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Activités 2013-2014

ANR Emphiline-EMCO

« La surprise au sein de la spontanéité des émotions : un vecteur de cognition élargie »


Séminaires

►Atelier de traduction de textes extraits des Studien zur Struktur des Bewusstseins de Edmund Husserl, coordonné par Natalie Depraz et Maria Gyemant

►Séminaire « Emotions et volitions », coordonné par Natalie Depraz et Maria Gyemant


Colloques et journées


 

« La surprise dans le langage et dans les langues »

Colloque pluridisciplinaire

Université de Rouen/ENS Paris-Archives-Husserl/Université de Paris-Diderot
Jeudi 20 mars (ENS) et vendredi 21 mars 2014 (Université de Rouen)
dans le cadre de l’ANR Emphiline EMCO (2012-2015)
« La surprise au sein de la spontanéité des émotions : un vecteur de cognition élargie »

Comité d’organisation : Natalie Depraz (ENS-CNRS/Rouen), Agnès Celle, Pascale Goutéraux (Paris-Diderot), Catherine Filippi (Rouen), Claudia Serban (ENS-CNRS)

Jeudi 20 mars (ENS Ulm, 45, rue d’Ulm, 75005, Salon du Réfectoire)

programme en PDF

Accueil (9h30-10h)
Ouverture du Colloque par Michel Espagne, Directeur de l’UMR 8547, Pays germaniques, Responsable de l’équipe « Transferts culturels », Directeur de Recherche CNRS, et par Dominique Pradelle, Directeur adjoint, Responsable de l’équipe Archives Husserl, Pr. à l’Université de Paris IV Sorbonne.

Matinée (10h-13h)
Présidence : Michel Bitbol (Directeur de Recherche en épistémologie, CNRS-Archives-Husserl)

Philippe Fontaine (MCF HDR en philosophie, ERIAC, Université de Rouen), « De la surprise. Pour une intentionnalité désarmée. La rencontre avec l’œuvre d’art comme ‘fulguration d’un événement unique’ »
Répondant : Julien Guiffard (Master I en philosophie, Université de Rouen)

Graham Ranger (PR en linguistique, Université d’Avignon), « La représentation de la surprise en anglais et la construction rétroactive des possibles »
Répondant : Emmanuel Ferragne (MCF en linguistique, Université de Paris-Diderot)

Catherine Filippi (MCF en linguistique, ERIAC, Université de Rouen), « Les degrés de la surprise »
Répondant : François Labatut (Master II en linguistique, Université de Paris-Diderot)

Après-midi (14h30-17h30)
Présidence : Laurence Villard (Professeur Emérite en Lettres Classiques, Ex Vice Présidente Recherche à l’Université de Rouen)

Freiderikos Valetopoulos (MCF en linguistique, Université de Poitiers), « La verbalisation de la surprise en grec »
Répondant : Charles Bonnot (Doctorant en linguistique, Université de Paris-Diderot)

Yves Millou (Doctorant en philosophie, ERIAC, Université de Rouen), « Surprise et Parole : les verbes de la surprise dans le Nouveau Testament »
Répondant : Joaquim Hernandez-Dispaux (Université catholique de Louvain/FNRS)

Natalie Depraz (PR en philosophie, Université de Rouen, ERIAC/ENS-CNRS Archives-Husserl, Paris), « Les langages de la surprise »
Répondante : Raluca Mocan (Docteur, Chargée de cours à l’Université de Paris XII Créteil)

Vendredi 21 mars (Université de Rouen, Mont Saint Aignan, Maison de l’Université, Salle Divisible Nord)

Accueil (9h30-10h)
Ouverture du Colloque par Didier Chollet, Vice Président à la Commission Recherche, et par Miguel Olmos, Directeur du Laboratoire de Recherche ERIAC.

