École normale supérieure

Séminaire "Transferts culturels"

SEMINAIRE TRANSFERTS CULTURELS

PROGRAMME 2013-2014

 

 

Le séminaire s’efforce de suivre l’évolution des recherches sur les transferts culturels, notamment mais pas exclusivement ceux qui impliquent l’espace germanophone. Cette année seront abordés des cas de figure ressortissant à l’histoire transnationale de divers domaines scientifiques : mathématiques, littérature, histoire sociale, archéologie... Nous observerons des phénomènes de transferts culturels concernant l’Allemagne, la Grèce, la Chine, l’Asie centrale, la Russie. Nous aborderons la question de la cartographie dans l’appréhension des mondes antiques et également dans la science littéraire.

Les séances ont lieu le vendredi matin de 9h30 à 12h30 à l’Ecole normale supérieure, au 29 ou au 45 rue d’Ulm, 75005.

Les salles sont indiquées séance par séance

Attention, exceptionnellement, la dernière séance de l’année (22 mai 2014) aura lieu un jeudi.

Le séminaire est ouvert à tous les étudiants, chercheurs et enseignants-chercheurs intéressés. Il valide 3 ECTS du Département d’histoire de l’ENS.

Contact : UMR 8547 Pays germaniques-Transferts culturels

michel.espagne@ens.fr, pascale.rabault@ens.fr

 

 

27 septembre – Transferts triangulaires France-Allemagne-Russie

Dmitri Tokarev (Maison Pouchkine, Saint Pétersbourg) : Le séminaire d’Alexandre Kojève sur Hegel et les intellectuels russes à Paris

Cette communication traitera de l’influence du célèbre séminaire assuré par un émigré russe, Alexandre Kojève (Kojevnikov), de 1933 à 1939 à l’École pratique des hautes études à Paris, sur plusieurs personnages importants de la « première vague » de l’émigration russe en France. On analysera les cas du philosophe juif d’origine russe Jacob Gordin et de la journaliste et traductrice Raïssa Tatarinova (Tarr de son nom de plume). Tous les deux assistaient au séminaire dans la première moitié des années 1930, de même que Boris Poplavsky, jeune et brillant poète et écrivain émigré qui s’intéressait spécialement à la philosophie hégélienne. De plus, une attention particulière sera accordée aux échos des recherches hégéliennes en France (p.e. du livre de Jean Wahl, Le malheur de la conscience dans la philosophie de Hegel, 1929), et notamment chez les philosophes émigrés russes, tels que Nicolas Berdiaev ou Sémion Frank.

Olga Medvekova (Centre Chastel, CNRS Paris) : Bouslaev, premier historien de l’art russe, entre France et Allemagne

C’est au sein de l’université de Moscou que l’art national – en premier lieu médiéval – deviendra en Russie une discipline historique à part entière, s’incarnant dans la personne et dans l’œuvre de Fedor Bouslaev (1818-1897). Ce professeur, linguiste, premier historien de l’art russe au sens propre fut le véritable artisan de la découverte des « primitifs russes ». Sa personnalité, ses intérêts et méthodes scientifiques furent en grande partie déterminés par ses lectures et rencontres avec les savants, archéologues et historiens de l’art européens, en premier lieu allemands et français. Nous nous proposons, en nous appuyant sur les Mémoires que Bouslaev dicta à la fin de sa vie, de reconstruire ses réseaux scientifiques, afin de pouvoir mieux comprendre ses méthodes et de mesurer son originalité.

11 octobre – Africanisme allemand et germanistique africaine

salle Beckett

David Simo (Université de Yaoundé) : Perspectives africaines sur l’histoire de la littérature allemande

 

Felix Brahm (Université de Bielefeld) : African studies and local economy in the city of Hamburg, c. 1900-1975.

The paper studies the formation and the development of African studies in the port city of Hamburg. Whereas the relationship between academia and politics is often discussed in the historiography of science, this paper focuses on the relationship between academia and local economy. Applying the field model of Pierre Bourdieu, the paper examines the interrelations and the making of boundaries between the two fields and takes a closer look at some respective agents. In this context, the local turns out to be more than a scale of analysis : locality was actively created in both fields and offered a common reference framework. Observing a splitting up of African studies in Hamburg into academic and applied branches, the paper further argues for a broad concept of knowledge production.

