2. Archives Husserl
Le versant «Archives Husserl»
de l'UMR 8547 maintient pour l'essentiel dans le nouveau contrat
2006-2009 ses principaux axes de recherches structurant: Les
études husserliennes, l'histoire fine du mouvement phénoménologique
et de ses principaux représentants (ici Merleau-Ponty,
Patocka, Ingarden), l'étude du contexte de la phénoménologie
husserlienne (Bolzano, l'Ecole de Brentano, la philosophie autrichienne),
l'études des différentes formes de néokantismes.
Une accentuation méthodologique a cependant été
apportée à ces principales orientations: a) le
souci renforcé de la contextualisation (qui n'est pas
incompatible avec l'enquête archéologique sur la
longue durée) et b) celui de la confrontation.
La contextualisation qui inscrit par
exemple les développements de la phénoménologie
husserlienne dans le cadre de l'Ecole de Brentano (Stumpf, Marty,
Ehrenfels, Meinong) et de la philosophie autrichienne, ou qui
resitue l'oeuvre de Merleau-Ponty dans le terreau de la philosophie
française des années 1930-1960;
La confrontation qui conduit d'une part
à replacer, dans leur véritable cadre de discussions,
les positions doctrinales des auteurs étudiés,
et qui conduit aussi à ouvrir à nouveaux frais,
en les réactualisant, de vastes dossiers, comme
ceux de la phénoménologie et de la philosophie
du langage, de la réduction linguistique et de la métaphorologie
(«structures linguistiques et structures perceptives»;
ou ceux de l'étude de la perception et des sciences de
la cognition («logique phénoménologique et
perception: formes et formats de l'expérience»).
Démarche qui vise à mettre les outils phénoménologiques
à l'épreuve d'un certain nombre de données
empiriques, et en discussion avec d'autres traditions philosophiques
actuelles - telle que la philosophie analytique de l'esprit.
Au-delà de ces inflexions (importantes),
le présent rapport introduit un nouveau groupe de travail
(l'herbartisme et la tradition autrichienne) et un nouvel
axe structurant, susceptible de fédérer plusieurs
recherches individuelles: histoire, historicité, messianisme.
Opération 4: Archives Husserl de Paris
Il s'agit ici pour notre Centre d'une
opération «récurrente», placée
sous la responsabilité de J.-F. Courtine (Prof. Université
Paris-Sorbonne, Institut Universitaire de France).
A) Exploitation du fonds
documentaire parisien. Mise
à jour et classement des transcriptions des manuscrits
de Husserl déposés à Paris par le Husserl-Archief,
Leuven - Les Archives Husserl de Paris possèdent en dépôt
une copie de tous les manuscrits inédits de Husserl, soit
actuellement 500 manuscrits, rédigés entre 1890
et 1937, avec les fichiers nécessaires à leur utilisation:
-Fichier signalétique d'identification
du manuscrit;
-Fichier chronologique permettant de
savoir quels sont les différents travaux de Husserl à
une date donnée.
En mai 1988, une nouvelle convention-cadre
a été signée entre les Archives Husserl
de Louvain (Prof. S. IJsseling et Prof. A. Wylleman), l'Ecole
Normale Supérieure (M. G. Poitou Ý , directeur)
et l'URA 106 (J.-Fr. Courtine), destinée à compléter
et tenir à jour la collection des publications, des transcriptions
de manuscrits husserliens et d'instruments documentaires actuellement
déposés dans les locaux de l'Ecole. Cette convention
a été renouvelée lors de la création
de l'UMR 8547. Un rapport d'activités est transmis tous
les deux ans au Conseil Scientifique de l'Université de
Leuven.
B) Mise au point des instruments
documentaires. Le fonds documentaire
comporte en outre des instruments analytiques:
a) sur les sources de l'oeuvre de Husserl,
manuscrite ou publiée:
b) Fichier des auteurs cités
par Husserl.
c) Fichier de la bibliothèque
personnelle de Husserl: livres, articles, tirés à
part (3700 environ).
d) Fichier de la correspondance de Husserl,
telle qu'elle a pu être répertoriée jusqu'à
présent. L'édition de la Correspondance de Husserl
par Karl Schuhmann l'a aujourd'hui remplacé.
e) Bibliographie de et sur Husserl:
f) Fichier bibliographique regroupant:
1) Les éditions et traductions des oeuvres de Husserl;
2) La littérature secondaire, ouvrages et articles de
critique sur l'oeuvre de Husserl, ainsi que des comptes-rendus,
regroupant environ 30.000 titres; 3) Fichier général
des auteurs: correspondants, amis, élèves de Husserl,
comme ses critiques.
Il faut préciser que le fonds
d'archives Husserl est un fonds vivant et destiné à
le rester. En effet, les responsables du Husserl-Archief et de
la série des Husserliana ont déjà
depuis longtemps renoncé à l'idée de publier
l'intégralité des manuscrits de Husserl, qu'il
s'agisse de manuscrits de leçons ou surtout de manuscrits
dits de recherche. Ces derniers constitueront donc toujours une
source complémentaire indispensable pour tout travail
approfondi de l'oeuvre de Husserl, quels que soient les progrès
rapides de l'édition (Husserliana) et des volumes
annexes (Dokumente).
Ces instruments documentaires indispensables
à la circulation dans les manuscrits sont précieux,
mais parfois de conception assez ancienne. Leur informatisation
est en cours; la numérisation du fonds manuscrit ouvrira
des possibilités absolument nouvelles d'indexation et
de d'interrogation thématique et systématique d'un
corpus, par ailleurs difficile à maîtriser ou à
embrasser du regard.
*
Le fonds documentaire comporte enfin
une bibliothèque spécialisée de plus
de 5000 ouvrages, auxquels s'ajoutent les principales collections
de périodiques consacrés à la phénoménologie
(fichiers dont l'informatisation vient de s'achever et qui sont
désormais intégrés aux fichiers électroniques
de la Bibliothèque des Lettres de l'Ecole normale supérieure).
C) Publications:
Compte tenu de l'extrême difficulté
qu'il y a à collaborer activement au travail de transcription
des manuscrits de Husserl non encore déchiffrées
(système complexe et souvent ambigu de sténographie
Gabelsberger), il nous a paru plus expédient de mettre
d'abord l'accent sur un programme de traduction, déjà
fort avancé:
a) Traductions de Husserl:
Husserl, De la Synthèse passive,
Logique transcendantale et constitution originaire, trad.
Bruce Begout et Natalie Depraz, Jerôme Million, Grenoble,
1998.