Matinée (10h-13h)
Présidence : James Underhill (PR en littérature anglaise, Université de Rouen)

Pascale Goutéraux (MCF en psycholinguistique, Université de Paris-Diderot), « L’expérience psycholinguistique de la surprise : entre déconnexion et reconstruction »
Répondante : Ana-Isabel Ribera (MCF en linguistique espagnole appliquée, ERIAC, Université de Rouen)

Annie Hourcade (MCF HDR en philosophie, ERIAC, Université de Rouen), « La surprise dans la Poétique d’Aristote »
Répondant : Alexis Lavis (Doctorant, ATER en philosophie, Université de Rouen)

Laure Lansari et Agnès Celle (MCF et PR en linguistique anglaise, Université de Paris-Diderot), « Surprise et exclamation en anglais »
Répondante : Eléonore Chinetti (PRAG en linguistique anglaise, Université de Rouen)

Après-midi (14h30-17h30)
Président de séance : José Vicente Lozano (PR en linguistique espagnole, ERIAC, Université de Rouen)

Franck Varenne (MCF en philosophie, Université de Rouen/GEMASS (UMR 8598 / Paris Sorbonne) : « La surprise comme mesure de l’empiricité des simulations computationnelles »
Répondant : Frédéric Montferrand (Doctorant, ATER en philosophie, Université de Rouen)

Anne Jugnet et Emilie Lhôte (MCF en linguistique, Université de Paris-Diderot), « ‘Surprise’ & ‘wonder’ : retour sur les emplois métonymiques de ’noms psychologiques’ »
Répondant : James Underhill (PR en littérature anglaise, Université de Rouen)

Claudia Serban (Docteur en philosophie, ENS-CNRS-Fondations Thiers/Archives-Husserl), « La surprise comme modification de l’espace logique. Remarques sur la construction narrative d’Alice in Wonderland »
Titres et résumés

Philippe Fontaine, « De la surprise. Pour une intentionnalité désarmée. La rencontre avec l’œuvre d’art comme ‘fulguration d’un événement unique’ »

L’analyse husserlienne de la perception en fait la modalité par excellence de la relation intentionnelle au monde. Celle-ci compte au nombre de ses caractères essentiels le principe d’une visée (Intentio, Meinung), qui prescrit d’avance ses conditions de satisfaction et son remplissement possible. Le mode de donnée de l’objet dépend donc par essence d’une "visée" dont la modalisation détermine le sens d’appréhension (Auffassungssinn).
Au-delà des difficultés soulevées par une telle description, qui insiste sur l’existence d’une nécessaire anticipation du sens de ce qui se présente à moi, on voudrait tenter de montrer en quoi la réception de l’oeuvre d’art ne saurait obéir à un tel schéma, dans la mesure même où sa perception semble indiquer nécessairement le phénomène de la "surprise" comme modalité spécifique de sa réception.
La compréhension d’un tel phénomène requiert une analyse de l’oeuvre d’art conçue comme "événement", dont le caractère inanticipable, imprévisible, déjoue toute "pré-vision", et entraîne un phénomène de "saisissement-désaisissement" de la conscience percevante. Cet événement est un avènement de sens, qui s’inscrit en rupture avec la trame du monde, et, par l’instauration d’une telle déchirure, ouvre un monde auquel seul l’art donne accès.
Graham Ranger, « La représentation de la surprise en anglais et la construction rétroactive des possibles »
Notre travail porte sur la représentation linguistique de la surprise en anglais. Nous nous plaçons dans le cadre de la Théorie des Opérations Prédicatives et Énonciatives. En langue anglaise, hormis le lexique, il ne semble pas y avoir de marqueurs spécialisés dans le renvoi à la surprise. Il existe en revanche de nombreuses configurations formelles qui permettent, par les opérations dont elles sont la trace, la (re )construction d’un schéma récurrent qui, lui, renvoie de manière univoque à la surprise. Nous considérerons trois de ces configurations qui, bien que tirées de différents domaines catégoriels, renvoient tous trois à des schémas semblables. D’abord, nous montrerons comment l’adverbe YET peut construire une représentation modale de « surprise », éventuellement mise au service de l’argumentation (concession ou réfutation). L’intraduisible OF ALL N pl peut aussi (post)qualifier une occurrence identifiée sur le même domaine comme inattendue ou surprenante. Enfin, ONLY TO V permet également, en contexte narratif, de présenter une deuxième prédication comme contraire aux attentes construites par une première. Nous verrons que chacune de ces trois configurations formelles met en œuvre un schéma abstrait impliquant une discontinuité entre une situation anticipée et une situation effective, une opposition donc entre une classe fictive de possibilités attendues – reconstruite rétroactivement – et une occurrence effectivement validée.

