationale de la création des musées

La dimension transnationale est de plus en plus prise en compte dans l’historiographie de l’histoire de l’art ; cela vaut également pour les musées. Les circulations d’expositions et de collections, en particulier font ainsi l’objet d’une attention croissante. Néanmoins, cette dimension transnationale peut être aussi observée au niveau de la création, de l’inspiration et de la structuration même de nombreux musées. Lors de cette séance, nous présenterons un numéro prochain de la Revue germanique internationale que nous avons consacré à ces questions. Partant de recherches en archives, l’objectif du volume est de proposer des cas concrets d’échanges entre conservateurs de différents pays, de missions d’observation réalisées par des savants ou des conservateurs dans des musées à travers l’Europe ou le monde, ou encore ce qui se joue dans la confrontation explicite de « modèles » muséaux. Contre une histoire des musées souvent organisée par « disciplines », les recherches menées dans le cadre de ce projet ont délibérément porter sur des types de musées très divers : de pédagogie, d’anthropologie, d’art, d’histoire et culture juives, de médecine, ou encore de sciences et techniques.

09 Janvier – Histoire universitaire

Ng Thuy Phong (Paris) : La vietnamisation de l’enseignement supérieur dans le Sud-Vietnam
(1955-1975)

Il s’agit du débat entre Sud-vietnamiens, Français et Américains autour de
la volonté de vietnamiser l’enseignement supérieur. Nous assistons au
conflit entre "l’école française" et "l’école américaine". Les professeurs
vietnamiens formés par l’enseignement français résistent à cette volonté de
vietnamisation.


Anne Saada (CNRS/ENS, Paris) : Le réseau académique de Göttingen au XVIIIe siècle dans l’espace des
circulations internationales savantes

L’inscription de la ville de Göttingen dans l’espace des circulations
internationales savantes ne va pas de soi. De fait, avant la fondation de
son université en 1734, cette bourgade située dans l’Electorat du Hanovre
était inexistante tant à l’échelle de l’Europe qu’à celle du Saint-Empire
Romain Germanique. Vingt ans plus tard déjà, elle était parvenue à se faire
une place sur la carte de la République des Lettres. Comment et par quels
moyens cette petite ville allemande a-t-elle pu devenir en si peu de temps
un pôle savant européen ?

23 janvier 2014 – Histoire des études juives

Martina Steer (Vienne) : Transnationales Gedächtnis. Moses Mendelssohn als lieu de mémoire 
im 19. und 20. Jahrhundert

Der Vortrag untersucht die Entstehung eines modernen 
kollektiven Gedächtnis und analysiert die durch kulturelle Transfers 
bedingten Transformationen von Erinnerungsorten und Mnemotechniken. 
Moses Mendelssohn als « lieu de mémoire » kommt dabei beispielhafte 
Bedeutung zu. Der jüdische Philosoph der Aufklärung war einer der ersten 
Intellektuellen in Europa, dem in derart intensiver, variantenreicher 
und auch konfliktbeladener Weise gedacht wurde. Das Gedenken an 
Mendelssohn reflektiert nicht nur den Grad der Säkularisation von 
jüdischen Identitäten und den Stand der umkämpften Bemühungen um 
Emanzipation, Verbürgerlichung und Integration. Es ist auch ein 
Indikator für das Verhältnis von Juden und nicht-Juden in verschiedenen 
Gesellschaften und gibt damit Aufschluss über die Wechselwirkungen 
zwischen jüdischer und nichtjüdischer Sphäre. Darüber hinaus kann die 
transnationale Erinnerung an Mendelssohn als Parameter für die sich 
immer wieder verändernden und neu formierenden Konflikte innerhalb des 
Judentums gelesen werden und somit paradigmatisch einen Ausblick auf 
eine transnationale moderne jüdische Geschichte geben, die mehr ist als 
die Summe national verorteter Einzelgeschichten.

Tal Hever-Chybowski (Maison de la culture yiddish, Paris) : Gathering People : Political Models of the Yiddish « zamlers »

Zamlers (« collectors » in Yiddish) were thousands of non-professional
 volunteers, mostly in Eastern-Europe, who, during the 19th and 20th
centuries, gathered Jewish philological, ethnographic and historical 
material and sent it to private scholars and research institutions. This
 paper investigates the zamler scholarly model, emphasizing its political
 implications from its origins in the 18th-century Jewish Enlightenment (
Haskolo), through the Yiddishist movement in the 19th-century, the
 historiographic project of Simon Dubnow, the Yiddish folklorists of the 
early 20th-century, the Yiddish Scientific Institute (YIVO) and beyond. The 
exchange between Yiddish professional scholars and their untrained zamlers,
 scattered all over Eastern-Europe and crossing national boundaries, is 
shown to constitute a diasporic model of collective scientific research, an
alternative to centralized nation-state scholarly institutions.