8 novembre – L’Asie centrale et ses explorateurs allemands : linguistique, ethnographie, archéologie

salle Langevin

Michel Espagne (CNRS-ENS) : La science allemande de l’Asie centrale

Une science allemande de l’Asie centrale se développe à Berlin autour de 1900. Elle est le résultat d’une collaboration étroite avec la Russie, collaboration qui se manifeste notamment lors de trois expéditions ramenant à Berlin des objets d’art et des manuscrits retrouvés dans les cités perdues qui bordent le désert du Taklamakan. le goût pour l’Inde de Schopenhauer et de ses disciples, l’intérêt pour le zoroastrisme, la naissance sur des fondements philologiques d’une science des religions aux prolongements anthropologiques contribuent à créer une extension orientale, centrasiatique de la philologie allemande. Les fleurons en seront la découverte du tokharien ou du sogdien. C’est aussi progressivement une science originale des passages entre les langues et les cultures qui s’esquisse sur ces mêmes bases.

Pascale Rabault-Feuerhahn (CNRS-ENS) : Une approche ethno-linguistique de l’Asie centrale : les carnets d’expédition de Friedrich Wilhelm Radloff

L’œuvre de Friedrich Wilhelm Radloff est bien connue des turcologues, qui le considèrent en général comme l’un des pères fondateurs de leur discipline. Les différents volumes de ses Proben der Volksliteratur notamment, sont encore considérés comme des ouvrages de référence. L’histoire et la place de ses travaux sur les langues « turciques » et les littératures qui s’y rattachent ont déjà été explorées. Radloff est également souvent cité au titre de l’impulsion qu’il donna à l’exploration linguistique et archéologique de Tourfan et du Turkestan. Mais curieusement, le récit de ses expéditions en Asie centrale n’a que peu retenu l’attention jusqu’à présent. Paru en deux tomes en 1884, et réédité depuis, Aus Sibirien n’a pas encore fait l’objet d’une étude systématique et contextuelle. Cet ouvrage qui récapitule et synthétise les notes prises par Radloff au cours des multiples voyages d’exploration est pourtant fondamental pour saisir sa démarche ethno-linguistique et les ressorts de son intérêt pour l’Asie centrale. Il s’agira ici d’analyser la composition de cet ouvrage monographique réalisé à partir de notes éparses (comme le souligne le sous-titre « Lose Blätter »), sa place dans l’œuvre de Radloff et dans le contexte de la découverte de l’Asie centrale, et le tableau qui s’en dégage de la mosaïque de peuples et de langues de la région.

15 novembre – Histoire des sciences entre Orient et Occident

Pascal Crozet (UMR Sphère, CNRS paris) : Transferts culturels et modernité scientifique : le cas de l’Egypte au XIXe siècle

salle Langevin

C’est en Europe de l’Ouest, à la fin du XVIIe siècle, que l’on s’accorde le plus souvent, et sans véritable contestation, à situer la naissance et les premiers développements des sciences modernes. La nature de cette origine, en revanche, a pu donner lieu à des interprétations contradictoires, engageant l’écriture même de l’histoire des sciences : cette origine est-elle en effet simplement contingente, ou fait-elle des sciences modernes un produit culturel occidental par essence ? A l’époque de l’expansion des sciences européennes hors des frontières de l’Europe, on s’en doute, les réponses à cette question n’ont pas été sans conséquences sur les formes prises par le développement scientifique des régions concernées. C’est ce que nous voudrions examiner ici dans le cas de l’Egypte du XIXe siècle.

13 décembre – Transferts germano-britanniques en histoire de l’art

salle Beckett

Emilie Oleron (Paris III/CNRS) : Transposing the Zeitgeist : Nikolaus Pevsner between Kunstgeschichte and Art History

Throughout his career, the German-born art historian Nikolaus Pevsner (1902-1983) attempted to elevate the history of art and the history of architecture to the status of academic disciplines in Britain, the country to which he emigrated in 1933. His theoretical approach, centred around the study of the links between artistic forms, national characters and the concept of Zeitgeist, informed the historical language that he gradually caused to spread in the United Kingdom. It is possible to regard Pevsner’s body of work as a continuation of reflections that started in Germany and to observe in it both specificities of aspects of the German-speaking history of art, isolated from their context of origin, and transformations of the vocabulary and the language of the discipline due to this change of place.