Catherine Filippi-Deswelle, « Les degrés de la surprise »

Dans cette communication portant sur la langue anglaise, je me propose d’explorer la surprise – l’émotion éprouvée par le sujet dans une situation inattendue – en termes de degrés. En effet, la surprise peut être vécue de différentes manières correspondant sur le plan linguistique à divers échelons ou « degrés », qui, en fonction du caractère indénombrable des noms associés à cette notion d’ordre affectif, seront interprétés en termes d’intensité plus ou moins forte sur un gradient où ce n’est pas la quantité mais la qualité qui est ainsi quantifiée. Il existe d’une part une gradation qui est inscrite dans le lexique, renvoyant à une échelle comportant des termes relativement proches, comme « surprise » et « astonishment » (« étonnement, surprise »), et d’autres exprimant un degré de surprise moindre avec « bewilderment » (« confusion, perplexité ») ou davantage élevé comme c’est le cas de « amazement » (« stupéfaction »). Les définitions des dictionnaires bilingues offrent même parfois une progression dans la force (« stronger » : une acception « plus forte ») de la surprise : ainsi, « astonishment » et « bewilderment » sont tous deux susceptibles de signifier l’« ahurissement » et la « stupéfaction ». Je m’interrogerai sur les éléments contextuels qui participent à la structuration du domaine notionnel de la surprise en association avec le sémantisme des noms (ou adjectifs, verbes et adverbes) sensés la dénoter stricto sensu afin de les départager en termes de degrés d’intensité. Par ailleurs, j’analyserai un autre type de gradation : la cooccurrence avec des adverbes de degré, tels que « very » ou « quite », qui permettent de qualifier tel ou tel adjectif en tant que tel (« very surprised » : « très surpris » ; (« quite stupefied » : tout à fait stupéfait »), sans entrer dans une relation de comparaison avec des désignations plus ou moins approchantes.

Freiderikos Valetopoulos, « La verbalisation de la surprise en grec »

Dans le cadre de notre présentation, nous souhaitons présenter les résultats de nos travaux qui ont pour objectif l’étude de la verbalisation de έκπληξη en grec. Nous nous proposons de nous concentrer sur les prédicats αιφνιδιάζω ‘surprendre’, απορώ ‘s’étonner’, καταπλήσσω ‘étonner, sidérer’, ξαφνιάζω ‘surprendre, étonner’, ξενίζω ‘étonner, sembler étrange’, παραξενεύω ‘étonner, devenir bizarre’, σαστίζω ‘stupéfier, ébahir’. Nous aborderons les questions suivantes : Tous ces prédicats expriment-ils la έκπληξη ? Quelles sont les spécificités sémantiques de ces prédicats ? Peut-on cartographier l’émotion de έκπληξη ? Cette cartographie correspond-elle à celle du français ? Afin de mettre en évidence les différences entre ces prédicats, nous étudierons leur combinatoire lexicale, en nous fondant sur l’analyse d’un corpus. Ce corpus contient des textes journalistiques et littéraires, traduits en français et en grec. Notre étude s’inscrit dans le cadre des classes d’objets. L’unité minimale d’analyse est la phrase qui comporte un prédicat et ses arguments. Il convient de souligner dès maintenant que les limites de la phrase ne suffiront pas, comme nous le verrons, pour l’étude de l’émotion en question.

Yves Millou : « Surprise et Parole : les verbes de la surprise dans le Nouveau Testament »

L’exposé essaiera de faire le point sur mes recherches entamées dans le cadre de l’exploration de la surprise comme marqueur d’un vécu à la jonction de l’inattendu et de la révélation de la nouveauté qu’implique cet inattendu. Un des lieux où l’amplitude semble maximale entre structure d’accueil et phénomène inhabituel est le miracle, événement de foi, naturellement, mais aussi expérience subjective qui, lorsqu’elle est rapportée dans un récit et soumise à l’appréciation critique, comme c’est le cas dans les Évangiles et les Actes des Apôtres, permet de repérer les caractéristiques de la réponse à l’événement inouï. Etonnement, saisissement, stupéfaction, désorientation, mise hors de soi… : les variations de la surprise (et de leur reprise discursive) face au phénomène miraculeux sont nombreuses. A travers l’analyse des verbes utilisés pour exprimer la surprise, une attention sera apportée à la valence corporelle ou non, de ces réactions, ainsi qu’à la structure générale de la réponse langagière des réactions aux miracles que l’on retrouve dans le corpus, et une hypothèse sera faite quant à la fonction des mentions de surprise, dans le cadre de la pédagogie des miracles réputés la causer.