Husserl, Introduction à la
logiqueet à la théorie de la connaissance (1906-1907),
traduction Laurent Joumier, Préface de Jacques English,
Paris, Vrin 1998, 440 pages.
Husserl, Autour des Méditations
Cartésiennes (1929-1932), trad. Natalie Depraz &
Pol Vandevelde, Jérôme Million, Grenoble, 1998.
Husserl, Husserliana XIII-XIV-XV
(anthologie à la fois thématique et chronologique),
2 volumes 420 et 590 pages, trad. N. Depraz P.U.F., Coll. «Epiméthée»,
2001.
Husserl, Husserliana, IX, Psychologie
phénoménologique (1925-1928), trad. fr. sous
la responsabilité de N. Depraz, avec la collaboration
de Bruce Bégout et Ph. Cabestan, Vrin Paris, novembre
2001.
Husserl, La représentation
vide, extrait de Hua. XX, 1, Logische Untersuchungen, Ergänzungsband, trad. Jocelyn Benoist, Paris, Puf, 2003.
Husserl, Articles pour la revue japonaise
Kaizo (Hua. XXVII), trad. Laurent Joumier, à paraître
Vrin, 2005
b) Autres traductions:
Alexius Meinong, Théorie de
l'objet - présentation personnelle, trad. J.-F. Courtine,
Marc de Launay, Paris, Vrin, 1999.
Roman Ingarden, Husserl, la controverse
Idéalisme - Réalisme, traduction et présentation
par Patricia Limido-Heulot, Paris, Vrin 2001
Emil Lask, La logique de la philosophie
et la doctrine des catégories, trad. et présentation
par Jean-François Courtine, Marc de Launay, Dominique
Pradelle et Philippe Quesne, Paris, Vrin, 2002.
Adolph Reinach, Les fondements apriori
du droit civil, trad. Ronan de Calan, Paris, Vrin 2004.
Hans Lipps, Herméneutique
phénoménologique, trad. S. Kristensen, Paris,
Vrin 2004
Franz Brentano, L'origine de la connaissance
morale suivi de La doctrine du jugement correct, trad. Marc
de Launay et Jean-Claude Gens, Paris, Gallimard 2003.
Une édition et révision
de la traduction Maurice de Gandillac de Franz Brentano, La
psychologie du point de vue empirique, est en cours et devrait
paraître chez Vrin en 2006.
Journées,
colloques consacrés à Husserl
Les Archives Husserl ont organisé
en juin 2001 une colloque international: Les Recherches Logiques
de Husserl, une oeuvre de percée, dont les actes sont
parus en septembre 2003 aux Presses Universitaires de France:
Husserl, La représentation vide, suivi de Les Recherches
Logiques, une oeuvre de percée (éd. J. Benoist,
J.-F. Courtine, 306 pages), avec des contributions de J. Benoist,
R. Bernet, R. Brisart, J.-F. Courtine, F. Dastur, Ph. Ducat,
J. English, D. Fisette, J.-F. Lavigne, D. Lohmar, J.-L. Marion,
U. Melle, D. Pradelle, R. Sokolowsi.
Les Archives Husserl organisent en mai
2005 une journée (coordonnée par Jocelyn Benoist)
consacrée à L'origine de la géométrie;
Les Archives Husserl organisent les
24 et 25 juin 2005 un colloque international (coordonné
par Marc Crépon et Jocelyn Benoist), à l'occasion
du 100ème anniversaire des Leçons sur la conscience
intime du temps (participants: Alexandre Schnell, Bernard
Stiegler, Claude Romano, Dan Zahavi, Daniel Giovannangeli, Denis
Perrin, Françoise Dastur, Frédéric Worms,
Jean-François Courtine, Laszlo Tengelyi, Marc Crépon,
Marc de Launay, Paolo Spinicci, Renaud Barbaras).
Les Leçons sur le temps
professées par Husserl en 1905 constituent un texte à
part dans la tradition phénoménologique. D'abord
parce que, du point de vue de Husserl lui-même, dans une
phase d'élaboration active de la phénoménologie,
ouverte par les Recherches Logiques (1900/1901), elles
représentent un point d'avancée extrême de
la réflexion sur le concept fondamental de la phénoménologie:
le concept d'intentionalité. Husserl touche en effet ici
ce qui, selon lui, forme le soubassement de cette donnée
première qu'est l'intentionalité, à savoir
la structuration originairement temporelle de la conscience.
Il y a là une forme de butée ultime du point de
vue descriptif - ce à quoi une «phénoménologie»
ne peut pas ne pas s'affronter. - C'est un point qui n'a pas
échappé aux élèves de Husserl, que
cela soit dans le sens d'une remise en question (faire échapper
le temps à la conscience) ou d'un approfondissement (découvrir
au coeur de la conscience, comme une forme d'absolu temporel).
Aussi ce texte, dès la première génération
de disciples (Heidegger, qui l'a édité), a donné
lieu à une très riche tradition, comme un lieu
où la phénoménologie se voyait en quelque
sorte poussée à sa limite, et par rapport auquel
elle devait nécessairement prendre position. Notamment
- mais pas exclusivement - on peut souligner le rôle central
joué par cette phénoménologie de la conscience
intime du temps dans l'histoire de la phénoménologie
française, qu'il s'agisse d'Emmanuel Levinas, de Jacques
Derrida ou de Michel Henry, où elle a nourri une très
vive discussion et dont elle a très largement fondé
les intuitions. Aujourd'hui, profitant d'un certain renouvellement
des lectures (prise en compte de l'inscription de la pensée
de Husserl dans la tradition brentanienne, dont elle discute
également la psychologie du temps, de façon décisive
pour son concept d'intentionnalité; meilleure connaissance
et évaluation de la recherche husserlienne sur cette question
après la publication des manuscrits de Berna (Husserliana,
XXXIII (2001), il est temps de faire le point sur l'apport, considérable,
de cette oeuvre, pour les phénoménologies et bien
au-delà pour les philosophies du XXème siècle
dans leur diversité d'inspiration.
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Opération 5: La phénoménologie
en contexte
1) Le mouvement phénoménologique:
Merleau-Ponty;
Patocka, Ingarden
La phénoménologie
française
Bilan:
Nous avons poursuivi dans le cadre du
contrat quadriennal (2002-2005) notre étude historique
de l'Ecole phénoménologique et de ses principales
figures: l'enquête a d'abord une dimension historique,
mais elle vise aussi ou surtout à situer les auteurs ou
les groupes pris en considération par rapport aux principales
thématiques husserliennes (intentionalité, théorie
de la signification, grammaire logique, constitution, réduction,
problématique de la temporalité et de l'intersubjectivité,
de l'historicité et de la téléologie, du
monde de la vie, etc) et à leur évolution (ledit
«tournant transcendantal»). Il s'agit donc d'établir
une cartographie d'un mouvement, riche en dissidences, lesquelles
comptent certainement pour beaucoup dans sa vitalité sur
déjà un siècle entier.