Richard Woodfield (Université de Birmingham) : Ernst Gombrich. A Viennese Art historian in London

Ernst Gombrich was, arguably, the most famous art historian of the twentieth-century. However, not only did he have no school his work had little or no impact on the daily practice of Anglophone art history, except to validate the intellectual respectability of the discipline within the British university community. Most significantly his key works were misunderstood or misrecognised. His employment at the Warburg Institute and the fame of his Story of Art created a situation where he could freely pursue problems he inherited from the Wiener Schule, Panofsky and Warburg. He was never, in the Kuhnian sense, a « normal » art historian. He was a « commentator » in the sense of the contributors to Kunstgeschichtliche Anzeigen and Kritische Berichte. In the Anglophone world he was one of its most distinguished outsiders.

Professor Woodfield’s presentation will be based on the following material : http://academia.edu/255819/Richard_Woodfield_Ernst_Gombrich_and_the_problem_of_being_a_Viennese_art_historian_in_London

20 décembre – L’objet culturel et ses enjeux politiques : l’exemple grec

salle Beckett

Lucile Arnoux-Farnoux (Ecole française d’Athènes) : Octave Merlier éditeur – Histoire de la « collection de l’Institut français d’Athènes »

En juillet 1945 Octave Merlier revient en Grèce après trois ans d’exil forcé en France ; en 1942, en effet, il avait été rappelé par le régime de Vichy et assigné à résidence dans la ville d’Aurillac, en raison de son engagement dans le mouvement du général de Gaulle. Il reprend alors ses fonctions de directeur de l’Institut français d’Athènes et entreprend de relancer la politique culturelle de l’établissement sur un grand pied, afin de regagner le temps perdu durant les années de guerre. L’une de ses toute premières initiatives est de créer la fameuse « Collection de l’Institut français d’Athènes ». Une centaine d’ouvrages suivront jusqu’au départ de Merlier en 1961. Les raisons de cette initiative et le contexte dans lequel elle prend place sont claires. Il s’agit tout d’abord pour lui de disposer d’un outil fiable et souple lui permettant de mettre en œuvre la politique de promotion conjointe des cultures grecque et française qu’il ambitionne de mener. Par ailleurs, le contexte géopolitique lui apparaît tout à fait favorable : sortie affaiblie de la guerre, la France veut se servir de la culture pour retrouver sa place de premier plan dans le concert des nations et contrer l’influence grandissante de l’Angleterre et des Etats-Unis.

Maria Tsoutsoura (Paris) : Les transferts culturels néo-grecs : entre Antiquité revisitée et espaces réorientés

Réactivée à partir du XIXe siècle, une longue tradition médiatisée par l’humanisme occidental contribue à définir l’identité néo-grecque et à en établir les institutions dans un espace fortement symbolique, qui varie jusqu’à l’après-guerre en fonction des détours de la Question d’Orient. La langue grecque est à la fois source principale, enjeu politique, matériau et outil de cette construction identitaire, et son expression littéraire donne souvent lieu à des chefs-d’œuvre piégés dans des malentendus durables. L’étude du domaine néo-hellénique implique ainsi une vue diachronique susceptible de relever l’historicité de l’objet culturel pour mettre en valeur, à travers ses propres dilemmes et ses propres ruptures, le dynamisme fondateur d’une transparence médiatrice importante et complexe, quoique souvent résorbée dans les représentations nationales.

10 janvier 2013 – Histoire de la médecine

salle Beckett

Stefanie Buchenau (Paris VIII) & Marie Gaille (CNRS-CERSES) : Anthropologie, médecine et politique chez Cabanis. Une « anthropologie » à l’allemande au fondement de l’idée de bienfaisance publique

Envisagée dans son rapport au matérialisme, la pensée de P. J. G. Cabanis s’intègre sans trop de difficultés dans un « casier » philosophique aux contours familiers. Cependant, on peut emprunter une autre voie pour la découvrir, moins connue, centrée sur la relation complexe entre son anthropologie médicale et sa pensée politique. L’exégèse de cette relation permet d’aborder une question fondamentale pour la philosophie politique. Cabanis vient en effet puiser dans ce « nœud » anthropologique, médical et politique les éléments d’une réflexion destinés à promouvoir un projet de « bienfaisance » publique. Son analyse contribue aussi à renouveler le paysage théorique dans lequel sa pensée s’inscrit, et d’élargir celui-ci, classiquement rapporté aux philosophies de Locke et de Bacon et à la tradition médicale hippocratique, à une conception de l’anthropologie empruntée à un « moment allemand » selon l’hypothèse formulée par S. Buchenau.

