École normale supérieure
  UMR 8547 du CNRS
Pays germaniques:
histoire, culture, philosophie
 
45 rue d'Ulm - 75230 - Paris - cedex 005

Opérations de recherches

 

1. Transferts culturels

Opération 1: Histoire interculturelle des sciences humaines

Opération 2: Circulation du discours sur l'art et réseaux littéraires

Opération 3: Lieux de transferts culturels

 

2. Archives Husserl

Opération 4: Archives Husserl de Paris

Opération 5: La phénoménologie en contexte

Opération 6: Une autre histoire de la philosophie austro-allemande

Opération 7: Histoire, Historicité, Messianisme

 

3. INSTITUT INTERNATIONAL DE PHILOSOPHIE et SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHILOSOPHIE

__________


 

1. Transferts culturels

Le groupe de recherche sur les transferts culturels consacre une partie de son travail à des réflexions transversales sur la notion de transfert, les développements de la méthode et la confrontation des résultats obtenus avec un certain nombre de groupes de chercheurs en Europe (Institut de germanistique de Bologne, Institut für höhere Studien de Leipzig, Sonderforschungsbereich Wiener Moderne de Graz, Institut d'histoire de Vienne, Institut de romanistique de Sarrebruck, Institut de littérature mondiale de Moscou) qui, à la suite de l'équipe parisienne, se réclament de perspectives comparables.

A l'automne 2002 une mise au point des avancées théorique a été organisée au cours d'un colloque avec la collaboration de l'Institut historique allemand de Paris sur «l'horizon anthropologique des transferts culturels». Les résultats ont été publiés dans un volume de la Revue germanique internationale.

M. Espagne (éd.), L'horizon anthropologique des transferts culturels. Revue germanique internationale 21-2004

Il s'agissait d'éclairer les diverses notions (métissage, hybridation, transfert, comparaison, traduction) qui permettent d'exprimer et de décrire l'imbrication de deux espaces culturels et d'étudier le cadre d'émergence franco-allemand des sciences anthropologiques dans l'Allemagne du XIXe siècle, lié à la philologie, ainsi que le retour de ces disciplines sur une appréciation des relations intraeuropéennes ou encore la projection de questions franco-allemandes dans l'approche de l'interculturalité telle qu'elle se présente dans des espaces extraeuropéens.

Une partie des préoccupations du groupe concernent tout autant le versant proprement philosophique (archives Husserl) de l'UMR Pays germaniques. Citons les recherches sur l'histoire de l'institution philosophique dans ses rapports avec l'Allemagne, les recherches sur l'esthétique, sur l'anthropologie, sur le néokantisme, sur le postherbartisme. Marc Crépon, Marc De Launay, Carole Maigné parmi les chercheurs des Archives Husserl ont tout particulièrement collaboré aux travaux du groupe transferts.

La présence des études allemandes à l'Université tendant à s'affaiblir et le CNRS se devant de compenser ces difficultés, le groupe de recherche sur les transferts culturels s'efforce de développer plusieurs série des publications scientifiques non seulement pour faire connaître ses propres travaux, mais aussi pour publier les ouvrages de collègues ou de jeunes docteurs dont les travaux illustrent les problématiques du groupe.

Citons la série «De l'Allemagne» (CNRS-Editions), la «Bibliothèque franco-allemande»(Cerf), la «Deutsch-französische Kulturbibliothek» (Leipziger Universitätsverlag), la série «Perspectives germaniques» PUF, la série «Transferts» (Du Lérot), la «Revue germanique internationale», la série «Voix allemandes» (éditions Belin).

Un «Dictionnaire du monde germanique» qui devait paraître aux PUF a vu sa sortie retardée en raison de difficultés avec l'éditeur. La sortie de ce manuscrit achevé est désormais programmée en 2005 aux éditions Bayard.

Une série de monographies «Voix allemandes» consacrées à des figures littéraires ou philosophiques éminentes de l'espace germanophone a vu récemment le jour. Six volumes ont paru depuis 2003.

 

Opération 1: Histoire interculturelle des sciences humaines

a) Histoire de la philologie

Cette dimension importante des recherches du groupe s'est organisée à partir de plusieurs journées de travail.

Un aspect de l'histoire de la philologie a concerné la manière dont les théories du langage élaborées dans l'Allemagne de la seconde moitié du XIXe siècle (à partir notamment des impulsions données par H. Steinthal, mais aussi Herbart, à partir des théories des Néogrammairiens ont été transmises dans l'espace culturel russe (Baudouin de Courtenay, Shpet, mais aussi Jacobson) et ont servi de point de départ à des recherches ethno-anthropologiques sur le folklore, ou à des théories de type formaliste que plus tard le structuralisme français reprendra volontiers à son compte. Un des fils directeurs de cette investigation a été donné par la notion de forme interne («innere Form») présente de façon sporadique chez Wilhelm von Humboldt et omniprésente chez ses héritiers. Cette recherche, coordonnée par Céline Trautmann Waller, a été menée en coopération avec des slavistes. (journée d'étude en décembre 2003)