Cette méthode a permis aussi
d'envisager des «Cercles» dont l'influence a été
notable, même s'ils se composent d'auteurs tenus pour secondaires
(Cercle de Münich, Cercle de Göttingen, courant de
la phénoménologie réaliste).
Après plusieurs années
de séminaire (dirigé par Renaud Barbaras) consacrées,
jusqu'en 2001, à l'oeuvre de Merleau-Ponty, pour tenir
compte de publications récentes majeures:- les notes de
cours du Collège de France sur La nature, cours
de 1956-57 et 1957-58; - «Les notes de cours 1959-1961:
la philosophie aujourd'hui; l'ontologie cartésienne et
l'ontologie d'aujourd'hui; Philosophie et non philosophie depuis
Hegel; - Les notes du commentaire à l'Origine de la
géométrie de Husserl», ce programme de
recherches consacré à l'Ecole phénoménologique
et aux principaux disciples de Husserl a été poursuivi
autour de l'oeuvre du philosophe tchèque Jan Patocka.
De nombreux travaux en sont
issus: au-delà des numéros spéciaux de la
revue Chiasmi, les thèses d'Emmanuel de Saint-Aubert (un
volume paru, chez Vrin, en 2004: Du lien des êtres aux
éléments de l'être. Merleau-Ponty au tournant
des années 1945-1951) et d'Etienne Bimbenet, Nature
et humanité. Le problème anthropologique dans
l'oeuvre de Merleau-Ponty, Vrin, 2004.
Renaud Barbaras a particulièrement
étudié, dans les séminaires de 2001-2002
et 2002-2003 l'oeuvre de Jan Patocka (1907-1977), pour
des raisons fondamentales (c'est certainement une figure majeure
et originale de la tradition phénoménologique,
notamment à travers son projet d'une phénoménologie
a-subjective), mais aussi pour des raisons documentaires ou éditoriales:
Constitution d'un fonds Patocka à Vienne et à Prague
et publication savante et raisonnée du Nachlaß.
C'est désormais l'Institute for Human Sciences
(Vienne), en collaboration étroite depuis 1998 avec les
Archives de Prague et le Center for Theoretical Study
de l'Académie des sciences de Tchèque qui édite
la série des Ausgewähte Werke, cinq volumes
parus depuis 1992, sans compter la nouvelle série: Texte
aus dem Nachlaß, éditée par Karel Novotny.
Prospective:
Ce programme sera poursuivi et renforcé
dans les années à venir grâce à l'accord
de coopération (PAI - «échange de chercheurs
sur projet conjoint») présenté devant l'Académie
des Sciences de la République Tchèque et la Direction
des Relations Internationales du CNRS par l'UMR et les Archives
Pactocka de Prague (Institut de Philosophie et Académie
des Sciences: Karel Novotny, Pavel Kouba, Jan Sokol). Plusieurs
chercheurs et enseignants chercheurs sont associés à
ce projet (piloté par Marc Crépon): Fr.
Dastur, R. Barbaras, P. Rodrigo, B. Bégout, G. Deniau
et J.-F. Courtine.
Cette opération a donné
lieu à plusieurs publications (Fr. Dastur, La phénoménologie
en question, Paris, Vrin, 2004; Renaud Barbaras, in P. Dupond
(éd.): La phénoménologie: un siècle
de philosophie, Dioti, n°7, 2002, ) à une journée
d'études (mai 2002) (Laszlo Tengelyi, Pavel Kouba, Karel
Novotny, Filip Karfik, F. Dastur), et à un colloque international
(25 et 26 octobre 2002), coordonné par Wioletta Miskiewicz:
«Philosophie et action selon Patocka» (voir plus
loin, liste des colloques).
a) Les années de séminaires,
à chaque fois dédoublées, consacrées
à Merleau-Ponty et à Patocka, scandées par
des «journées de travail» qui ont donné
lieu à publication (Les Etudes Philosophiques, Chiasmi
International), ne nous ont pas permis de remplir le programme
sans doute trop ambitieux que nous nous étions d'abord
assigné. C'est pourquoi nous relançons, dans le
cadre de ce nouveau contrat quadriennal, le projet, piloté
par Jean-François Lavigne, de consacrer au moins deux
années d'études au philosophie polonais Roman
Ingarden (1893-1979). Cet élève de Husserl
a développé une oeuvre critique originale et dont
l'influence fut déterminante, avec celle de K. Twardowski,
pour la philosophie polonaise contemporaine. Surtout connu pour
sa contribution à l'étude de l'ontologie de l'oeuvre
d'art (Vom Erkennen des literarischen Kunstwerkes, 1968),
l'importance de la contribution d'Ingarden à la phénoménologie
(théorie de la connaissance, ontologie) ressort depuis
quelques années, grâce notamment à l'édition
des Gesammelte Werke, en cours, chez Niemeyer (8 volumes
parus, édités par Wlodzimiecz Galewicz). On s'attachera
d'abord à sa contribution à l'«ontologie»
(Der Streit um die Existenz der Welt, 3 volumes, Tübingen
1964-1974): ontologie existentielle, ontologie formelle, ontologie
matérielle, et à ses analyses des différents
modes d'être des objets (objets temporels: événements,
processus, états), des objets individuels, des états
de choses, des relations, des régions (monde, conscience)
La perspective historique recoupe ici le propos «systématique»
de confrontation des distinctions phénoménologiques
avec celles de la philosophie analytique («métaphysique
analytique»).
Au-delà de Ingarden, nous étudierons
la tradition réaliste de la phénoménologie
(le Cercle de Münich: Pfänder, A. Reinach) et l'oeuvre
d'Hedwig Conrad-Martius.