31 janvier – Archéologie et matérialité des transferts culturels

salle Langevin

Anca Dan (CNRS-AOROC) : L’invention de la Ponticité : une histoire des transferts culturels dans la mer Noire antique

A l’époque contemporaine, les pontiques forment une diaspora grecque connue pour son attachement au centre égéen de l’hellénisme et à sa « patrie », de la périphérie du monde civilisé. L’histoire de cette communauté est particulièrement complexe : bien que la continuité de la présence grecque sur le littoral méridional de la mer Noire, entre le VIIe siècle av. J.-C. et 1923, ne puisse être mise en doute, l’Antiquité n’est pas la base des affirmations identitaires des Pontiques modernes. On essaiera ici d’en expliquer les raisons. On évoquera la première communauté imaginaire des « Grecs qui vivent dans le Pont », à travers les réseaux maritimes qui ont permis la fondation de colonies et à travers les mécanismes de métissage de ces groupes, en contact avec des populations thraces, iraniennes, caucasiennes, anatoliennes. On s’intéressera, dans un deuxième temps, à l’invention d’une « Cappadoce du Pont » et aux différentes provinces et royaumes clientélaires des Romains, auxquels on associe le premier « ethnos » pontique. Dans un troisième et dernier temps, on essaiera de comprendre la différence entre les différentes communautés pontiques de l’Antiquité et la nation pontique, construite sur la mémoire de l’Empire de Trébizonde, lui-même carrefour de cultures eurasiatiques.

Hélène Dessales (CNRS-AOROC) : Les techniques de construction dans les provinces romaines : circulation des hommes, des savoirs et des matériaux

Si la conception des types monumentaux dans l’Antiquité constitue désormais un domaine bien exploré, les modalités techniques de leur diffusion et de leur adaptation dans les différents territoires conquis par Rome restent encore un terrain riche d’analyse, en plein développement depuis les dernières années. Un tel renouveau des études permet de passer de l’histoire de l’architecture à l’histoire de la construction, en considérant la technique comme l’élément moteur à partir duquel interroger l’environnement bâti. L’exposé dressera le bilan des méthodes et avancées dans ce domaine, avant les mettre en évidence à travers une étude de cas : la construction des grands thermes de la ville d’Itálica, dans l’antique Hispanie. Son analyse se prête tout particulièrement à un questionnement sur les transferts culturels, entre centre et périphérie : rôle d’un maître d’œuvre venu d’Italie dans le lancement de ce grand chantier, connaissance des ressources naturelles locales dans la vallée du Guadalquivir et adaptation des solutions techniques au terrain. Ainsi, par la circulation des hommes, des savoirs et des matériaux, les monuments romains peuvent être appréhendés comme une production matérielle dynamique.


14 février – Enjeux de la modernité dans l’Empire Ottoman et la Turquie

salle Pasteur, 45 rue d’Ulm

Frédéric Hitzel (CNRS/EHESS, Paris) : Peintres et décorateurs français à Constantinople de 1840 à 1880