Natalie Depraz, « Les langages de la surprise »

Je voudrais explorer les deux modes, corporel et conscientiel de la surprise, en interrogeant leur langage propre : y a-t-il un langage propre du sursaut ? Un langage de la prise de conscience ? Quelles formes prennent-ils ? Se confond-il avec le langage de l’admiration identifié très tôt par Diderot ou avec celui de l’étonnement dont nous parlent les Anciens (Platon, Aristote, mais aussi les Evangélistes) ? Ou bien s’en différencie-t-il (A. Smith) ? Je partirai de ce double modèle de la surprise, a priori antinomique, tel qu’il est présenté par P. Ricœur dans Le volontaire et l’involontaire (1950), puis je m’attacherai à retracer la généalogie de ces deux modes de surprise (sursaut/prise de conscience) chez certains auteurs (Izard, Darwin, James, Ekman d’une part, Peirce, Husserl, Dennett, Davidson). Dans un deuxième temps, j’analyserai deux entretiens d’explicitation contrastés qui mettent au jour la dynamique de verbalisation propre à la surprise et révèlent la complexification processuelle de cette antinomie.

Pascale Goutéraux, « L’expérience psycholinguistique de la surprise : entre déconnexion et reconstruction »

Les recherches cognitives sur la surprise font l’hypothèse d’une déconnexion, avec blanc ou sursaut révélateurs du décalage entre attentes et représentations préconstruites par le sujet et un évènement ressenti comme déstabilisant. Tout épisode de surprise présenterait un schéma psycholinguistique invariant à plusieurs phases : rupture (parfois manifestée par des pauses), réponse émotionnelle spontanée (rires, interjections, exclamations), discours émotif qui attribue une caractéristique affective à la source ou verbalise l’état affectif du sujet, enfin interrogation et réajustement. Nous postulons que les phases discursives correspondant au schéma cognitif ne suivent cependant pas un ordre temporel linéaire. De plus, certaines places discursives sont occupées ou vides en fonction de la source et de la perception qu’en a le sujet. Le statut linguistique de locuteur natif, bilingue, apprenant d’une langue, est aussi pris en considération dans cette recherche (qui ne vise pas à analyser les propriétés linguistiques de la surprise en langue naturelle). L’ensemble des hypothèses est mis à l’épreuve d’une expérimentation comparative en cours. Le protocole inclut la présentation d’œuvres d’art, déclencheurs potentiels de réactions de surprise et distracteurs, à des étudiants anglophones ou francophones (39 à ce jour), puis un entretien pour faire émerger le ressenti de la surprise et la collecte de métadonnées. Nous souhaitons confirmer empiriquement l’articulation entre le schéma invariant de surprise et la variation des marqueurs linguistiques associés (intensité, valence émotionnelle, retour verbalisé sur la déconnexion et ajustement). L’inclusion de 13 sujets s’exprimant dans les deux langues ajoute, à mi-parcours de l’expérience, des indications qualitatives sur la variabilité des marqueurs en fonction du statut linguistique du locuteur.

Annie Hourcade, « La surprise dans la Poétique d’Aristote »

Dans la Poétique d’Aristote, la référence à la surprise pose d’importants problèmes, non seulement parce que les deux termes utilisés, susceptibles d’être traduits par « surprise » (ekplêxis et thaumaston), ne sont sans doute pas interchangeables, recouvrent des registres différents, mais aussi parce que la surprise, telle qu’Aristote l’aborde dans la Poétique, semble constituer une des émotions-clés de la tragédie, émotion éprouvée par le spectateur, émotion produite artificiellement par conséquent, mais aussi, émotion susceptible d’être éprouvée par le protagoniste lui-même et donc représentée. Le point de départ résidera dans l’étude de cinq passages de la Poétique qui font référence à la surprise : 1452a ; 1454a ; 1455a ; 1460a ; 1460b. On sera conduit d’une part à interroger les modalités de l’intervention de la surprise au sein même de ce qu’Aristote nomme « agencement des faits », dans les rapports qu’elle est susceptible d’entretenir avec le hasard, la nécessité, l’irrationnel et la vraisemblance ; d’autre part et de manière liée, il s’agira de tenter d’élucider les différents aspects de la relation privilégiée que la surprise – du protagoniste, du spectateur – entretient, dans la tragédie, avec la reconnaissance (anagnôrisis).