Un colloque Reinach a été
organisé les 15 et 16 février 2002, en collaboration
avec l'Ecole Doctorale de Philosophie de Paris-I: «Reinach:
philosophie du langage, philosophie du droit, ontologie».
b) La phénoménologie
française:
(sous la direction d'Emmanuel de Saint-Aubert,
Renaud Barbaras, Jean Greisch, Marc Crépon). Cette opération
poursuit un double objectif:
- prendre en vue avec un recul
qui paraît aujourd'hui suffisant, dans sa continuité
et sa variété, le développement de la phénoménologie
dite française, depuis la première réception
de Husserl et de Heidegger (une exploration systématique
des Recherches philosophiques (1931-1937) s'impose) jusqu'aux
ultimes développements critiques de la dernière
génération des «grands» phénoménologues
français: J.-T. Desanti, Michel Henry, Paul Ricoeur, Jacques
Derrida. Il s'agit, en d'autres termes, d'apprécier en
quelle mesure une grande partie de la philosophie «française»
du siècle dernier a été formée «à
l'école de la phénoménologie»;
- resituer ces développements,
marqués aussi bien par des ruptures (secrètes ou
proclamées), des «retours», des réappropriations,
dans leur contexte d'époque: les débats proprement
théoriques, mais aussi le mouvement des idées sociales
et politiques. Le terme clef est ici celui de «contextualisation»,
selon une méthode de lecture mise en oeuvre récemment
par Emmanuel de Saint-Aubert dans ses travaux sur le premier
Merleau-Ponty. Cette série d'enquêtes, de longue
haleine, devrait permettre, entre autres choses, de comprendre
comment, au plan de la réception internationale, a pu
se constituer une «tradition» identifiable comme
«phénoménologie française» (cf.
le travail, déjà ancien de Bernhard Waldenfels,
Phänomenologie in Frankreich, Suhrkamp 1983). Les
recherches ont déjà été abordées
sur deux fronts:
aa) Faisant suite aux séminaires
dirigés à l'Ens par Renaud Barbaras (et dont les
travaux ont été publiés dans la revue Chiasmi
International, Emmanuel de Saint-Aubert a animé,
dans le cadre du Magistère de Philosophie contemporaine
de l'ENS (Paris-I, Paris-IV) depuis 2001 un atelier: «analyse
génétique des corpus, contextualisation, intertextualité:
l'exemple de Merleau-Ponty» qui a permis notamment d'élucider
le rapport de Merleau-Ponty à l'oeuvre de Piaget, Wallon,
Schilder, Melanie Klein et Lacan, mais aussi d'approfondir le
sens merleau-pontien de la chair, en lien avec les approches
neurologiques comme psychanalytiques du schéma corporel
(Head, Schilder, Dolto, Pankow), ainsi qu'avec les exploitations
respectives que Piaget et Lacan font de la topologie mathématique,
et avec l'approche gestaltiste et phénoménologique
de la vision en profondeur.
Dans cette perspective génétique
et contextuelle (illustrée par les travaux déjà
publiés d'Emmanuel de Saint-Aubert), sont déjà
programmées, à partir de l'année académique
2005-2006, une série de journées d'études
consacrées à la relecture de l'oeuvre de Merleau-Ponty
à la lumière des inédits. Le premier
axe thématique de ces journées est celui de la
conception merleau-pontienne de la spatio-temporalité.
bb) Marc Crépon a engagé
en 2003-2004 un séminaire «Derrida» (1930-2004)
à l'Ecole normale supérieure: «Lectures de
Jacques Derrida» qui s'est d'abord attaché (cf.
programme des séminaires) à l'appropriation critique
de la phénoménologie husserlienne. En 2004-2005,
le séminaire porte sur les aspects plus récents
du travail de J. Derrida, et en particulier sur son analyse critique
des pensées de l'histoire et du messianisme («messianité
sans messianisme»). Par là, ce séminaire
recoupe d'autres opérations (Opération 7: l'historicité
et le temps de l'histoire). Il s'articule aussi tout à
fait directement à un volet des recherches de Jean-Claude
Monod qui portent sur le point de départ phénoménologique
de l'oeuvre de Hans Blumenberg (la thèse d'habilitation,
encore inédite, Die ontologische Distanz. Eine Untersuchung
über die Krisis der Phänomenologie Husserls témoigne
de la profondeur de cet ancrage phénoménologique).
C'est aussi en fonction de cet horizon que Blumenberg aura développé
le projet d'une critique du langage et de ses arrière-plans
métaphorologiques, en engageant une réflexion de
grande ampleur sur les processus de métaphorisation dans
l'histoire de la pensée philosophique et scientifique.
Le «chantier» «phénoménologie
et métaphorologie», ouvert par Jean-Claude Monod
permet ainsi de renouer de manière tout à fait
inédite le fil d'interrogations phénoménologiques
sur la métaphore, telles qu'elles ont été
développées en France par Paul Ricoeur (La métaphore
vive) et Jacques Derrida («la métaphore originaire»,
in De la grammatologie; «la mythologie blanche»
in Marges, 1972).
Rappelons aussi la série des
séminaires consacrés chaque année, sous
la responsabilité de Françoise Dastur et
d'Eliane Escoubas), et en liaison avec le «centre
de phénoménologie» de l'Université
Paris-XII), à la Daseinsanalyse et à
la Psychiatrie phénoménologique.
(voir le détail des programmes infra).
2) La genèse et
le contexte de la phénoménologie husserlienne:
L'Ecole de Brentano et
la philosophie autrichienne: Twardowki, Meinong, Marty;
«propositions, état
de choses» (Jocelyn Benoist), journées Brentano;
Ontologie, ontologie formelle,
théorie de l'objet;
La Gestalttheorie
(Jocelyn Benoist, Jean-François Courtine, Jacques English,
Marc de Launay)
Bilan:
Pour apprécier la percée
de la phénoménologie dans les Logische Untersuchungen,
on s'est attaché à étudier historiquement
Husserl en tant que philosophe autrichien et disciple de Brentano.
Une série d'enquêtes était destinée
à éclairer l'arrière-plan problématique
[logique, sémantique, philosophie de l'arithmétique
(Husserliana, vol. XII, XXI, XIII)] et le contexte historico-doctrinal
(Brentano, E. Mally, A. Marty, C. Stumpf, A. Meinong, Ch. Von
Ehrenfels) de la première philosophie de Husserl, à
l'époque de la fondation des Recherches Logiques
(1886-1901), jusqu'aux leçons de 1908, Vorlesungen
über Bedeutungslehre (trad. fr. Jacques English), en
passant par les cours de 1907-1908, Einleitung in die Logik
und Erkenntnistheorie (trad. fr. Laurent Joumier). - Les
travaux récents (B. Smith, K. Mulligan, K. Schuhmann)
sur la psychologie dans l'Ecole de Brentano, la naissance de
la Gestalttheorie, la problématique du jugement
chez A. Reinach (trad. Marc de Launay) et J. Daubert, mais aussi
les recherches de R. Chisholm et plus anciennement de R. Haller
sur A. Meinong et l'Ecole de Graz ont déjà fourni
plus que des matériaux à une enquête destinée
systématiquement à recontextualiser la phénoménologie
husserlienne (cf. aussi Robin D. Rollinger, Husserl's Position
in the School of Brentano, Nijhoff 1999, et Dale Jacquette,
Liliana Albertazzi et Roberto Poli, The School of A. Meinong,
Ashgate, 2001).