Une journée ressortissant à l'histoire du livre concernait la circulation des livres en Europe au XVIIIe siècle. Des spécialistes italiens hollandais, anglais et allemands de différentes bibliothèques européennes ont tenté de découvrir les convergences entre les procédures d'acquisition d'ouvrages étrangers, les mécanismes d'importation et d'exportation de livres étrangers (journée d'étude organisée en mai 2004 par Anne Saada)

Un aspect du développement franco-allemand de la philologie au XIXe siècle nous a tout particulièrement retenus. Il s'agit de la façon dont des philologues français et allemands perçoivent l'Orient (essentiellement l'Arabie, la Perse et la Turquie) entre 1780 et 1830 et échangent leurs représentations, leurs manuscrits, leurs livres. La personnalité clef est Silvestre de Sacy dont la correspondance encore inexplorée (Institut de France) comprend de très nombreux manuscrits allemands. De Sacy a en effet formé à Paris une génération de professeurs allemands pour les littératures d'Orient. Dans cette étude nous ne nous sommes pas intéressés à l'objet mais plutôt aux conditions de fonctionnement d'une activité scientifique franco-allemande vers 1800 et à la manière dont une visée philologique se transforme peu à peu en protoscience sociale. (journée d'étude organisée par Céline Trautmann-Waller en juin 2004)

Une thèse a été inscrite par un romaniste germano-persan sur les échanges et interactions de lectures de Hafiz entre la France et l'Allemagne au XIXe siècle (Kambiz Djalali). Une normalienne rédigeant une thèse sur l'orientalisme allemand au XIXe siècle a également prêté son concours (Pascale Rabault).

Le résultat de ces rencontres et des travaux qui les ont précédées et suivies ont donné lieu à la préparation de trois manuscrits d'ouvrages dont les communications présentées et discutées dans les journées de travail ne constituent que le noyau.

Un projet en collaboration avec les universités de Heidelberg et de Louvain vient d'être mis en chantier. Il concerne le recensement des aspects de la philologie médiévale allemande qui mettent en évidence des imbrications avec l'espace roman. Il s'agira par exemple de résumer les connaissances sur la reprise dans la littérature en «mittelhochdeutsch» de sources provençales les liens entre les grandes thématiques de la littérature médiévale allemande et des paradigmes français. Seuls les travaux préliminaires ont pour instant été conduits. L'objectif à long terme est la réalisation d'un dictionnaire des contacts interculturels franco-allemands dans la littérature médiévale. Le responsable pour le groupe est René Pérennec.

b) Les frères Humboldt et la pluralité des peuples

Une partie des recherches menées sur l'archéologie franco-allemande des sciences humaines nous a conduits à nous intéresser à l'oeuvre des frères Humboldt. Plus particulièrement les recherches ont porté sur les écrits d'Alexandre et sur la postérité de Wilhelm.

Céline Trautmann Waller, déléguée durant deux ans dans l'unité, a achevé un manuscrit d'habilitation sur Heymann Steinthal à qui l'on doit d'avoir popularisé l'oeuvre linguistique de Humboldt, d'avoir développé au cours notamment d'un séjour en France une philosophie du langage dont le succès a été grand dans l'espace culturel slave, et d'avoir avec la fondation de sa revue de psychologie des peuples, lancé un type de réflexion particulièrement important dans l'Allemagne du XIXe siècle

Outre le manuscrit sur Steinthal, déjà déposé, Céline Trautmann-Waller a dirigé un travail collectif sur les origines de l'anthropologie berlinoise et un autre sur la place sdes savants juifs dans le développement des sciences sociales en Allemagne, chacune de ces questions étant liée à son projet d'ensemble.

Céline Trautmann-Waller (éd.), Références juives et identités scientifiques en Allemagne. Revue germanique internationale 17-2002.

Céline Trautmann-Waller (éd.), Quand Berlin pensait les peuples. Anthropologie, ethnologie et psychologie (1850-1890). Paris, CNRS-Editions 2004

Alexandre de Humboldt fait lui l'objet d'une thèse d'habilitation de Christian Helmreich qui a obtenu en 2003-2004 une première année de délégation pour conduire à bien ce projet de recherche. Alexandre de Hbumboldt doit être abordé sous deux angles complémentaires: il est d'abord question de retracer un réseau scientifique franco-allemand parmi les plus denses du XIXe siècle. D'autre part à l'intérieur de ce réseau se développe une curiosité pour l'altérité sud-américaine qui débouche sur une publication (Kosmos) dont les ambitions se situent tant dans le domaine esthétique - donner à voir le nouveau continent - que dans le domaine anthropologique. L'anthropologie d'Alexandre de Humboldt se fonde sur une réinterprétation de certaines tendances comme la «Sachphilologie» ou philologie des choses du professeur berlinois August Böckh. Malgré son importance centrale pour l'histoire des sciences humaines en Allemagne et en France, Alexandre de Humboldt, dont une partie des ouvrages parurent directement en français, reste très mal connu.