Laure Lansari et Agnès Celle, « Surprise et exclamation en anglais »

Dans cette communication, nous laisserons de côté la description de la surprise pour nous concentrer sur son expression, qui n’implique pas prioritairement des lexèmes de surprise mais des marqueurs associés par certains à la catégorie du « miratif » (voir Rett & Murray 2013). Parmi ces marqueurs, on trouve notamment les structures exclamatives. En réaction à un élément surprenant, elles sont la trace d’un jugement de non-conformité à une attente (ou de « non-canonicité » pour reprendre les termes de Michaelis 2001 : 1039). Nous montrerons que le jugement de « non-canonicité » qui sous-tend l’emploi des exclamatives peut, selon le contexte, manifester différents positionnements affectifs : surprise vécue, mais aussi surprise feinte dans le cas des exclamations ironiques. Ces positionnements sont susceptibles d’entraîner à leur tour diverses réactions sur le plan intersubjectif. Selon Rett et Murray, l’expression de la surprise ne peut être niée par l’interlocuteur, contrairement à son assertion. Nous mettrons cette allégation à l’épreuve de données authentiques.

Franck Varenne, « La surprise comme mesure de l’empiricité des simulations computationnelles »

Selon Mary S. Morgan (2005), alors que les comportements des modèles en sciences peuvent nous surprendre, les expériences scientifiques, quant à elles, peuvent nous confondre. En effet, les expériences produisent des résultats non seulement inattendus mais potentiellement inexplicables au regard de la connaissance actuellement disponible. Les simulations numériques et informatiques sont des traitements symboliques délégués à des machines et effectués sur - ou à partir de – modèles formels : elles prennent la forme de traitements computationnels programmés permettant en particulier l’entrelacement des hiérarchies de symboles et par là des voies de la référence de ces symboles. C’est en cela que les simulations, tout en recourant à des modèles, possèdent certaines propriétés qui les rapprochent davantage encore de l’expérience que les seuls modèles (Varenne, 2007 ; 2013). Cette conférence tentera d’esquisser une classification des types de surprise auxquels différents types de simulation peuvent donner lieu. La notion d’émergence faible introduite dans ce contexte par Mark A. Bedau (1996) sera notamment mobilisée et enrichie. Nous proposerons en effet de reconnaître l’existence de différents types hétérogènes et irréductibles d’émergence faible et donc, corrélativement, de surprise dans les simulations contemporaines, cela bien que le rapport entre émergence faible et surprise ne soit pas aussi immédiat qu’on puisse le penser de prime abord.

Claudia Serban, « La surprise comme modification de l’espace logique. Remarques sur la construction narrative d’Alice in Wonderland »

Dans le Tractatus de Wittgenstein, nous lisons cette affirmation sans droit d’appel : "dans la logique, il ne peut pas y avoir de surprise (Darum kann es in der Logik nie Überraschungen geben)" (proposition 6.1251). Nous tenterons, en prenant appui sur l’œuvre littéraire de Charles Lutwidge Dodgson (mathématicien et logicien oxonien du XIXe siècle connu sous le pseudonyme Lewis Carroll), de montrer que le rôle de la surprise est précisément de mettre la logique à l’épreuve de ses limites. En analysant la construction littéraire d’Alice in Wonderland, nous nous intéresserons à la manière dont la surprise intervient (textuellement) dans la narration en bouleversant l’espace logique de la familiarité afin d’entériner l’autonomie alogique du domaine de la fiction.

Anne Jugnet et Emilie Lhôte, « ‘Surprise’ & ‘wonder’ : retour sur les emplois métonymiques de ’noms psychologiques’ »

Un ensemble de noms psychologiques sont souvent analysés comme étant polysémiques, dénotant l’état comme la source (stimulus) de cet état (Barque, Fábregas, et Marín 2012, Tutin 2009) – l’interprétation en tant que source étant conçue comme dérivée métonymiquement du nom d’état. On a montré précédemment que si cette analyse paraît intuitivement satisfaisante pour un ensemble de noms d’émotions (tels que disappointment, preoccupation, ou preference), le nom surprise se démarque de ce schéma. L’analyse des emplois de surprise en contexte dans une approche cognitive nous a menées à conclure qu’il est préférable de renverser l’analyse de l’extension métonymique (le sens statif étant alors conçu comme dérivé du sens source). L’une des questions soulevées par ce premier travail est celle du statut de surprise parmi les noms d’émotions : surprise fait-il figure d’exception ? Le lexique de la surprise dans son ensemble se démarque-t-il des autres noms psychologiques ? 
L’objectif de cette communication est de déterminer si c’est le nom surprise seul, ou plutôt l’ensemble des noms pouvant décrire la surprise, qui se démarquent des noms psychologiques polysémiques. Nous montrerons que surprise comme wonder semblent décrire des sources d’un sentiment avant de décrire un état, mais que d’autres noms proches (amazement, astonishment, bewilderment) ne présentent pas la même ambiguïté. Le champ lexical de la surprise se révèle ainsi hétérogène. Nous tentons d’identifier les paramètres qui pourraient expliquer le caractère exceptionnel de surprise et wonder.
 


