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Colloque international Anthropologie et poésie

« Je n’ai encore jamais vu un homme. » (Emerson)

organisé par  Philippe Beck


ENS de la rue d’Ulm, 6 mars 2012

Salle des conférences, 46 rue d’Ulm

Un être humain peut tenir deux discours contradictoires sur l’humanité. Le premier dit : « Jamais il n’y eut d’hommes, et l’anthropologie est future. » Le second dit : « Tous les hommes sont des hommes, et l’anthropologie a lieu. » Il entre dans la nature de l’homme de constater tour à tour, voire en même temps l’existence et l’inexistence de l’humanité et, alternativement, de louer la vivacité ou de critiquer la défaillance du discours scientifique sur l’homme quand la définition de l’homme s’est dérobée. Mais les deux discours se complètent l’un l’autre : ce que l’homme devrait ou pourrait être ne correspond pas ou manque à correspondre à ce que l’homme est communément. Il y a solution de continuité entre le présent et le futur. La prescription enveloppe cependant une description : ce qu’est l’homme renvoie à ce qu’il pourrait être, et ce qu’il est entre dans ce qu’il pourrait être. La poésie a tenu, naturellement, les deux discours incompatibles en apparence. Elle a même tenu aux deux discours, s’est déployée en raison de leur contrariété en chacun. D’une part, elle a assumé la recherche de l’essence de l’homme, sous forme épique-encyclopédique (Hésiode ou Homère), philosophique (Lucrèce, Empédocle) ou critique (Horace, qui maintient la fonction principale du vates ou chercheur). La poésie a d’autre part intensifié l’interrogation critique, la crise de l’humaine nature ; Hölderlin, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé l’on fait, jusqu’à Celan qui posait « Il y a peu d’être humains » en corrélant le constat au constat qu’il « Il y a peu de vrais poèmes ». La poésie a tenu lieu d’anthropologie et l’anthropologie pour se constituer a dû préciser sa relation avec la poésie qui l’aiguillonne, quitte à l’humilier ou à l’intégrer. La modernité semble tenir pour acquise l’humiliation de sa présence « légendaire » qui hante et détermine l’anthropologie de Vico, par exemple. L’examen de certains textes singuliers de l’anthropologie moderne (Boas, Jousse) montre pourtant que la poésie, ou de la poésie travaille la didactique de l’anthropologie. La poésie n’est donc pas un simple objet, ou un éventuel objet de l’anthropologie culturelle en particulier. Elle est peut-être son objet intérieur. Le destin de la poésie coïncide avec le procès d’un regard sur les possibles de l’homme. Et réciproquement.


Matin : Poésie anthropologique

Philippe Beck (Université de Nantes, délégation CNRS) : Introduction. Qu’est-ce qu’une anthropologie poétique ? L’exemple de Marcel Jousse

Robert Kaufman (University of California, Berkeley, USA) : Marx Against Theory (Much Ado About Nothing - And Poetry) : Brecht, Vallejo, Zukofsky

Ghislain Casas (Doctorant, EPHE, EHESS, Paris) : Nécessité de l’ange, imaginaire de l’homme. (H. Corbin, R.M. Rilke, W.
Stevens)

Déjeuner

Après-midi : Anthropologie de la poésie

Nicole Belmont (EHESS, Paris) : « Petit Poucet rêveur ». La poésie des contes d’origine orale

Isabelle Kalinowski (CNRS, Paris) : Franz Boas et l’anthropologie des Kwakiutl : mythes et masques

Xavier Papaïs (EHESS, ENS, Paris) : Des incantations

 

 
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