c) Discours philosophique France-Allemagne

Parmi les recherches qui ont été conduites sur l'histoire des disciplines, il faut mentionner la philosophie. Plusieurs journées de travail ont été consacrées à la place de la référence allemande dans la philosophie française du XIXe siècle. Si l'histoire de cette discipline entre Victor Cousin et Emile Boutroux est aujourd'hui considérée avec une certaine condescendance, on doit mettre en évidence ses étroites relations à l'Allemagne et donc son importance certaine dans une approche des transferts culturels en Europe. Ont été envisagées les histoires françaises de la philosophie allemande depuis Willm, les traducteurs et éditeurs, le rayonnement d'un certain nombre de figures comme Janet, Caro, Boutroux, Victor Delbos, Xavier Léon

Michel Espagne a écrit sur le sujet une monographie:

En deçà du Rhin. L'Allemagne des philosophes français au XIXe siècle. Paris Cerf 2004

Un autre aspect des recherches conduites en matière d'histoire de la philosophie a porté plus spécifiquement sur l'hégélianisme. Norbert Waszek a publié successivement un livre sur la philosophie écossaise dont on sait l'importance pour le développement de l'hégélianisme et un ouvrage qur les lectures allemandes de Spinoza à l'époque idéaliste

Norbert Waszek, Spinoza im Deutschland des 18. Jahrhunderts. Stuttgart, Fromann-Holzboog 2002

Norbert Waszek, L'écosse des Lumières. Paris, PUF 2003

Il a édité un volume sur Eduard Gans, figure classique des la relation franco-allemande parmi les posthégéliens

Norbert Waszek (éd.) Eduard Gans (1797-1839) Politischer Professor zwischen Restauration und Vormärz. Leipzig, Leipziger Universitätsverlag 2002.

Il a d'autre part organisé en collaboration avec l'Institut historique allemande de Paris en décembre 2002 un colloque consacré aux relations entre hégélianisme et saint-simonisme. Ce colloque a montré l'intérêt qu'il peut y avoir à observer en même temps le développement de certaines utopies du XIXe siècle et la réception française de moments de la philosophie allemande. Il achève sur Hegel une monographie destinée à paraître aux éditions Belin. Il prépare enfin une nouvelle édition française commentée des cours sur la philosophie de l'histoire.

d) La question du postherbartisme

Les recherches sur l'esthétique dès qu'elles abordent la seconde moitié du XIXe siècle en Allemagne sont confrontées à la personnalité de Herbart et à celle de ses successeurs (Fechner, Steinthal, Wundt). Alors qu'une philosophe de l'UMR, Carole Maigné, a fait sa thèse sur le très mal connu Herbart et en a tiré l'idée d'une recherche sur les oubliés de l'histoire philosophique allemande du XIXe siècle une germaniste de l'équipe «transferts», Céline Trautmann-Waller, s'est quant à elle intéressée à la postérité de l'oeuvre de Herbart non seulement en Allemagne mais plus largement en Europe centrale et orientale par le biais de la Völkerpsychologie d'Heymann Steinthal. La convergence progressive de ces deux axes de recherche a permis la définition d'une nouvelle perspective de travail (voir ci-dessous perspectives)

Projets

Plusieurs des opérations énumérées ci-dessus doivent encore se prolonger au-delà du terme du présent contrat quadriennal (décembre 2005), en particulier la question des relations entre linguistique post-humboldtienne et formalisme, la question de la genèse d'une philologie orientaliste franco-allemande au XIXe siècle autour de Silvestre de Sacy, la question des transferts culturels au moyen-âge, la question des relations entre certains courants philologiques et l'anthropologie.

Il est prévu d'étudier à partir d'un certain nombre de figures clefs de la science philologique allemande au XIXe (Friedrich August Wolf, Gottfried Hermann, August Böckh et Hermann Usener) la manière dont cette discipline vient fonder dans une sorte de démultiplication les orientations scientifiques marquantes de l'anthropologie à l'histoire de l'art ou à la sociologie. Du côté français l'EPHE des années 1880 à 1910 a été le lieu de réception et transmission de ce phénomène encore mal connu

Des colloques sont envisagés en 2005-2006 autour d'Alexandre de Humboldt mais aussi autour de l'histoire de la philologie en Allemagne.

Il convient de mentionner dans le cadre de l'opération «histoire interculturelle des sciences humaines» la poursuite du projet sur Herbart, Steinthal et leur postérité. Seront abordées les diverses écoles de Vienne Prague ou Varsovie qui ont servi de relais à cette diffusion. On suivra le tournant herbartien de l'Université de Leipzig dû à son disciple Drobisch, le rôle de Stumpf dans la fondation d'une esthétique psychologique de la musique. Il sera question des héritiers de Herbart de Steinthal à Brentano et de leur mode de communication. Ce projet qui tend dans l'ensemble à redécouvrir autour de quelques fils directeurs perdus l'histoire des sciences humaines et sociales de l'Allemagne entre 1850 et 1900 dans le contexte européen devrait reprendre une partie des acquis déjà obtenus par l'équipe en matière d'histoire des sciences et mettre en évidence la complémentarité entre les deux versants de l'UMR

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Opération 2: Circulation du discours sur l'art et réseaux littéraires

a) Esthétique et histoire de l'art

Le dernier rapport d'activité annonçait des recherches sur les réseaux par lesquels de la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe s'opèrent les transferts culturels. Ces réseaux nous ont particulièrement conduits à des investigations concernant l'esthétique et l'histoire de l'art.

