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Le « formalisme » et la « philologie de l’écoute » (Ohrenphilologie) : La rencontre de deux « nouvelles sciences du langage »

Journée d’étude internationale, Université Paris-Diderot, Paris 13e ardt.

Bâtiment des Grands Moulins, rue Marguerite Duras, salle 479C (4e étage)
Métro et RER C : Bibliothèque François Mitterrand,
Tramway T3 : Porte de France

Organisation :
Sylvie Archaimbault (UMR 7597, CNRS/Paris-7),
Michel Espagne (UMR 8547, CNRS/ENS)
Sergueï Tchougounnikov (Université de Bourgogne / UMR 8547, CNRS-ENS)

Ouverture de la journée (M. Espagne, S. Archaimbault, S. Tchougounnikov)

10 – Stefan Rieger (Université de Bochum) – « Mediendämmerung. Eduard Sievers and
Soundanalysis (Schallanalyse) » (en anglais)

10.30 – Patrick Flack (Université de Prague) : « Gustave Becking’s doctrine » (en anglais)

11 – Sergeï Tchougounnikov (Université de Bourgogne - CNRS-ENS) : « La philologie auditive (Ohrenphilologie) et les théories de l’empathie (Einfühlung) : quelques convergences troublantes »

11.30 - Discussion

12 – 14. 30 – Déjeuner

14.30 – Dmitri Zakharine (Université de Konstanz) : « La philologie de l’écoute et les premières expériences avec enregistrement électrique de la voix » (en anglais)

15 - Sergueï Romashko (Académie des Sciences, Moscou) : « Les machines parlantes et la voix humaine, de Von Kempelen à Baudouin de Courtenay »

15.30 – Georguï Vekshine (Université des Arts Graphiques, Moscou) : “Aesthetics of Sergey I. Bernstein and the Syllabocentric Version of Sound in Poetry” (en anglais)

16 – Sylvie Archaimbault (CNRS- Université de Paris-7) : « La conception du mot vivant chez Jurij Ozarovskij »

16. 30 – Pause

16.45 – 17.15. Discussion. Clôture de la journée

 

En Allemagne comme en Russie les principes posés par la « philologie de l’écoute » - ceux d’Eduard Sievers (1850-1932), professeur à l’Université de Leipzig et Franz Saran (1866-1931), professeur à l’Université d’Erlangen - ont formé au tournant du 19e et du 20e siècles un puissant axe fédérateur pour le courant formaliste européen. En Allemagne, c’est surtout Oskar Walzel (1864-1944), professeur à l’Université de Bonn, qui se montre enthousiaste à l’égard de cette approche. En Russie, les idées de « la philologie de l’écoute » se trouvent à l’origine de diverses recherches « formalistes ». Parmi les chercheurs qui ont subi à divers degrés l’influence de la « philologie d’écoute », on compte Roman Jakobson (1896-1982) ; Boris Eikhenbaum (1886-1959) ; Victor Chklovski (1893-1984) ; Lev Jakubinskij (1892-1945) ; Boris Tomaševskij, (1890-1957) ; Jurij Tynianov (1894-1943) ; Viktor Žirmunskij (1891-1971) ; Serguei Bernstein [Bernštein] (1892-1970), et bien d’autres encore.

Les positions des théoriciens de l’« analyse du son » aussi bien en Allemagne qu’en Russie se rattachent à une tendance caractéristique de cette période : la création des typologies psychophysiques de l’expression. En effet, c’est durant cette période qu’on voit s’élaborer de nombreuses typologies de l’expression, fondées sur l’idée de prédispositions psychophysiques qui se manifestent sous la forme de types morphologiques essentiels. Ce sont les typologies exécutives de Joseph Rutz (1834-1895) ; Ottmar Rutz (1881- 1952) ; Gustav Becking (1894–1945), mais aussi les typologies rattachées à la « vision du monde », celles de Wilhelm Dilthey (1833-1911) ; Eduard Spranger (1882-1963) ; Herman Nohl (1879-1960) ; Richard Müller-Freienfels (1882-1949) ; Erich Drach (1885-1935).

Les historiens du formalisme russe ont surtout retenu la critique formaliste de cette approche purement acoustique qui fait abstraction du sens du texte examiné. Néanmoins, il semble que l’« effet Sievers » s’est avéré très prégnant et qu’il a exercé une grande influence sur le développement du courant formaliste en Russie et en Allemagne, comme si les théoriciens d’inspiration formaliste s’étaient reconnus dans les positions de l’« analyse du son » (Schallanalyse) qui se voulait délibérément « une nouvelle science » expérimentale du langage.

 On étudiera la nature du lien entre ces deux phénomènes, c’est-à-dire, la « philologie de l’écoute » et l’approche formaliste. Comment expliquer la naissance de la « philologie de l’écoute » précisément durant cette période ? Comment appréhender les relations de cette discipline avec d’autres sciences de l’époque - linguistique, phonétique expérimentale, poétique et étude littéraire, « technique de la parole » ? Où réside la clé de succès initial de cette « nouvelle science du langage » dans divers psys européens et, en premier lieu, en Allemagne et en Russie ? Quelle a été en définitive son influence sur la théorisation et la pratique de la parole « dialogale », oratoire, déclamatoire, récitative, poétique ? Dans quelle mesure la « philologie de l’écoute » serait-elle une science « formaliste » ? Comment expliquer sa disparition rapide ? Enfin, comment penser aujourd’hui cette extravagante discipline ? Comment la recherche actuelle interprète-t-elle, à l’aide des outils dont elle s’est dotée, les phénomènes observés par la « philologie de l’écoute » ? Autant de questions qui se posent à quiconque aborde cette méthode dite « analyse du son ». Ces interrogations seront parmi tant d’autres au centre de notre colloque.

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