Peter UTZ , professeur invité : Nouvelles approches de la littérature allemande

 

Peter UTZ, Professeur invité :

Nouvelles approches de la
littérature allemande

traduction, histoire médiatique,
catastrophes

Programme :

I. Traduction et interprétation

Spécialiste de Robert Walser et de l’analyse des traductions littéraires, le Professeur Peter Utz plaide pour une valorisation de la traduction comme lecture propre de l’original. Car elle ajoute son sens à l’original, avec lequel elle peut entamer un dialogue fructueux, et elle peut l’éclairer sous un nouveau jour, rendant productives les différences linguistiques et culturelles entre l’original et la traduction. C’est le cas notamment lorsqu’existent des traductions multiples d’un original dans la même langue cible. Elles ne reflètent pas uniquement l’histoire des traductions et du transfert culturel qu’elles impliquent, mais elles donnent à lire un éventail d’interprétations possibles de l’original. Dans une analyse comparative et contrastive, les traductions ouvrent ainsi une autre vision de l’original et de son interprétabilité.

Les deux conférences proposent de concrétiser cette approche à partir des traductions en français de l’œuvre de l’écrivain suisse Robert Walser (1878-1956). Dans les dernières décennies, la majeure partie de son œuvre a été rendue accessible au lecteur francophone par des traductions qui ont connu un écho important et mis en évidence l’actualité de son écriture particulière.

Ces deux conférences se tiendront dans le cadre de l’atelier de traduction littéraire allemand-français proposé par Mandana Covindassamy.

12 avril 2022 | 13h-15h | salle Aimé Césaire
Interpréter l’original à l’aune des traductions : « Kleist in Thun » de Robert Walser

Dans la brève nouvelle « Kleist in Thun » (1907), Walser met en scène le séjour de l’écrivain romantique Heinrich von Kleist dans la petite ville de Thoune en Suisse un siècle auparavant. Crises et exubérances de la vie d’un écrivain se reflètent dans un discours narratif complexe, nourri de références originales, tout en préservant le secret d’un personnage littéraire à facettes multiples. Celles-ci sont développées dans les cinq traductions françaises du texte qui seront discutées lors de cette séance. Elles proposent tout un éventail d’approches différentes de ce texte fascinant et unique.

19 avril 2022 | 13h-15h | salle Aimé Césaire
Traduire et lire, lire et traduire : regards croisés entre la traduction et l’interprétation, à l’exemple de Robert Walser
(avec Marion Graf, traductrice de Robert Walser)

Marion Graf a traduit un nombre important et varié de textes de Robert Walser (proses, microgrammes, poèmes, scènes dialoguées, lettres), souvent édités en collaboration avec Peter Utz. Les deux intervenants discuteront à partir d’un choix de textes des défis particuliers que pose l’écriture de Walser pour la traduction et l’interprétation.

II. Le « feuilleton littéraire » dans la presse de langue allemande

Dans les études d’histoire littéraire, la place et la fonction de la littérature dans son contexte médiatique méritent davantage d’attention que ce ne fut le cas par le passé. Un cas exemplaire en est la littérature publiée dans les journaux, trop souvent négligée par son caractère éphémère, instable dans le temps, et peu considérée par la critique. Pourtant, dans la littérature allemande, le « feuilleton littéraire » a joué un rôle important, notamment au début du vingtième siècle. Cette forme de prose courte, publiée dans la rubrique culturelle des quotidiens sous le « trait » qui la sépare de la partie journalistique proprement dite, n’est pas à confondre avec le « roman feuilleton » introduit dans les journaux européens au dix-neuvième siècle. A partir de ce modèle dont l’origine et le nom sont français, le « feuilleton littéraire » s’est développé par un transfert culturel peu étudié comme tel dans les pays germanophones en tant que forme littéraire à part entière. Elle est proche de la « chronique » connue encore de nos jours, mais avec un caractère et une ambition littéraire bien plus développés. De nombreux auteurs de renom la pratiquaient, de Musil, Benjamin, Roth, Hessel, Tucholsky, Polgar, Hesse à Kraus. Robert Walser gagnait sa modeste vie grâce à ce genre littéraire, avec des centaines de textes publiés dans les années vingt dans les journaux les plus connus de l’époque. Ce n’est que ces dernières années que le « feuilleton littéraire » a commencé à faire l’objet d’une recherche systématique et que l’on commence à mesurer son impact sur le développement flamboyant qu’a connu la littérature allemande dans les années vingt.

Les deux interventions de Peter Utz, qui participe activement à ces recherches, ont pour objectif de démontrer, à partir d’exemples concrets tirés des œuvres des auteurs cités, l’historique et l’esthétique propre à ce genre, ses règles implicites et ses conditions médiatiques. Elles auront lieu dans le cadre du séminaire de littérature allemande de Mandana Covindassamy intitulé « Import-export des petites formes : France-Allemagne ».

Vendredi 8 avril 2022 | 09h-11h | Salle Celan
Le « feuilleton » littéraire :les métamorphoses d’un genre entre
journalisme et littérature

Vendredi 15 avril 2022 | 09h-11h | Salle Celan
Les apports du « feuilleton » littéraire allemand à l’éclosion de la
modernité dans la première partie du xxe siècle

III. La culture helvétique des catastrophes

Avalanches, crues, éboulements : depuis plus de deux siècles, les littératures suisses multiplient les représentations des catastrophes, réelles et imaginées. Comment s’expliquer ce penchant des écrivains d’un pays à l’apparence si tranquille pour les désastres ? Pourquoi cette « culture de la catastrophe » s’est-elle installée au revers de l’idylle helvétique, et quelle est sa fonction pour la mémoire collective ? De quelle manière s’inscrit-elle dans la géographie et la topographie alpine ? – Ces questions seront discutées à partir d’exemples des littératures suisses, notamment le roman Derborence de Charles Ferdinand Ramuz (1934).

Vendredi 22 avril 2022 | 14h-17h | Salle F
La culture helvétique des catastrophes
dans le cadre du séminaire « (D)Écrire le monde :
entre science et littérature, des Anciens aux Modernes » co-organisé par Mandana Covindassamy (ENS-Pays Germaniques), Anca Dan (ENS – AOROC) et Georges Tolias (EPHE – SAPRAT)

 

Peter UTZ est né en 1954 à Bienne (Suisse) ; de 1987 à 2019 professeur de littérature allemande moderne à l’Université de Lausanne. Recherches et publications sur la littérature allemande moderne, en particulier les littératures suisses, les rapports entre journalisme et littérature et sur la traduction littéraire. Dans ce dernier domaine, il a notamment publié Anders gesagt – autrement dit – in other words. Übersetzt gelesen : Hoffmann, Fontane, Kafka, Musil, Munich 2007, et « Nachreife des fremden Wortes ». Hölderlins Hälfte des Lebens und die Poetik des Übersetzens, Paderborn 2017. Sur les littératures suisses, a paru en traduction française son étude Culture de la catastrophe. Les littératures suisses face aux cataclysmes, trad. par Marion Graf, Genève 2017. Il est spécialiste de l’œuvre de Robert Walser, sur lequel il a publié en français l’essai Robert Walser : Danser dans les marges, trad. par Colette Kowalski, Genève 2001. De plus, il a accompagné et préfacé de nombreuses traductions de Robert Walser parues aux éditions Zoé, Genève, et il est co-éditeur d’un nombre important d’ouvrages collectifs et d’une nouvelle édition en allemand des œuvres complètes de Robert Walser.

Organisation et contact : Mandana Covindassamy 

Affiche