A propos de l'esthétique signalons une enquête de longue haleine engagée par Elisabeth Décultot sur la manière dont le terme même d'esthétique naît en Allemagne, sur la façon dont il se diffuse dans son espace d'origine et traverse avec beaucoup de retard et surtout beaucoup de réticences la frontière. La question de la réception de l'esthétique allemande dans la France du XIXe siècle se confond en partie avec la pénétration du kantisme et avec les difficultés françaises de compréhension de la Troisième critique. Elle concerne aussi la référence platonicienne. Si l'Ecole médicale de Montpellier est un lieu d'informations étonnantes sur la réflexion allemande concernant l'esthétique, c'est autour des travaux de Victor Cousin que se noue la réinterprétation française de cette discipline proprement allemande et que se font jour les blocages de la réception. L'enquête, qui concerne aussi très clairement l'histoire de la référence à l'Allemagne dans la philosophie française (cf. opération 1) doit se prolonger par une étude de l'esthétique psychologique de la fin du XIXe siècle.

Manuscrit d'habilitation d'Elisabeth Décultot consacré à l'histoire de l'a pénétration de l'esthétique allemande en France entre l'époque de Baumgarten et le milieu du XIXe siècle.(habilitation soutenue en mai 2004)

Sur le même sujet signalons la rédaction par Elisabeth Décultot d'un numéro spécial de la Revue de métaphysique et de morale sur le transfert difficile du terme d'esthétique.`

Elisabeth Décultot (éd.), «Esthétique» Histoire d'un transfert franco-allemand. Revue de métaphysique et de morale, avril-juin 2002.

Les efforts ont également porté sur la redécouverte d'ouvrages allemands concernant l'esthétique qui n'ont pas encore été perçus en France.

Une étudiante rattachée à l'équipe pour la préparation de sa thèse a publié un ouvrage de présentation de Solger:

Anne Baillot (éd.), L'esthétique de K.W.F. Solger. Symbole tragique et ironie. Tusson, Du Lérot 2002

L'esthétique de Friedrich Theodor Vischer a donné lieu à une traduction précédée d'une présentation.

Friedrich Theodor Vischer, Le sublime et le comique. Projet d'une esthétique. Traduction et présentation de Michel Espagne. Paris, Kimé 2002.

Enfin des travaux ont été consacrés à quelques questions spécifiques comme celle du rythme, catégorie centrale de la pensée des esthéticiens allemands vers 1800. Un ouvrage a pour la première fois tenté de saisir dans leur cohérence d'ensemble les discours de Herder, Schelling, August Willhem Schlegel, Hölderlin et quelques autres (le philologue Hermann) sur la notion de rythme.

Clémence Couturier-Heinrich, Aux origines de la poésie allemande. Les théories du rythme des Lumières au Romantisme. Paris, CNRS-Editions 2004.

La problème de la plastique de Herder, texte canonique de la réflexion esthétique allemande sur les statues a donné lieu à une traduction de Pierre Pénisson complétée par des articles qui la commentent. Le volume est actuellement sous-presse.

-traduction sous presse de l'ouvrage de Herder La plastique par P. Pénisson (éditions du Cerf 2005)

Pour l'histoire de l'art il s'agissait d'aborder un certain nombre de grandes questions de la discipline à ses débuts en Allemagne et de montrer d'une part les déterminations transnationales de ces questions, d'autre part l'application de catégories philosophiques issues notamment de la philosophie de Schelling à la description de l'art italien. Sur le premier point nous avons consacré un colloque à élucider l'histoire et la réception du groupe du Laocoon. Au-delà de l'oeuvre de Lessing le Laocoon a été envisagé dans la perspective des archéologues contemporains et du point de vue des diverses reformulations artistiques ou des réflexions théoriques qu'il a inspirées. Sur le second point un volume collectif a été consacré à l'oeuvre d'un des premiers représentants de l'histoire de l'art Karl Friedrich von Rumohr, dont les Recherches sur l'Italie sont considérées, après Winckelmann, comme l'un des moments fondateurs de la discipline.

Elisabeth Décultot, Jacques le Rider, François Queyrel (éds), Le Laocoon: Histoire et réception. Paris, PUF 2003.

Michel Espagne (éd.) Pour une «Economie de l'art. L'itinéraire de Carl Friedrich von Rumohr. Paris, Kimé 2004.

b) De Winckelmann à Heine

La question de l'histoire de l'art est liée à l'étude d'un certain nombre d'auteurs sur lesquels le groupe de recherche revient régulièrement.

Winckelmann a déjà fait l'objet d'une étude poussée d'Elisabeth Décultot. Cette étude consacrée principalement aux cahiers d'extraits de Winckelmann rassemblés à la bibliothèque nationale a donné lieu à une monographie. Il s'agissait de reconnaître la multiplicité des références européennes qui se nouent pour tisser le texte de Winckelmann et orienter les principes de sa conception de l'art. Ce travail a été repris pour une version allemande à paraître en 2004, tandis qu'un volume commentant des textes théoriques de Winckelmann est en préparation aux éditions Macula (parution en 2005)

La question des cahiers d'extraits dont les cahiers de Winckelmann ont permis de dégager l'importance a été traitée lors d'un colloque dont les résultats ont pu eux-mêmes être publiés. Il s'agissait principalement de mettre en évidence tout l'intérêt que présente pour la compréhension de la genèse d'écrivains du XVIIIe siècle notamment l'étude des traces de leurs lectures.