La pénétration française en terre ottomane, intense à partir des *Tanzimat*, s’est traduite par l’installation, à travers tout le territoire, d’abondantes cohortes constituées de missionnaires, hommes d’affaires, enseignants, artisans, employés, ingénieurs, membres de diverses professions libérales, aventuriers de toutes sortes. Parmi eux, une catégorie d’individus a été plus particulièrement sollicitée par les sultans : les artistes peintres et les décorateurs. Dès les années 1840, pour incarner l’esprit des réformes, les souverains ottomans prennent en effet l’habitude de se faire représenter en costume européen. Ils souhaitent donner une certaine image de la modernité et souligner l’ouverture de leur empire au progrès. Le roi Louis-Philippe encourage cette modernité en commandant un portrait du sultan Mahmud II au peintre Henri-Guillaume Schlesinger, offert à Rechid Pacha, ambassadeur ottoman à Paris. Bien plus, Achille Devéria est autorisé à graver et à diffuser ce portrait. En 1845, le sultan Abdül-Medjid fait à son tour appel à des peintres français, tels que Charles Doussault, Charles-Émile Labbé, tandis qu’en 1864, la « Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts », charge le peintre Pierre-Désiré Guillemet de réaliser le portrait du sultan Abdül-Aziz. Dans le même temps, des décorateurs français sont invités à se rendre à Constantinople pour décorer et aménager les nouveaux palais du Bosphore. En 1851, on note l’arrivée successive de Charles Séchan, Pierre-Victor Galland, Léon Parvillée, accompagnés de toute une équipe de sculpteurs, peintres, plâtriers. Ces « passeurs », qu’ils soient peintres, décorateurs, artistes, contribuent, à leur manière, à diffuser la culture artistique française dans l’Empire ottoman. Loin de la grande histoire, celle des négociations diplomatiques, des traités, des desseins politiques, nous nous intéresserons plutôt à ces personnes qui, à leur façon, ont contribué à l’affermissement des échanges culturels franco-ottomans entre 1840 et 1880.

Sabine Mangold (Université de Wuppertal) : Le rejet de la modernité sans limite comme fondement de l’amitié germano-turque sous la République de Weimar

La première guerre mondiale est souvent encore perçue dans l’opinion comme le point de départ d’une « fraternité d’armes » et d’une amitié germano-turque dénuée d’arrière-pensées. Mais, de manière curieuse, ce mythe a été créé après-coup, alors que l’Allemagne comme l’Empire ottoman étaient sortis vaincus de la guerre en 1918. Pour éclaircir ce paradoxe, l’exposé décrira les dimensions inter- et transnationales des relations germano-turques entre la fin de la première guerre mondiale et la prise de pouvoir par les nationaux-socialistes en Allemagne, dans les domaines diplomatiques, culturels, associatifs, sportifs… Quel intérêt les deux parties avaient-elles à proclamer une amitié ininterrompue et désintéressée ? La réponse est à chercher dans une lutte politique commune contre les conditions de l’armistice fixées par le Traité de Versailles et le rejet commun d’un processus accéléré d’occidentalisation. De 1918 à 1933, l’amitié germano-turque fut, en réalité, limitée et sa mise en scène servit le combat des deux pays contre une modernité sans limite.

14 mars – Histoire de la pédagogie

salle Pasteur, 45 rue d’Ulm

Alexandre Fontaine (Université de Genève) : Quelques racines helvétiques de l’école de Jules Ferry

Suite à son passage dans le repli helvétique et son professorat à l’Académie de Neuchâtel (1866-1870), Ferdinand Buisson avouait à ses amis suisses que « notre école primaire sous la troisième République s’est largement inspirée de la vôtre ». Cette communication visera tout d’abord à éclairer le rôle des proscrits français (Edgar Quinet, Jules Barni, Max Buchon) dans le passage et la réadaptation de savoirs pédagogiques dans l’espace franco-suisse du second dix-neuvième siècle. Dans un second temps, j’analyserai les réseaux et la mise en place d’une communauté transnationale qui, des deux côtés du Rhône, a permis le transfert et de multiples déclinaisons de pratiques pédagogiques comme l’instruction civique, la gymnastique, les colonies de vacances ou les bataillons scolaires.

Blaise Extermann (Université de Genève) : « Déclinaisons allemandes ». Contributions étrangères à l’enseignement de l’allemand langue nationale en suisse romande (1780-2000).

L’exposé abordera les contributions de diverse nature qu’apportent les professeurs d’allemand étrangers, en différents moments des deux siècles pris en considération, à cette entreprise éminemment nationale que représente l’enseignement de l’allemand au sein des établissements scolaires publiques suisses romands. Seront évoqués de la sorte la trajectoire biographiques des enseignants, des aspects pédagogiques et didactiques, facilitant ou non leur intégration, des aspects linguistiques, comme les rapports complexes des dialectophones alémaniques avec l’allemand standard, le contexte politique dans lequel se développe l’enseignement de l’allemand, des considérations, enfin, sur la formation académiques des enseignants. La dernière étape de l’analyse ouvrira des perspectives sur l’histoire du temps présent et conduira à s’interroger sur les contours que peut prendre une étude des transferts culturels à l’âge de la globalisation et de la standardisation de l’enseignement des langues étrangères.