 
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Calendrier des Activités
Année Académique 2013-2014

Format des activités

I. Trois demi-journées et une journée de travail fermées (états des lieux de la recherche théorique et expérimentale) sur les trois sites de l’ANR : ENS, Université Paris-Diderot, CHU de Tours en rotation.
II. Un Séminaire mensuel « Emotions et volitions » (7 séances), incluant trois Conférences sur la surprise, thème de l’ANR.
III. Un groupe de traduction mensuel sur les « Studien zur Struktur des Bewußtseins (« Gefühl »).
IV. Trois Colloques (Carbondale, Rouen, Stockholm) et une Journée d’études pour clore l’année universitaire.

***
I. Dates à déterminer, en lien avec les trois Conférences portant plus spécifiquement sur la surprise. Une journée à Tours en janvier, date à préciser.

II. Séminaire « Emotions et volitions » (org. N. Depraz et M. Gyemant)

Présentation

L’un des sujets les moins explorés dans la phénoménologie husserlienne est ce que l’on appelle dans la tradition phénoménologique, à la suite de Brentano, « la troisième classe » d’actes psychiques : les actes affectifs, émotions, désirs ou volitions. Cependant, avec la publication progressive des manuscrits husserliens, il devient de plus en plus évident que les émotions et les volitions ont constitué en réalité l’un des thèmes qui ont préoccupé Husserl tout au long de sa vie, déjà dans les textes psychologiques des années 1890 sous le concept d’intérêt tendu, ensuite, sous le nom de tendances, et, enfin, à la dernière époque, sous le titre d’intentionnalité pulsionnelle.
La raison pour laquelle ce thème est méconnu est, nous semble-t-il, moins son manque d’importance que la difficulté de lui trouver la place juste à l’intérieur de la vie psychique. En effet, alors que tous les autres types d’actes se prêtent facilement à la description, les affects (émotions et volitions) semblent obéir à une toute autre logique : non plus descriptive mais dynamique. Ce qui se joue au niveau des émotions et volitions est moins la connaissance d’un objet que les tensions et les satisfactions propres à une dynamique des forces psychiques.
Si cette thématique fait contraste avec les descriptions d’actes auxquelles la phénoménologie nous a habitués, elle se retrouve tout de même au cœur du contexte historique dans lequel la phénoménologie plonge ses racines, dans les pensées d’auteurs connus et cités par Husserl tels, par exemple, Carl Stumpf, Anton Marty, Theodor Lipps, Moritz Geiger et Alexander Pfänder, ou bien comme Max Scheler ou Edith Stein, disciples éminents du fondateur qui ont mis au centre la thématique des émotions complexes, sociales et éthiques (sympathie, pudeur, empathie). D’autre part, la problématique de l’affectivité et, plus particulièrement, des émotions, est redécouverte depuis plusieurs décennies sur le terrain des sciences cognitives à travers les travaux de Panksepp, de Craig et de Damasio par exemple, et s’enracine parallèlement dans des travaux en psychologie où les émotions qui ont fait l’objet de nombreuses tentatives de classifications plus ou moins binaires (Descartes dès le XVIIème siècle, Ekman et Friesen plus récemment dans les années 70) ou systémiques (Plutchnik, Depraz&Varela). Ces faits et travaux redonnent valeur à cette tradition phénoménologique qui commence dans la psychologie génétique allemande à la fin du XIXème siècle et se prolonge sous la forme d’une interrogation dans les manuscrits inédits de Husserl.
Le séminaire sera dédié à l’exploration à la fois historique et problématique de cette « troisième classe » d’actes, les émotions et volitions. Nous souhaiterions interroger d’une part le caractère dynamique de la vie psychique. D’autre part, nous proposerons une réflexion sur l’articulation entre les actes cognitifs et les actes affectifs, ces deux sphères qui se partagent la même vie psychique selon des logiques qui semblent irréductibles l’une à l’autre.
Dans ce cadre, une place sera faite, notamment, au phénomène de la surprise, qui n’est certes pas l’objet d’analyses chez Husserl ou chez les auteurs mentionnés plus haut, mais a été considéré par les psychologues et par Descartes lui-même comme une émotion primaire et une passion primitive. La question de son statut en tant que phénomène inscriptible dans le régime émotionnel ou au contraire cognitif de la vie dynamique du sujet pourra permettre de réinterroger les analyses phénoménologiques historiques à cette lumière.