Elisabeth Décultot (éd.), Lire, copier, écrire. Les bibliothèques manuscrites et leurs usages au XVIIIe siècle. Paris, CNRS-Editions 2003.

Outre Winckelmann les travaux ont porté sur Heinrich Heine dont l'équipe assure une édition des oeuvres complètes en français. Sont parus récemment le volume consacré aux Nouvelles, le volume consacré aux poésies tardives tandis qu'un volume consacré d'écrits mythologiques est encore sous presse et doit paraître en 2004.

Heinrich Heine, Nuits florentines. Paris, Cerf 2001

Heinrich Heine, Poèmes tardifs. Paris, Cerf 2003

Heinrich Heine, Ecrits mythologiques. Paris, Cerf 2004

Une parution du volume consacré aux poèmes épiques (Atta Troll, Allemagne. Un conte d'hiver) est prévue en 2005. Dans le domaine des études heinéennes la question du séjour du poète à Munich où il a pu observer le croisement d'un engouement pour le néoclassicisme bavarois (von Klenze) et pour l'esprit nazaréen (Cornelius) restait une lacune. Elle a été comblée par un ouvrage de Marie-Ange Maillet, membre de l'équipe, et dont la thèse portant sur la question est actuellement sous presse à CNRS-Editions

Herder fait partie des auteurs importants tant pour les questions esthétiques (la question de la Plastique déjà évoquée) que pour la réflexion allemande sur les formes d'interculturalité. Faisant suite à un colloque de l'unité organisée dans le cadre de la fondation Singer Polignac un ouvrage collectif sur Herder a été publié

Pierre Pénisson et Norbert Waszek (éds.), Herder et les Lumières. L'Europe de la pluralité culturelle et linguistique. Revue germanique internationale 20-2003

c) La pensée de la culture en Allemagne fin du XIXe siècle-début du XXe

Esthétique et histoire de l'art sont associés en Allemagne à une histoire de la notion de culture que nous avons abordée par plusieurs aspects. La question de la culture est associée au problème de l'histoire de l'art à travers la personnalité de Jakob Burckhardt autour de qui a été organisée en novembre 2004 une journée d'études en coopération avec l'EPHE. Les travaux de Jacques le Rider, organisateur de cette journée ont porté sur la figure d'une femme écrivain allemande Malwida von Meysenburg, liée tant à Nietzsche qu'à Herzen, Burckhardt et Romain Rolland qui sert de trait d'union entre un certain nombre de protagonistes du débat sur la notion de culture en Europe. Une monographie, la première en langue française consacrée au sujet doit paraître en 2004. Citons encore une journée de travail organisée par Jacques le Rider en collaboration avec l'Institut d'études slaves sur la figure de Herzen.

Dans des domaines connexes on peut mentionner les recherches d'Ewa Bérard sur les échanges de représentations de l'architecture entre l'Allemagne la Pologne et la Russie au tournant du siècle.

Citons enfin les recherches d'un autre membre de l'équipe Olivier Agard sur Kracauer qui en tant qu'élève de Simmel s'inscrit lui aussi dans la filiation de réflexions néokantiennes sur la culture. Le livre d'Olivier Agard sur Kracauer, issu de sa thèse, doit paraître en 2005

Olivier Agard a également publié un ouvrage consacré à Elias Canetti représentant le plus célèbre d'une littérature allemande produite par un auteur judéo-espagnol et bulgare à la fois dont l'allemand fut un choix. L'ouvrage souligne particulièrement la contribution de Canetti à une réflexion sur la notion de culture.

Projets

La plupart des recherches évoquées ci-dessus doivent se continuer. En ce qui concerne l'esthétique, signalons que la prochaine étape de l'enquête engagée par Elisabeth Décultot sera d'étudier les interactions entre esthétique française et allemande durant la seconde moitié du XIXe siècle en soulignant particulièrement le rôle de la psychologie. Un colloque est prévu en octobre 2005.

Un projet d'Elisabeth Décultot en collaboration avec des collègues suisses concerne tout particulièrement l'oeuvre de Sulzer figure à la fois centrale pour la question de l'art au XVIIIe et très peu étudié. Le dictionnaire de Sulzer a été très régulièrement utilisé par les auteurs français à partir du milieu du XVIIIe siècle.

Les travaux sur Winckelmann connaissent provisoirement un terme, mais ont contribué à déclencher un intérêt pour de nouveau représentants de l'histoire de l'art allemande. Après la découverte de Rumohr, Fernow et surtout Anton Springer devraient donner lieu à des enquêtes plus approfondies.

Les recherches sur Heine et le contexte continuent d'occuper plusieurs membres du groupe. Signalons la préparation d'une monographie à paraître en 2006, la suite de l'édition (publication des épopées Atta Troll et Allemagne. Un conte d'hiver) et l'organisation d'une journée de travail en 2005 sur la notion de dissonance dans l'oeuvre de Heine.