Mentionnons ici les récents travaux
de Jocelyn Benoist qui auront joué un rôle déterminant
dans cette orientation:
Représentations sans objet.
Aux origines de la phénoménologie et la philosophie
analytique, Puf, 2001; Intentionalité
et langage dans les Recherches Logiques de Husserl, Puf 2001;
Entre acte et sens, la théorie phénoménologique
de la signification, Vrin, 2002; et rappelons le colloque
organisé en janvier 2004: «Brentano et la «Richtigkeit»:
vérité, justification et correction».
Signalons enfin le numéro des
Etudes Philosophiques, janvier-mars 2003, «Brentano
et son Ecole», coordonné par J. Benoist.
Prospective:
Cette opération, caractérisée
par sa méthode «archéologique», ouverte
sur la longue durée (cf. les séminaires animés
en 1999-2000 et 2000-2001, par J.-F. Courtine et Cyrille Michon,
sur la problématique de l'intentionnalité, dans
son origine médiévale complexe), se poursuivra
en 2006-2009, contribuant à la confrontation phénoménologie
- philosophie analytique, rendue possible par ce retour amont
aux sources de la phénoménologie husserlienne et
au complexe de problèmes propre à la philosophie
autrichienne, après Bolzano et dans l'Ecole de Brentano.
C'est dans ce cadre que J.-F. Courtine
reprend dans ses séminaires de DEA: «ontologie,
ontologie formelle, théorie de l'objet» (2001-2002,
2004-2005) l'ensemble du dossier relatif à la «Vorstellung»
afin de reconstruire et suivre les analyses doctrinales de la
représentation, de l'acte, du contenu et de l'objet, en
remontant aux thèses bolzaniennes (représentation
objective, représentation en soi, représentation
sans objet) qui demeurent au centre des discussions, tant dans
le Cercle de Vienne, que chez Brentano, Meinong, Mally, Marty,
Husserl. C'est dans le cadre de cette problématique que
prennent leur sens aussi bien les analyses de Twardowski que
les thèses réistes du dernier Brentano, ultime
réaction à l'idée de «tinologie»
(théorie du «quelque chose en général»
(etwas, ti). Les théories de l'objet (Meinong)
forment également l'arrière-plan de la détermination
brentanienne du «réel chosique» et de la décision
résolue de se détourner de tout «non-réel»
(Abkehr vom Nicht-Realen, recueil de lettres de Brentano
et de courts traités tirés du Nachlaß
et édités par F. Mayer-Hillebrand, dont nous avons
programmé la traduction française).
On s'attachera ensuite à reconstruire
les passages conduisant de la problématique de la représentation
et du jugement à la théorie de l'objet, à
la fois relève de l'ontologie classique moderne (celle
à laquelle Kant avait cru pouvoir substituer une analytique
de l'entendement pur), et délimitation sectorielle de
la métaphysique. C'est principalement l'oeuvre de Meinong
et de ses disciples (E. Mally, mais aussi, au plan de la réécriture
de l'histoire de la philosophie, Hans Pichler) qu'il nous faudra
prendre ici en vue. Parti lui aussi de la caractérisation
brentanienne des phénomènes psychiques par l'orientation
sur quelque chose (le Gerichtetsein auf etwas), Meinong
centra son interrogation sur cet «etwas» devenu le
pivot d'une science générale de l'objet. Il importe
d'abord de contredistinguer cette dernière de la métaphysique
qui n'est pas assez «universelle» pour englober le
traitement général du «Gegenstand»
hors-être (Außersein). Cette recherche devrait
déboucher sur l'organisation d'un colloque international
permettant de confronter les thèses des principaux interprètes
de Meinong et des «néo-meinongiens» (Dale
Jacquette, Karel Lambert, E. Zalta).
Ce programme permettra aussi de situer
Husserl et son projet d'ontologie formelle (Prolégomènes
à la logique pure, Logique formelle et logique transcendantale)
par rapport à ces théories de l'objet, et de confronter
l'entreprise de Meinong aussi bien aux critiques de Brentano
qu'à celles de B. Russell (les Comptes rendus critiques
parus dans Mind (de 1904 à 1907), et On denoting
(1905).
Confrontations:
phénoménologie,
philosophie du langage, structuralisme (Jocelyn Benoist, Jean-Claude
Monod, Emmanuel de Saint-Aubert).
Cet troisième axe envisage 1)
la confrontation, historique et conceptuelle, de la phénoménologie
avec d'autres aspects de la pensée philosophique et extra-philosophique
du XXème siècle: essentiellement la philosophie
analytique et le structuralisme; 2) la réouverture d'une
recherche d'inspiration phénoménologique actuelle,
non seulement historique, mais thématique, portant
sur des champs empiriques: langage, esprit (perception et cognition),
société; logique phénoménologique
et perception: formes et formats de l'expérience.
Jocelyn Benoist,
responsable de cet axe y poursuivra les recherches entreprises
sur les sources autrichiennes de la phénoménologie,
qui mettent la phénoménologie au contact de la
philosophie analytique, via l'héritage de Bolzano et,
dans une certaine mesure, celle de Brentano (cf. supra 5, 2,
b).
C'est dans ce même cadre historique
et doctrinal général, que Jocleyn Benoist
a dirigé en 2002-2003 et 2003-2004 un séminaire:
«Propositions et états de choses», dont les
résultats paraîtront chez Vrin en 2005, avec des
contributions de Ronan de Calan, Arianna Betti, Jean-Baptiste
Rauzy, Paola Cantù, Charles Travis, François Recanati,
Christophe Alsaleh, Bruno Ambroise, Ali Benmakhlouf, Jean-François
Courtine.
Il s'agissait de s'interroger sur la
manière dont la phénoménologie, dans son
double effort de développer une théorie de la signification
et de son corrélat ontologique, a cultivé deux
types d'entités jumelles bien que de statut non équivalent:
les propositions et les états de choses. I
Il s'agissait d'en interroger la situation
historique et philosophique, en mettant la théorie phénoménologique
à l'épreuve de sa confrontation avec d'autres traditions
qui ont pu avoir une réflexion comparable sur les mêmes
objets (pré-histoire de la philosophie analytique, néo-kantisme)
et avec les théories contemporaines qui en réactualisent
les intuitions (sémantique, métaphysique analytique).