Programme
 
***Les séances auront lieu aux Archives Husserl, Salle Celan, de 16h à 18h.
 
4 octobre 2013
Natalie Depraz — « L’inscription de la surprise dans la phénoménologie des émotions de E. Husserl »
 
25 octobre 2013
Shaun Gallagher – "Bodily affect : Making enactivism even more embodied."
 
22 novembre 2013
Robin Rollinger - titre à préciser
 
20 décembre 2013
Jean-Luc Marion - titre à préciser
 
24 janvier 2014
Rudolf Bernet - titre à préciser
 
14 février 2014
Pierre Livet – « Faut-il distinguer réaction et tendance à l’action dans une conception dynamique des émotions ? »
 
28 mars 2014
Üllrich Melle - titre à préciser
 
23 mai 2014
Bruce Bégout - « Les trois formes fondamentales de l’affectivité humaine : tendances, ambiances et sentiments. »
 

III. Atelier de traduction mensuel de textes extraits des « Studien zur Struktur des Bewußtseins (« Gefühl ) de Edmund Husserl

Coordonné par Natalie Depraz et Maria Gyemant

Dans le cadre de l’ANR EMCO-EMphiline
En interaction avec le groupe de traduction « Studien zur Struktur des Bewußtseins » des Archives Husserl de Paris

L’Atelier de traduction que nous proposons en 2013-2014 est centré sur la traduction d’un extrait du dernier volume de la collection Husserliana, actuellement en travail aux Archives Husserl de Louvain, qui inclut un nombre important de textes datant des années 1908-1914 rassemblés sous le titre Studien zur Struktur des Bewusstseins. Ce volume de grande ampleur, divisé en trois tomes, dont le premier porte sur les actes cognitifs, le second sur les émotions et le troisième sur les volitions, réunit les derniers manuscrits husserliens qui seront publiés dans la collection Husserliana et représente, selon les mots de son éditeur, Ullrich Melle, « la psychologie de Husserl ».
L’extrait de 173 pages que nous traduirons porte sur la problématique de l’affectivité. Ce qui est en jeu c’est précisément la transformation de la conception husserlienne de cette catégorie d’actes, qui change de statut entre les Recherches logiques et les Ideen I : si dans les Recherches logiques les actes affectifs constituaient une catégorie à part, la catégorie d’actes non-objectivants, dans les Ideen I ces actes sont inclus dans la catégorie des actes objectivants et Husserl leur reconnaît des objets propres : les valeurs.

Programme

***Les séances auront lieu aux Archives Husserl, Salle Pasteur, 14h-16h.

4 octobre 2013
Marc de Launay – Texte N° I – Werten und Wert. Zur Wertlehre

25 octobre 2013
Virginie Palette - Texte N° II - Werten und Wert. Zur Wertlehre (Fortsetzung)

22 novembre 2013
Natalie Depraz - Texte N° III – Die Arten der Gemütsintentionalität

20 décembre 2013
Maria Gyemant - Texte N° IV – Gefühlsbewusstsein – Bewusstsein von Gefühlen. Gefühl als Akt und als Zustand

24 janvier 2014
Claudia Serban - Texte N° V - Gefühlsbewusstsein – Bewusstsein von Gefühlen. Gefühl als Akt und als Zustand (Fortsetzung)

28 mars 2014
Samuel Lequitte - Texte N° VI – Wertung und Gefühlserregung. Erlebnislust und Freude. Empfindungsinhalt und Empfindungslust