Les travaux sur Herder continuent également. Sur Lessing et Heine deux monographies (Michel Espagne et Maroe-Ange Maillet)sont actuellement en préparation.

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Opération 3: Lieux de transferts culturels

L'étude des transferts culturels se fonde aussi sur l'analyse de lieux

a) Russie et Europe centrale

Les recherches conduites par Ewa Bérard sur Saint-Pétersbourg comme lieu d'interculturalité se sont poursuivies. Elles concernent tout particulièrement le domaine de l'architecture Une rencontre thématique est organisée au printemps 2005 sur la comparaison des architectures de Saint-Pétersbourg, Berlin et Varsovie et les interactions entre les trois traditions architecturales

Un colloque a été organisé à Moscou à l'automne 2002 sur l'échange des discours sur l'art entre France Allemagne et Russie. Un volume est sous presse.

Un autre colloque a été organisé à Paris en décembre 2003 sur la manière dont la Russie la France et l'Allemagne se sont échangé, notamment au XIXe siècle des représentations de l'Italie. Un volume issu de cette rencontre doit paraître en 2005.

Un volume consacré à la manière dont la France, l'Allemagne et la Russie ont éprouvé dans leurs histoires respectives les ruptures historiques, les époques frontières a été publié.

Kanuny i rubeji. Tipy pogranitchnykh epokh - tipy pogranitcnogo soznanija. Ed. par E. Dmitrieva, V. Zemskov, M. Espagne, IMLI Moscou 2002 2vol.

Du côté de l'Europe centrale, à laquelle s'intéressent plus particulièrement plusieurs membres de l'équipe, on peut signaler l'ouvrage dirigé par Jacques le Rider sur les lieux de mémoire en Europe centrale

Transnationale Gedächtnisorte in Zentraleuropa.éd. par J. Le Rider, M. Csaky, M. Sommer. StudienVerlag, Innsbruck 2002

-l'ouvrage de Thomas Serrier sur la Pologne prussienne (Entre Allemagne et Pologne. Nations et identités frontalières, 1848-1914. Paris, Belin 2002)

Delphine Bechtel organise régulièrement des colloques sur les villes d'Europe centrale et sur les confins

b) Saxe et régions allemandes

Les zones d'interculturalité ne sont pas seulement situées aux limites de l'espace germanique mais certaines villes allemandes peuvent être envisagées sous cet angle. La Saxe comme «creuset allemand» a continué à susciter des investigations dans le cadre d'un partenariat entre l'UMR et le Zentrum füir höhere Studien de l'Université de Leipzig dont le responsable Matthias Middell, est membre associé de l'Unité

Citons la réalisation d'une exposition sur les transferts culturels entre la Saxe et la France (Anke Hollwedel, Jörg Ludwig und Katharina Middell, Passagen Frankreich-Sachsen. Kulturgeschichte einer Beziehung 1700 bis 2000, Sächsische Archivverwaltung, Leipzig 2004) et la prolongation d'une série de publications au Leipziger Universitätsverlag.

C'est aussi en collaboration avec l'université de Leipzig que l'UMR vient de lancer une revue internet «Geschichte transnational» qui doit rendre compte très régulièrement des ouvrages consacrés à des problèmes théoriques ou à des cas ponctuels d'histoire interculturellle.

Une autre région allemande sur laquelle des travaux sont en cours est la ville universitaire de Göttingen au XVIIIe siècle. Elle est le cadre, à l'époque des Lumières et autour de personnalités comme le responsable de la Bibliothèque Heyne, d'une naissance des sciences humaines modernes. Or Göttingen est en même temps un lieu d'écoute de l'Allemagne des Lumières vis-à-vis des autres espaces européens et un lieu qui exporte les oeuvres de ses savants tant vers la France que vers l'Italie ou la Russie. Une collaboration a été engagée avec le Max Plack-Institut de Göttingen et la Mission historique française en Allemagne en vue de la préparation d'un colloque (mai 2005) et d'un volume collectif sur la naissance des sciences humaines à Göttingen à l'époque des Lumières. Seront tout particulièrement pris en considération les manuscrits de la bibliothèque ancienne qui comportent nombre de correspondances inédites.

Une monographie réalisée par Jean Mondot, sur Lichtenberg, professeur à Göttingen au XVIIIe siècle doit être publiée en 2005.

c) Transferts à plusieurs pôles

La recherche sur les transferts culturels a depuis longtemps montré qu'il était insuffisant d'étudier les passages entre deux pôles (France-Allemagne) mais qu'il fallait envisager des constellations plus complexes. Cela a notamment été entrepris dans la recherche sur les échanges France-Allemagne Russie déjà évoqués plus haut et qui ont été récemment élargis à un quatrième pôle l'Italie.`

Une recherche spécifique a été entreprise sur la place de la Scandinavie dans ces échanges. De Baggesen à Höffding des scandinaves ont souvent joué le rôle de médiateurs entre l'Allemagne et la France, initiant le public français à la philosophie allemande. On peut observer aussi que nombre d'artistes scandinaves (Munch, Hamsun ont longtemps séjourné à Paris mais n'ont été véritablement reconnus qu'en Allemagne. On parvient ainsi à esquisser une série de configurations triangulaires entre les pays du nord de l'Europe, l'Allemagne et la France. Un colloque international a été organisé sur la question le 22-23 octobre 2004 avec la coopération de l'Institut finlandais de Paris.