6 février – Histoire de l’orientalisme

Annick Fenet (Paris) : Aurel Stein et les orientalistes français : autour du déchiffrement du 
kharosthi (fin XIXe-1er quart du XXe s.)

L’existence de l’alphabet kharosthi est connu des Occidentaux depuis le 
XIXe s., notamment par des monnaies. Les tablettes de bois inscrites 
ramenées par Aurel Stein de ses expéditions, à partir de 1901, ont donné 
lieu à des travaux collectifs de déchiffrement de cette écriture qui ont 
abouti à la publication de deux volumes à Oxford en 1920 et 1927. Cet 
aspect de la collaboration scientifique franco-anglaise menée durant 
plus d’un quart de siècle sur les civilisations du Turkestan chinois se 
révèle au travers des correspondances échangées entre Emile Senart, le 
père Auguste-Marie Boyer, Aurel Stein et Edward J. Rapson (professeur à 
Londres puis à Cambridge).


Roland Lardinois (CNRS/EHESS, Paris) : L’émergence d’une position orientaliste à Calcutta, 1770-1880

En l’espace de trois décennies une compagnie privée de
marchands (l’East India Company) passe sous la tutelle de la couronne
britannique et un embryon d’Etat colonial se met en place à Calcutta.
L’émergence d’une position orientaliste, c’est-à-dire de « spécialiste » de
l’Inde, peut s’analyser comme la rencontre entre, d’une part, une demande de
savoirs d’ordre à la fois pratique (propres à l’administration coloniale) et
mondain (émanant des milieux intellectuels de la métropole coloniale) et,
d’autre part, une offre d’expertise variable selon la position que les
agents de la Compagnie des Indes occupent dans l’espace du pouvoir colonial.
L’intérêt pour les langues de l’Inde, savantes (persan, sanscrit) ou
vulgaires (hindoustani, bengali, tamoul) dépend encore du travail que les
administrateurs coloniaux, porteurs de ces langues, doivent déployer pour
faire reconnaître la légitimité de leurs compétences linguistiques. Dans ces
conditions, la naissance de l’Asiatic Society of Bengal, fondée par William
Jones à Calcutta en 1784, peut se comprendre comme une manière de résoudre
les tensions existantes entre différents types de demandes de savoirs,
politiques et civils, lettrés et mondains, savants et vulgaires, qui 
s’exercent alors dans le champ du pouvoir colonial.

06 mars – Iconographie et diffusion du savoir sur l’Autre en europe

Silvy Chakkalakal (Bâle) : The amateur gaze on India around 1800 – ambivalent images and entangled histories

The German indophilia between 1790 and 1820 is an impressive example for the contemporary project of an encompassing and relational historiography of mankind. India became an important reference point within the process of German cultural self-assurance and positioning. Here, especially pictures, drawings and poetic forms of expression played a crucial role : They did not just convey (hi)stories about India, but rather revealed a pictorial style of early German ethnography itself.

I would like to present a detailed analysis of ethnographic pictures of India, thereby illuminating a figurative and relational entanglement between Indian and European contexts. The visual practices of cutting, pasting and transferring shed light on colonial structures, political exchange and identity politics. Within these tense figurations the ethnographic picture composes a particular knowledge, which centrally relies on visualized categories that have to be ‘typical’, ‘ideal’, and ‘characteristic’. Hence, early ethnography has to be understood as both a text-picture-genre and a research activity.

Sonja Malzner (Metz) : Entre divertissement et transmission des savoirs : les illustrations dans les récits de voyage sur l’Afrique 1900-1960

Les ouvrages de l’époque choisie s’inscrivent d’une part dans l’apogée de la colonisation en Afrique, d’autre part, cette époque constitue l’ère de la photographie en voyage (depuis l’invention du premier KODAK dans les années 1880). En nous appuyant sur un corpus de récits de voyage illustrés européens, nous étudierons le rôle que jouent les illustrations (photographies, dessins, gravures, cartes) dans ces livres destinés à divertir et à informer. Quelles sont les connaissances que les voyageurs considèrent comme étant assez importantes pour être intégrées dans leur livre et comment la présence des illustrations déplace le centre d’intérêt dans ce domaine par rapport au texte ?