Mentionnons aussi, dans la même perspective de confrontation,
l'ouvrage, sous presse, de Jocelyn Benoist, Les limites de
l'intentionalité. Recherches phénoménologiques
et analytique, Vrin 2005, et le séminaire 2004-2005
«structures linguistiques et structures perceptives»,
coordonné par J. Benoist et Jean Petitot (CREA-Polytechnique)
qui s'attachera à interroger l'héritage de la phénoménologie
(théorie de la signification, phénoménologie
de la perception, analyse intentionnelle) à la lumières
des recherches empiriques actuelles tant dans le domaine des
neurosciences cognitives que dans celui de la linguistique et
de la sémantique.
Dans le prolongement de recherches menées
du point de vue de la philosophie du langage, on envisage un
colloque consacré à Anton Marty, brentanien particulièrement
intéressant tant pour les philosophes que pour les linguistes,
pour son exploration de la notion de syntaxe et de ce que l'on
pourrait appeler avant la lettre «l'intention du locuteur».
En élargissant la même
perspective, on se propose ensuite d'aborder la question «phénoménologie
et structuralisme» qui, pour l'instant, a été
à peine effleurée du point de vue linguistique
alors qu'il y aurait beaucoup à dire, suivant les travaux
pionniers d'Elmar Holenstein, par exemple sur la provenance de
la pensée de Jakobson dans un certain état de la
théorie husserlienne de la signification.
Dans le prolongement de ses recherches
sur l'oeuvre d'Hans Blumenberg, Jean-Claude Monod ouvre
de son côté (avec Marc Crépon et Emmanuel
de Saint-Aubert) un nouveau chantier de recherches complémentaire:
«phénoménologie et métaphorologie»,
en prenant pour fil conducteur les questions relatives à
la métaphore soulevées en France dans les années
soixante par Paul Ricoeur et Jacques Derrida. Il s'agira, dans
le cadre d'un séminaire pluri-annuel («nécessité
ou impossibilité d'une métaphorologie: approches
phénoménologiques du langage»)
a) dans un premier temps, d'examiner
les évolutions et les refontes de la métaphorologie
de Blumenberg, à partir du texte décisif paru dans
l'Archiv für Begriffsgeschichte en 1960: Paradigmen
zu einer Metaphorologie, jusqu'au complément ajouté
à Schiffbruch mit Zuschauer (1979): «Ausblick
auf eine Theorie der Unbegrifflichkeit»;
b) de reconstituer la problématique
phénoménologique originaire en tant qu'elle rencontre
inévitablement le problème du «logos»,
du langage dans lequel s'appréhende tout phénomène:
dans quelle mesure le langage peut-il faire l'objet d'une «réduction
phénoménologique»? Dans quelle mesure est-il
co-impliqué dans toute saisie d'objet par la conscience?
Il s'agira donc de reconstruire la réflexion phénoménologique
sur le langage, à partir des premiers textes de Husserl,
jusqu'à la rupture opérée par Heidegger
en direction d'un autre mode de logos - poétique
et «dévoilant» plutôt que placé
sous l'idéal descriptif de la science pure - et ses développements
dans la phénoménologie française, chez Merleau-Ponty,
Ricoeur, Derrida.
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Opération 6: Une autre histoire de la philosophie
austro-allemande
1) Les néokantismes
L'Ecole de Bade, Rickert
(nouvelle édition critique - Heinrich Rickert-Forschungsstelle
de l'Université Heinrich Heine de Düsserldorf), Emil
Lask.
Bilan:
Le travail engagé depuis de nombreuses
années par Marc de Launay, Fabien Capeillères
et Eric Dufour, et qui a donné lieu à des
séminaires, des numéros de revue, des traductions
(Cassirer, Cohen, Natorp, L'Ecole de Marbourg, Le Cerf
1998; Cohen, Natorp, Cassirer, Rickert, Windelband, Lask, Cohn,
Néokantismes et théorie de la connaissance, Vrin
2000; W. Windelband, Qu'est-ce que la philosophie? et
autres textes, Vrin 2002; Emil Lask, La logique de la philosophie
et la doctrine des catégories, Vrin 2003), sera poursuivi,
en mettant l'accent sur l'Ecole de Bade (Ecole du Sud-Ouest),
et en s'attachant principalement à l'étude de deux
oeuvres majeures: le Gegenstand der Erkenntnis de H. Rickert
(maître de Lask et de Heidegger) et l'Allgemeine Psychologie
de P. Natorp.
D'un point de vue «systématique»,
demeurent privilégiées les problématiques
du jugement et des catégories, la critique du donné
(«es gibt») et de l'immédiateté..
Prospective:
L'ouvrage majeur de H. Rickert a connu,
comme on le sait six éditions de 1892 à 1928; il
a plus que triplé de volume et constitue, dans ses différentes
versions, un témoignage de toute première importance
pour les discussions philosophiques de l'époque: l'Ecole
de Marbourg, la philosophie d'Emil Lask, la phénoménologie
(Husserl et Heidegger), la philosophie de la vie. L'édition
critique des Sämtliche Werke en 7 volumes actuellement
en cours de publication, sous la direction de Rainer A. Bast
(«Heinrich Rickert-Forschungsstelle», auprès
de l'Université Heinrich Heine de Düsserdorf) permettra
enfin l'étude approfondie du rôle de Rickert, entre
néokantisme et phénoménologie;
Quant à l'Allgemeine Psychologie
de Natorp (1912) dont Eric Dufour et Julien Servois procureront
la traduction (à paraître chez Vrin à l'automne
2007), son importance tient au fait que l'ouvrage ouvre une discussion
avec les autres membres de l'école de Marbourg, qu'elle
propose également une analyse du statut de la psychologie
du xixe siècle, à titre de science, et une tentative
des sauvegarder le rôle de la philosophie qui seule peut
fonder une psychologie non empirique. L'Allgemeine Psychologie,
en ce sens, est l'aboutissement d'un travail inauguré
avec l'article de 1887 («Sur la fondation objective et
subjective de la connaissance») et l'opuscule de 1888 (Introduction
à la psychologie selon la méthode critique).
Elle est aussi, et du même coup,
une explication avec Husserl et une critique de la phénoménologie.
Natorp qui a entretenu un dialogue serré avec Husserl
(cf. le vol. V de la correspondance de Husserl dans les Husserliana)
est aussi un critique sévère de l'égologie
husserlienne.