Le même type d'investigation a pu avoir lieu à propos de l'Angleterre pour la période 1800. Une journée de travail a réuni à l'ENS en mars 2004 des chercheurs allemands anglais et français sur la question des transferts triangulaires à l'époque du romantisme allemand et des Idéologues français.

d) L'Allemagne hors les murs

Une des hypothèses du groupe tient à l'idée que l'histoire intellectuelle allemande entre la fin du XVIIIe et le début du XXe siècle ne doit pas être conçue comme un lieu fermé mais peut être également envisagée de façon plus systématique que ne le font les études comparées comme une ombre portée sur les aires culturelles voisines. Bien sûr, les recherches sur les transferts culturels franco-allemands abordent la question depuis longtemps, mais il convient maintenant de l'élargir. Plusieurs travaux en cours tendent à étudier l'Allemagne hors les murs dans un éventail de pays européens. En particulier la participation de plusieurs membres du groupe à un colloque organisé à Bologne en octobre 2003 sur le néoclassicisme européen a permis de poser des jalons.

Projets

La coopération avec des chercheurs russes de l'Institut de littérature mondiale et de l'Université des sciences humaines de Moscou doit continuer dans les années qui viennent en un colloque international sur la circulation des questions esthétiques est prévu pour octobre 2005 à Moscou. Sur la Russie Ewa Bérard chercheur de l'unité prépare un travail consacré à l'histoire architecturale de Pétersbourg.

La recherche sur l'Europe centrale,coordonnée par Delphine Bechtel en collaboration avec un groupe de l'université de Paris IV doit se concentrer sur un certain nombre de villes de Tchéquie, Pologne, Ukraine et des Pays Baltes dans lesquelles l'élément allemand et la culture litttéraire allemande étaient particulièrement enracinées.

Sur la question des régions allemandes marquées par l'interculturalité, les recherches engagées en Saxe en particulier à Leipzig et à Dresde, se poursuivent. Celles sur Göttingen au XVIIIe siècle viennent seulement de s'engager et le colloque organisé au printemps 2005 est conçu comme un point de départ de travaux plus ciblés concernant notamment la culture du livre étranger dans la ville universitaire au XVIIIe et l'histoire de la philologie. La question de Wörlitz lieu de naissance d'un néo-classicisme lié à la rencontre de Erdmannsdorf et de Winckelmann mais aussi à celle de Erdmannsdorf et de Clérisseau pourra être une nouvelle étape dans l'étude des lieux d'imbrications franco-allemandes au XVIIIe.

L'interculturalité à Munich déjà abordée par Marie-Ange Maillet dans sa thèse sur Heine à Munich doit donner lieu à de nouvelles enquêtes.

La question des transferts culturels à plusieurs pôles devrait continuer à occuper une partie des chercheurs de l'équipe. Ainsi pour l'Angleterre une collaboration avec des chercheurs anglais est en train de se construire autour de plusieurs thèmes: la réception de l'Idéologie en Angleterre et en Allemagne, la réception de la philosophie morale écossaise dans l'Allemagne des Lumières et en France, la circulation des idées esthétiques (de Shaftesbury notamment) en Allemagne et en France

En collaboration avec le département d'histoire de l'ENS (Gilles Pécout) et avec une étudiante en thèse germaniste de l'ENS (Sandrine Maufroy) il est prévu d'aborder la question des échanges de représentations du philhellénisme entre la France et l'Allemagne dans la première moitié du XIXe siècle notamment. Une journée d'étude est prévue pour commencer au printemps 2005

La question de l'Allemagne hors les murs devrait plus particulièrement donner lieu à une recherche sur la manière dont un certain nombre d'auteurs allemands de la fin du XVIIIe (Winckelmann mais aussi Lessing) sont non seulement reçus mais proprement reconstruits ramenés à une nouvelle identité dans un ensemble de pays d'Europe pris simultanément (et non juxtaposés) et au nombre desquels seraient au moins l'Angleterre, la France, l'Italie et la Russie.. Les premiers pas en vue de la réalisation de ce projet ont été engagés en collaboration avec les germanistes de l'université de Bologne.

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2. Archives Husserl

Le versant «Archives Husserl» de l'UMR 8547 maintient pour l'essentiel dans le nouveau contrat 2006-2009 ses principaux axes de recherches structurant: Les études husserliennes, l'histoire fine du mouvement phénoménologique et de ses principaux représentants (ici Merleau-Ponty, Patocka, Ingarden), l'étude du contexte de la phénoménologie husserlienne (Bolzano, l'Ecole de Brentano, la philosophie autrichienne), l'études des différentes formes de néokantismes. Une accentuation méthodologique a cependant été apportée à ces principales orientations: a) le souci renforcé de la contextualisation (qui n'est pas incompatible avec l'enquête archéologique sur la longue durée) et b) celui de la confrontation.