20 mars – Grèce et transferts culturels

Servanne Jollivet (CNRS/ENS Paris) : Les « topographies de l’hellénisme » et l’école de géopolitique allemande : un exemple de transfert germano-grec

Dès les débuts de la construction de l’Etat grec, la question identitaire néohellénique n’a cessé d’être pensée au miroir de modèles allemands, profondément marquée par le philhellénisme et l’idéalisation afférente à la Grèce ancienne. Dans ses travaux sur les « topographies de l’hellénisme », Artemis Leontis a néanmoins bien montré comment, dès les années vingt, l’imaginaire néohellénique s’est tout entier bâti sur une véritable géo- ou topographie culturelle, valorisant la réalité « géophysique » et la « tonalité » du paysage grec contre l’image « occidentale », idéalisée et pour ainsi dire désincarnée de l’hellénisme « antique ». La question du sol et de la terre, mais également du paysage qui débouche sur une conception « géophysique » de l’identité et des valeurs grecques sont en effet au cœur des débats sur l’hellénicité dès les années vingt et dans les années trente. Cet exposé vise à examiner et de dégager les sources et présupposés philosophiques de cette cartographie imaginaire, en montrant à quel point elle est redevable à certains modèles allemands, notamment à l’école de « géopolitique » qui se développe pendant la période de Weimar jusqu’au début des années trente et à certaines figures, telles celles d’Oswald Spengler. A travers l’école dite de « Heidelberg », nourrie au néokantisme et, plus largement, les débats philosophiques des années trente, nous essayerons de voir comment cette conception géomorphologique a profondément imprégné les conceptions sur l’hellénicité, jusqu’aux détournements idéologiques qui en seront faits par la suite, notamment à travers l’idéologie officielle sous Metaxas.

Eléonora Vratskidou (Berlin) titre à préciser

03 avril 2013 – Echanges interculturels entre Europe et Afrique

Hans-Jürgen Lüsebrink (Sarrebruck) : Transferts de savoirs sur l’Afrique. Présentation d’un livre


Les transferts de savoirs entre l’Afrique subsaharienne et l’Occident ont
été extrêmement asymétriques pendant l’époque coloniale, et sont restés
largement déséquilibrés. Pourtant des productions scientifiques africaines
modifient progressivement ce constat. A partir de cas paradigmatiques on
peut suivre l¹élaboration franco-allemande de l’image d’une région du monde
ayant son histoire et ses spécificités et la définition des contours de
cette région du monde à travers les médias. Nous retiendrons, dans les
études de cas, de préférence des exemples pris dans la période du siècle qui
va de la révolution de 1848 au début des indépendances africaines.
L’accent est mis sur la production de savoir scientifique, sur le rôle
capital de disciplines comme l’ethnologie, la linguistique africaine,
l’anthropologie. Mais des études de cas comme celles sur Friedrich Sieburg,
permettent également d’éclairer l’importance d’autres domaines de
représentation de l’Afrique et de transferts de savoirs sur l’Afrique,
atteignant un plus large public, et d’étudier leurs interconnections avec le
domaine scientifique.

Ninja Steinbach-Hüther (Leipzig) : La présence en Allemagne des publications
universitaires en provenance d’Afrique. Un état des lieux

Bien que la globalisation culturelle laisse supposer qu’il soit possible de
produire et de recevoir de façon égalitaire des informations partout dans le
monde, les cartes du savoir sont en réalité caractérisées par un
déséquilibre énorme. Ce déséquilibre peut s’expliquer par les structures
culturelles, économiques et politiques du marché global et du pouvoir en
place dans les pays-mêmes. En dépit de l’accroissement des liens
internationaux, relativement peu de livres provenant de scientifiques
africains sont redirigés vers l’Europe. Mais il n’existe à l’heure actuelle
aucune échelle de données permettant d’indiquer leur présence en France et
en Allemagne. Il s’agit d’analyser ce phénomène à
travers le transfert trilatéral de la littérature académique africaine en
France et en Allemagne, limitée aux livres et aux recueils rédigés par des
intellectuels africains, ayant vécu en Afrique ou qui ont fait la navette
entre l’Afrique et un pays extérieur au moment de leur publication.


10 avril – Histoire des études préhistoriques

Marc-Antoine Kaeser (Neuchâtel) : La biographie scientifique comme microhistoire de la construction disciplinaire. Edouard Desor (1811-1882) : des transferts épistémologiques et culturels

Géologue et paléontologue, fortement engagé dans l’affirmation du domaine des études préhistoriques, politicien et réformateur religieux, Edouard Desor a connu un parcours tumultueux, qui l’a fait toucher à bon nombre d’enjeux sociaux et idéologiques de son temps. Proscrit en Allemagne, orphelin condamné à l’exil et à la « bohème » parisienne, il s’initie à la science aux côtés de Louis Agassiz et construira sa carrière savante aux Etats-Unis, avant de revenir à Neuchâtel (Suisse), où il se retrouvera à la tête d’une importante fortune et deviendra une figure notable du progressisme radical. Savant polyglotte, il nous mène de la conquête des sommets alpins à l’exploration des sables du Sahara, de la forêt vierge aux grandes plaines américaines, en passant par tous les centres de la vie scientifique, des deux côtés de l’Atlantique.