2) L'herbartisme et la
tradition autrichienne:
Bilan:
A partir du groupe de travail mis en
place par Carole Maigné (Maître de Conférences,
Paris-IV) et Jocelyn Benoist (Paris-I - CNRS) en 2001-2002 et
2002-2003, une nouvelle opération de recherche structurante
a été définie qui s'attache à l'étude
de traditions souvent tenues pour mineures dans l'histoire de
la philosophie allemande et austro-allemande, après Kant.
Le point de départ en est l'oeuvre
J-F Herbart (1776-1841) et sa réception multiple dans
la tradition allemande et autrichienne: à travers une
exploration fine des textes et des thématiques de Herbart
et de toute son école, très importante au XIXème
siècle, il s'agit de situer cette tradition dans le contexte
allemand du kantisme, du postkantisme, puis de l'idéalisme
absolu et de sa chute. Le choix de travailler sur les multiples
réceptions de la Critique de la raison pure au XIXe siècle
s'impose dans la mesure où il permet de confronter des
auteurs certes très différents dans leurs positions,
mais qui tous participent de cette critique de la Critique,
sans nécessairement appartenir à la tradition de
l'idéalisme absolu; sans négliger les premières
«métacritiques» (Hamann, Herder, Schleiermacher)
les principaux auteurs retenus sont des contemporains de Herbart
et de Fries, tels G. U. Brastberger, J.H. Lambert et E. Beneke;
des psychologues tels H. Helmholtz et W. Wundt, des mathématiciens
et physiciens tels B. Riemann, L. Boltzmann et H. Reichenbach,
ou encore des philosophes de la seconde moitié du XIXe
siècle qui discutent l'herbartisme au moment où
il s'impose fortement en tant qu'Ecole, tels A. Trendelenburg,
F.A. Lange, H. Cohen.
Prospective:
L'herbartisme et la tradition autrichienne: cette piste semble de plus en plus féconde
et à plusieurs titres, qu'il s'agisse du réalisme
en ontologie, du psychologisme et de l'indépendance croissante
de la psychologie à l'égard de la philosophie,
qui vaut tant en Allemagne que dans l'empire austro-hongrois,
mais aussi de la relation qu'instaure l'herbartisme entre éthique
et esthétique. Un premier aspect de ces recherches débouchera
très prochainement sur la traduction et la présentation
de la correspondance entre Bernard Bolzano et F. Exner, disciple
de Herbart . Cet échange (1833-1834, pour l'essentiel)
cristallise la rencontre de deux auteurs dont les idées
vont se ramifier et s'étendre sur tout le XIXe siècle
en Autriche et en Bohême, notamment grâce à
leur disciple commun, Robert Zimmermann. La littérature
critique présente souvent cette correspondance de manière
dramatique: son issue scellerait le sort de la philosophie autrichienne,
illustrant l'implantation de l'herbartisme par l'échec
de la conversion d'Exner au bolzanisme. Des problèmes
cruciaux y sont discutés, tels les rapports entre intuition
et concept, le statut des propositions et vérités
en soi de Bolzano, le problème de l'objectualité
(Gegenständlickeit) des représentations, des
«représentations sans objet». On en retrouve
de nombreux échos dans l'Ecole de Brentano: K. Twardowski,
A. Meinong, E. Husserl (cf. supra Opération 5).
Un second volet de ces recherches autrichiennes
concerne la portée de l'herbartisme en esthétique,
très peu étudiée à ce jour, aussi
peu que l'esthétique de Herbart proprement dite. Carole
Maigné dirige, avec Céline Trautmann-Waller, germaniste,
maître de conférence à Paris-VIII (en délégation
auprès de l'UMR en 2002-2004), un groupe de recherches
autour du formalisme esthétique dans la philosophie autrichienne,
en prenant en compte toute son extension spatiale en Europe centrale.
Loin d'avoir formé une école fixée en un
lieu déterminé, l'herbartisme se caractérise
au contraire par sa dispersion géographique tout autant
que thématique (cf. Herbarts Kultursystem, A. Hoeschen,
L. Schneider (dir.), Königshausen & Neumann, Würzburg,
2001). Le formalisme esthétique issu de Herbart débouche
aussi sur une philosophie des valeurs et constitue un champ intellectuellement
cohérent, qui couvre en fait l'espace de diffusion de
la langue allemande au XIXe siècle. Outre l'analyse proprement
dite de cette esthétique si répandue à l'époque,
mais encore très mal connue, ce projet vise à réécrire
une histoire européenne de la philosophie largement oubliée
en ses grandes lignes (même si les travaux sur l'histoire
culturelle de l'Europe centrale, sur la «Vienne fin de
siècle», sur la philosophie dite «autrichienne»
abondent), en proposant un éclairage très peu exploré:
celui de l'influence considérable de l'herbartisme, de
ses multiples ramifications et de ses diverses appropriations.
L'école de Herbart se diffuse ainsi à Vienne (Institut
de psychologie, Ecole viennoise d'histoire de l'art), à
Prague («formalisme tchèque» et préhistoire
du Cercle de Prague), à Graz, mais aussi en Pologne, et
connaît des développements jusqu'en Russie («formalisme
russe»). Cette vaste enquête interdisciplinaire devrait
permettre de mieux comprendre l'histoire même des sciences
humaines au XIXe siècle.
Cette opération, menée
en collaboration avec l'Université de Graz (Prof. Reinhard
Fabian), l'Université de Vienne (Prof. Sauer) et l'Université
de Milan (Prof. R. Pettoello) a déjà donné
lieu à plusieurs publications importantes:
Carole Maigné, Le
réalisme rigoureux de J.-F. Herbart, accompagné
d'une traduction inédite des Points principaux de la Métaphysique,
Vrin 2004.
Cahiers de Philosophie
de l'université de Caen, n° 26, 2001 (sous la dir. de Carole Maigné).
Numéro Herbart, avec une traduction inédite: «De
la possibilité et de la nécessité d'appliquer
les mathématiques à la psychologie» (1822);
Quand Berlin pensait les
peuples. Anthropologie, ethnologie et psychologie (1850-1890), coll. sous la direction de C. Trauttmann-Waller,
éd. du Cnrs, 2004.
Un autre XIXème
siècle allemand,
numéro spécial de la Revue de Métaphysique
et de Morale, 2002.
Sont déjà prévus
en 2005 une journée d'études autour de l'esthétique
herbartienne et un colloque international en 2006.