28 mars– Cartographie et littérature

salle Pasteur, 45 rue d’Ulm

Robert Stockhammer (LMU Muenchen) & Mandana Covindassamy (ENS) : Géographie et littérature – un transfert disciplinaire

Dès que la littérature s’est écrite, la dimension graphique est venue ouvrir la temporalité propre au langage à une certaine spatialité. Les mots se sont disposés sur la feuille, espace commun à la carte et au texte. Très tôt, la cartographie a été employée afin de scruter l’objet littéraire. La séance propose d’étudier non seulement la valeur heuristique de la cartographie pour la théorie littéraire, mais également de montrer comment la pensée cartographique peut informer l’écriture même de certaines œuvres littéraires.

11 avril – Collections patrimoniales transnationales

salle Cavaillès

Ulrich Johannes Schneider (Universitätsbibliothek Leipzig) : Aegyptischer, griechischer, christlicher und islamischer Orient in der Bibliotheca Albertina in Leipzig

Die Leipziger Sammlungen enthalten mit dem Papyrus Ebers die größte und bedeutendste, zugleich weltweit älteste Handschrift aus dem antiken Ägypten, weiterhin substantielle Fragmente der hellenistischen Kultur auf Ostraka und Papyri, darunter mit dem Codex Sinaiticus auch eine Hauptquelle des frühen Christentums, sowie die deutschlandweit fünftgrößte Sammlung islamischer Handschriften vom 10.-19. Jahrhundert. Alle diese Quellen sind oder werden gerade digitalisiert. Wie ändert sich dadurch ihr kultureller Status ?

Marcel Lepper (Deutsches Literaturarchiv Marbach) : Globale Archive, lokale Strukturen : Provenienz, Vielsprachigkeit, Deterritorialisierung der Sammlungen in Marbach, Weimar und Wolfenbüttel

Dieser Vortrag wird sich einerseits auf die multilingualen Bestände konzentrieren, die durch den Forschungsverbund Marbach-Weimar-Wolfenbüttel (BMBF) zusammenfinden. Andererseits werden auch Marbacher Projekte mit dem Auswärtigen Amt in Israel, sowie Vorhaben in Brasilien, Südafrika und Indien beschrieben werden, die allesamt das Zusammenspiel zwischen globalen Archiven und lokalen Strukturen illustrieren.

22 mai – Médiations chinoises de la pensée occidentale

salle Cavaillès

ATTENTION EXCEPTIONNELLEMENT LA SÉANCE A LIEU UN JEUDI

Huang Bei (Université de Fudan) : Victor Segalen : un « taoïste » nietzschéen en Chine

Arrivé en Chine en 1909, Victor Segalen était témoin de la révolution chinoise de 1911, avant de croiser la révolution russe en 1917, et avant de disparaître, avec la grande guerre, en 1919. Et pourtant, l’homme qui s’éteint avec une époque chante, dans Peintures, la chute des dynasties successives dans l’histoire de Chine comme la seule voie du renouveau possible. A travers l’ « éternel retour », le poète confond volontairement la vision taoïste et la vision nietzschéenne, pour inventer une poétique du « spectacle du Divers ».

Colette Camelin (Poitiers) : Deux visions opposées de l’Empire de Chine : Wang-Loun d’Alfred Döblin et René Leys de Victor Segalen)

Après deux mille ans de régime impérial constant, le dernier empereur de Chine a abdiqué le 12 février 1912. Cette année-là, Alfred Döblin entreprend, à Berlin, la rédaction de Die drei Sprünge des Wang-lun, Chinesischer Roman et Victor Segalen commence René Leys en 1913 à Pékin. Le premier met en scène l’Empereur Qianlong, au XVIIIe siècle, le second évoque les dernières années de l’Empire. Döblin et Segalen admiraient les penseurs du Dao, mieux connus grâce à des traductions contemporaines en Allemagne (Richard Wilhelm) et en France (Léon Wieger). Mais les interprétations esthétiques et politiques qu’ils en donnent dans ces romans sont opposées : Döblin écrit l’épopée des « Vraiment faibles » menés par Wang-loun, révoltés contre les abus de pouvoir de Qianlong, tandis que Segalen construit un roman ironique, exprimant sa nostalgie de la puissance impériale
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