23 mai 2014
Julien Farges - Texte N°VII – Die Konstitution der Gemütscharaktere

Présentation

L’objectif de ce groupe de travail est la traduction d’un extrait du dernier volume de la collection Husserliana, actuellement en cours de publication aux Archives Husserl de Louvain, qui inclut un nombre important de textes datant des années 1908-1914 rassemblés sous le titre Studien zur Struktur des Bewusstseins.
Ce volume de grande ampleur, divisé en trois tomes, dont le premier porte sur les actes cognitifs, le second sur les émotions et le troisième sur les volitions, réunit les derniers manuscrits qui seront publiés dans la collection Husserliana et représente, selon les mots de son éditeur, Ullrich Melle, « la psychologie de Husserl ».
Durant l’année 2012-2013 nous avons sollicité et obtenu un extrait de 173 pages du second volume, qui inclut les sept premiers textes et leurs appendices. Dans ces textes, Husserl traite très en détail des questions liées aux actes affectifs et à leurs objets. Ce qui est en jeu, c’est précisément la transformation de la conception husserlienne de cette catégorie d’actes, qui change de statut entre les Recherches logiques et les Ideen I : si dans les Recherches logiques les actes affectifs constituaient une catégorie à part, la catégorie d’actes non-objectivants, dans les Ideen I ces actes sont inclus dans la catégorie des actes objectivants et Husserl leur reconnaît des objets propres : les valeurs.
Nous souhaiterions cette année commencer un travail de traduction de ces textes passionnants, qui aboutira, nous l’espérons, à la publication d’un volume. Concrètement, nous proposons des séances mensuelles où des traductions de passages soient présentées et discutées en détail. Pour faciliter ces discussions, les passages en original, et éventuellement la traduction, seront envoyées la semaine précédant chaque séance à l’ensemble des participants.


Participants
Natalie Depraz natalie.depraz@univ-rouen.fr
Maria Gyemant gyemantmaria@yahoo.com
Marc de Launay Marc.de.Launay@ens.fr
Virginie Palette virginie.palette@gmail.com
Carlos Lobo carlos.lobo2@wanadoo.fr
Smadar Bustan smadyil@gmail.com
Claudia Serban claudia_serban@hotmail.fr
François de Gandt francois.de-gandt@wanadoo.fr
Masoud P. Tochahi mptochahi@gmail.com
Samuel Lequitte slequitte@yahoo.fr
Julien Farges julien_farges@yahoo.com
Patricia Limido-Heulot heulot-limido@wanadoo.fr
Pierre-Jean Renaudie
Mildred Galland
Raluca Mocan

IV. Colloques et Journée d’étude

1) « Surprise, an emotion ? », Carbondale University (en partenariat avec le Phenomenology Research Center, A. Steinbock dir., University of Southern Illinois at Carbondale)

Organisation : Natalie Depraz et Anthony Steinbock
Dates : 24-28 septembre 2013
Publication prévue chez Springer
Programme :
Day 1.
1. Natalie Depraz : Surprise and Valence. On Cardio-phenomenology
2. Sara Heinämaa : Cartesian Passions
3. Bruno Brizard : What Do the Animal Models of the Startle Reflex and Fear Conditioning Tell us about the Human Adaptive Anticipatory Responses ?
4. John Drummond : Affective Perceiving : The Question about Foundations
Day 2.
1. Anthony Steinbock : Is Surprise a Moral Emotion ? The Experience of Humility.
2. Jeffery Bloechl : The Voice of God and the Conversion of the Heart
3. Agnès Celle : The Linguistic Expression of Surprise
4. Pascale Goutéraux : Surprised ? Why ? The Expression of Surprise in French and English : An Experimental Approach
Day 3.
1. Maxine Sheets-Johnstone : If emotions are part of our discourse, why not let them speak ? Five Critical Perspectives
2. Louis Sass : Emotion, Schizophrenia, and Surprise
3. Thomas Desmidt : The temporal dynamic of emotional emergence, surprise and depression
4. Michel Bitbol : Interweaving the Phenomenology and the Neurobiology of Surprise
2) « Le langage de la surprise », Université de Rouen/ENS-Archives-Husserl-Université de Paris-Diderot

Organisation : Agnès Celle, Natalie Depraz, Pascale Goutéraux, Catherine Filippi, Claudia Serban
Dates : jeudi 20 et vendredi 21 mars 2014
Liste indicative de Conférenciers à pressentir (en plus des organisatrices) :
en philosophie : Franck Varenne, Annie Hourcade, Yves Millou
en littérature : Alexandra Richter, Nathalie Mauriac Diès (à contacter : poétique de la surprise : Proust et Aristote)

Jeudi à l’ENS Paris
Vendredi à l’Université de Rouen, salle divisible Nord

3) Journée d’études de clôture : début juin (date à préciser)

4) Södertön Universiteit (Stockholm) : septembre 2014 ? Organisation en cours
 
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