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Opération 7: Histoire, Historicité,
Messianisme
(Reponsables: Marc
Crépon, Marc de Launay, Jean-Claude Monod)
Le Groupe de Recherches sur l'Ontologie
de l'Histoire, constitué en 1996 à l'initiative
de l'Université de Lausanne (Raphaël Célis,
Fabio Merlini) et des Archives-Husserl de Paris (Jocelyn Benoist,
Jean-François Courtine) s'était fixé le
programme suivant:
S'intéresser à toutes
les questions qui relèvent de l'ontologie de l'Histoire
et de la pensée contemporaine de l'historicité
post-hégélienne, dans tous ses aspects, philosophiques
ou non, y compris sociaux et politiques. L'axe de la perspective
demeure bien sûr philosophique, mais l'apport des savoirs
non-philosophiques (sociologie, économie, sciences humaines
en général, à commencer par l'histoire elle-même)
soumis à une interrogation philosophique sera considéré
comme essentiel. Il s'agit de mener une interrogation globale
sur l'être-historique de l'homme tel qu'il a pu se constituer
et peut-être se défaire, en tout cas devenir problématique,
dans les deux derniers siècles. On n'exclura donc a priori
aucune référence philosophique ou extraphilosophique,
même si le point de départ de la réflexion
demeurera sans doute ce qu'on pourrait appeler la sortie de l'hégélianisme,
telle qu'elle a caractérisé ces deux siècles,
et si la formation des principaux animateurs du séminaire
implique qu'une large part soit faite à l'aspect herméneutique
(ou d'ailleurs à la critique de l'aspect herméneutique)
de la question.
Il s'agira en un premier temps de lever
un certain nombre de questions et de concepts qui doivent être
au centre de notre problématique et rapidement être
mis en débat, pour amorcer la réflexion commune.
Simultanément, il faudra explorer certains lieux, historiques
ou épistémologiques (doctrines, mais aussi événements),
nécessaires à la clarification du problème.
Toutes les doctrines ou les outils afférents doivent faire
l'objet d'un tour d'horizon progressif, sous forme de séances
consacrées à tel ou tel moment théorique
partiel.
Le groupe de travail, qui a organisé
régulièrement journées de travail et colloques,
a donné lieu aux publications suivantes, éditées
par J. Benoist et Fabio Merlini:
Après la fin de
l'histoire. Temps, monde, historicité, Paris, Vrin 1998;
Historicité et spatialité.
Le problème de l'espace dans la pensée contemporaine, Paris, Vrin, 2001;
Une histoire de l'avenir.
Messianité et Révolution, Paris, Vrin 2004.
Pour des raisons personnelles et institutionnelles
(nomination de MM. Vanni et Merlini dans une autre université),
ce Groupe de recherches ne poursuivra pas ces activités
dans le cadre de la coopération avec l'Université
de Lausanne. Son programme n'en demeure pas moins pertinent,
et il constitue désormais une nouvelle opération,
à part entière, de l'UMR 8547. Celle-ci fédère
en effet les travaux et séminaires menés ces dernières
années par Marc Crépon, Gérard Bensussan,
Marc de Launay et Jean-Claude Monod.
Rappelons les séminaires
et les colloques consacrés à Franz Rosenzweig (lecture
de l'Etoile de la Rédemption), 1999-2000, 2000-2001,
2001-2002; le colloque «Levinas et la politique»,
organisé en mai 2002 et coordonné par Gérard
Bensussan et Michel Vanni; le colloque international «Fr.
Rosenzweig, nouvelles lectures», coorganisé à
Strasbourg et à Jérusalem, en juin 2003; le colloque
international «La philosophie au risque de la promesse»,
organisé en décembre 2002 par Marc Crépon
et Marc de Launay (les actes ont été publiés
en 2004, éditions Bayard); les journées d'études
organisées par Jean-Claude Monod («Travail du mythe
et métaphores de la raison: les mondes de Hans Blumenberg»,
mars 2003; les séminaires régulièrement
organisés par Jean-Claude Monod (2003-2004, 2004-2005),
en collaboration avec Patrick Weil (Cnrs - Centre d'histoire
sociale du XXème siècle): Laïcité,
sécularisation; l'impact des migrations sur les modèles
nationaux en Europe et en Amérique du Nord; le numéro
spécial des Archives de Philosophie, coordonné
par Jean-Claude Monod, consacré à H. Blumenberg
(67/2, 2004) ou encore le séminaire coordonné par
David Brézis (2003-2004), Judaïsme et pensée
de la loi, ou enfin les séminaires réguliers
de Mme Monique Schneider: le traitement de l'altérité;
les ouvrages récents de Marc Crépon et Gérard
Bensussan: Marc Crépon, Les promesses du langage, Benjamin,
Rosenzweig, Heidegger (Vrin 2001); Gérard Bensussan,
Le temps messianique, Temps historique et temps vécu,
Vrin 2001.
Prospective:
La convergence de plusieurs programmes
de recherches individuels conduit donc à lancer cette
nouvelle opération susceptible d'intégrer et de
féconder les enquêtes menées par Jean-Claude
Monod sur l'histoire de la sécularisation dans la pensée
allemande, les formes et le sens de la résurgence de la
«théologie politique» dans la philosophie
politique du XXème siècle, et celles de Marc Crépon
et Marc de Launay sur la réappropriation philosophique
et politique du messianisme par les auteurs juifs allemands du
XXème siècle (F. Rosenzweig ou W. Benjamin). Il
s'agira notamment de s'interroger sur l'analyse philosophique
de l'historicité telle qu'elle a été diversement
développée dans la tradition phénoménologique,
en se démarquant de l'histoire positive et de la sociologie;
d'interroger la notion de «messianisme», dans sa
dimension philosophique et historique, ou, selon la formule de
Jacques Derrida, d'envisager la possibilité d'un paradoxal
«messianisme sans messianité».
Plusieurs journées de travail
sont organisées en ce sens par Marc Crépon, Marc
de Launay, Gérard Bensussan, ainsi que la publication
d'un ouvrage collectif sur ce thème, qui correspond déjà
aux enseignements de Marc de Launay et de Marc Crépon
dans le cadre du Magistère de philosophie contemporaine
de l'ENS. Il s'agira enfin, dans la ligne des travaux de Marc
Crépon sur les «identités hétérogènes»
(un ouvrage, altérités de l'Europe est à
paraître en 2005, aux éditions Galilée),
ou de David Brézis («le religieux et le politique»;
La loi, de la tradition judéo-chrétienne aux penseurs
de la modernité») d'articuler en mode critique la
problématique de l'historicité (ou de la mission
historique) aux diverses approches (politiques et sociologique)
de la notion de communauté et des figures du «nous».
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