Envisagée comme une forme de microhistoire, la biographie de ce personnage invite à la mobilisation du concept de transfert comme un outil pour appréhender, de manière réaliste, historiciste, la construction du savoir scientifique.

Jose Lanzarote Guiral (Madrid) : À travers les guerres, les cultures et les nations : Le parcours européen d’Hugo Obermaier, prêtre et préhistorien

L’abbé Hugo Obermaier (1877-1946) était une figure clé de la construction de la préhistoire en Europe, ne pas seulement grâce à ses travaux mais aussi en raison de sa mobilité géographique. Considérer les différentes étapes de sa biographie nous permettra donc de traiter des questions plus larges, telles que la tension entre une science internationale d’un part et la création des cadres de recherche nationaux de l’autre, ou la diffusion de la théorie des cercles culturels (Kulturkreislehre). En outre, je vais prêter une attention particulière aux rapports d’Obermaier avec la communauté scientifique allemande dans le période d’Entre-deux-guerres, ainsi qu’à son engagement avec la politique culturelle de la République de Weimar en Espagne.

22 mai – Histoire de l’ethnographie

Joep Leerssen (Amsterdam) : les frères Grimm et les sciences gémellaires : philologie et folklore

La collection de contes publiée par les frères Grimm en 1812 est issue d’un réseau familial et aristocratique, incluant Achim von Arnim et Clemens Brentano, qui pratiquait la célébration sentimentale de la culture populaire. A ce titre, les Contes peuvent apparaître comme une continuation en prose de l’anthologie de chants populaires, Des Knaben Wunderhorn (1805-08). Cependant les Grimm, élèves de C.F. von Savigny (beau-frère de Brentano), étaient aussi des savants à l’avant garde de la nouvelle vague intellectuelle historienne et leurs Contes appliquent la méthodologie naissante de la philologie et de la mythologie à un corpus oral. Vingt ans plus tard, les Grimm, titulaires de chaires professorales à Göttingen, sont au centre d’un réseau de spécialistes -philologues et chercheurs en folklore- d’ampleur européenne. La présentation porte sur la transformation d’un réseau privé et familial en un réseau professionnel. Elle met aussi en lumière les relations entre des disciplines-soeurs dont l’émergence est commune. En dépit de leur filiation et de leur similarité, philologie et folklore se professionnaliseront dans des facultés distinctes.

Céline Trautmann-Waller (Paris) : Les réseaux russes de l’ethnographie allemande autour de 1800

Han Vermeulen a formulé l’hypothèse d’une naissance de l’ethnographie allemande sur le terrain, dans l’Empire russe. C’est effectivement à des savants allemands, membres de l’Académie des sciences de Russie ou non, que furent confiées une bonne partie des explorations menées dans des régions reculées de l’Empire. A partir du cas de Johann Gottlieb Georgi (1729-1802), cette présentation analysera les réseaux qui se tissent dans ce contexte au tournant des XVIIIe et XIXe siècles entre Allemagne et Russie, les circulations de personnes et d’objets qu’ils ont permis, les tensions autour de la définition d’une nation russe.

05 juin – Allemagne et monde hispanophone

Sandra Carreras (Ibero-Amerikanisches Institut, Berlin) : Deutsche Wissenschaftler in Argentinien und Chile. Träger eines Wissenstransfers ?

Der Prozess der Herausbildung und Konsolidierung der lateinamerikanischen Staaten war mit der Entwicklung von Bildung und Wissenschaft eng verbunden. Ab Mitte des 19. Jahrhundehrts arbeiteten deutsche Akademiker in wichtigen wissenschaftlichen Einrichtungen in Chile und Argentinien. Sie trugen dazu bei, die Wissensproduktion vor Ort zu organisieren und die neuen Republiken in internationale Wissensnetzwerke einzugliedern. Andereseits stießen sie mit ihren "deutschen" Vorstellungen auf Grenzen, die ihnen der lateinamerikanischen Kontext setzte.

Andres Jimenez (Eichstätt-Ingolstadt) : Transatlantische Kulturtransfers : die Sprachwissenschaft in Kolumbien,
1867-1911

Anhand der Analyse von dem Transfer der *Sprachwissenschaft* in Kolumbien
zwischen 1867 und 1911 setzt sich der Vortrag mit der Struktur und Dynamik
von transatlantischen Transferprozessen in der Geschichte der
Wissenschaften in Lateinamerika im 19. Jahrhundert auseinander. Dabei
werden die kulturellen, sozialen, materiellen und politischen
Besonderheiten der Rezeption bestimmter moderner Wissensformen in den
jungen lateinamerikanischen Republiken sowie ihre Rolle im
Nationsbildungsprozess hervorgehoben.

  |   Contacts & Plans  |   Mentions légales  |   Plan du site  |   Suivre la vie du site RSS