La contextualisation qui inscrit par exemple les développements de la phénoménologie husserlienne dans le cadre de l'Ecole de Brentano (Stumpf, Marty, Ehrenfels, Meinong) et de la philosophie autrichienne, ou qui resitue l'oeuvre de Merleau-Ponty dans le terreau de la philosophie française des années 1930-1960;

La confrontation qui conduit d'une part à replacer, dans leur véritable cadre de discussions, les positions doctrinales des auteurs étudiés, et qui conduit aussi à ouvrir à nouveaux frais, en les réactualisant, de vastes dossiers, comme ceux de la phénoménologie et de la philosophie du langage, de la réduction linguistique et de la métaphorologie («structures linguistiques et structures perceptives»; ou ceux de l'étude de la perception et des sciences de la cognition («logique phénoménologique et perception: formes et formats de l'expérience»). Démarche qui vise à mettre les outils phénoménologiques à l'épreuve d'un certain nombre de données empiriques, et en discussion avec d'autres traditions philosophiques actuelles - telle que la philosophie analytique de l'esprit.

Au-delà de ces inflexions (importantes), le présent rapport introduit un nouveau groupe de travail (l'herbartisme et la tradition autrichienne) et un nouvel axe structurant, susceptible de fédérer plusieurs recherches individuelles: histoire, historicité, messianisme.

 

Opération 4: Archives Husserl de Paris

 

Il s'agit ici pour notre Centre d'une opération «récurrente», placée sous la responsabilité de J.-F. Courtine (Prof. Université Paris-Sorbonne, Institut Universitaire de France).

A) Exploitation du fonds documentaire parisien. Mise à jour et classement des transcriptions des manuscrits de Husserl déposés à Paris par le Husserl-Archief, Leuven - Les Archives Husserl de Paris possèdent en dépôt une copie de tous les manuscrits inédits de Husserl, soit actuellement 500 manuscrits, rédigés entre 1890 et 1937, avec les fichiers nécessaires à leur utilisation:

-Fichier signalétique d'identification du manuscrit;

-Fichier chronologique permettant de savoir quels sont les différents travaux de Husserl à une date donnée.

En mai 1988, une nouvelle convention-cadre a été signée entre les Archives Husserl de Louvain (Prof. S. IJsseling et Prof. A. Wylleman), l'Ecole Normale Supérieure (M. G. Poitou Ý , directeur) et l'URA 106 (J.-Fr. Courtine), destinée à compléter et tenir à jour la collection des publications, des transcriptions de manuscrits husserliens et d'instruments documentaires actuellement déposés dans les locaux de l'Ecole. Cette convention a été renouvelée lors de la création de l'UMR 8547. Un rapport d'activités est transmis tous les deux ans au Conseil Scientifique de l'Université de Leuven.

B) Mise au point des instruments documentaires. Le fonds documentaire comporte en outre des instruments analytiques:

a) sur les sources de l'oeuvre de Husserl, manuscrite ou publiée:

b) Fichier des auteurs cités par Husserl.

c) Fichier de la bibliothèque personnelle de Husserl: livres, articles, tirés à part (3700 environ).

d) Fichier de la correspondance de Husserl, telle qu'elle a pu être répertoriée jusqu'à présent. L'édition de la Correspondance de Husserl par Karl Schuhmann l'a aujourd'hui remplacé.

e) Bibliographie de et sur Husserl:

f) Fichier bibliographique regroupant: 1) Les éditions et traductions des oeuvres de Husserl; 2) La littérature secondaire, ouvrages et articles de critique sur l'oeuvre de Husserl, ainsi que des comptes-rendus, regroupant environ 30.000 titres; 3) Fichier général des auteurs: correspondants, amis, élèves de Husserl, comme ses critiques.

Il faut préciser que le fonds d'archives Husserl est un fonds vivant et destiné à le rester. En effet, les responsables du Husserl-Archief et de la série des Husserliana ont déjà depuis longtemps renoncé à l'idée de publier l'intégralité des manuscrits de Husserl, qu'il s'agisse de manuscrits de leçons ou surtout de manuscrits dits de recherche. Ces derniers constitueront donc toujours une source complémentaire indispensable pour tout travail approfondi de l'oeuvre de Husserl, quels que soient les progrès rapides de l'édition (Husserliana) et des volumes annexes (Dokumente).

Ces instruments documentaires indispensables à la circulation dans les manuscrits sont précieux, mais parfois de conception assez ancienne. Leur informatisation est en cours; la numérisation du fonds manuscrit ouvrira des possibilités absolument nouvelles d'indexation et de d'interrogation thématique et systématique d'un corpus, par ailleurs difficile à maîtriser ou à embrasser du regard.

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Le fonds documentaire comporte enfin une bibliothèque spécialisée de plus de 5000 ouvrages, auxquels s'ajoutent les principales collections de périodiques consacrés à la phénoménologie (fichiers dont l'informatisation vient de s'achever et qui sont désormais intégrés aux fichiers électroniques de la Bibliothèque des Lettres de l'Ecole normale supérieure).

C) Publications:

Compte tenu de l'extrême difficulté qu'il y a à collaborer activement au travail de transcription des manuscrits de Husserl non encore déchiffrées (système complexe et souvent ambigu de sténographie Gabelsberger), il nous a paru plus expédient de mettre d'abord l'accent sur un programme de traduction, déjà fort avancé:

a) Traductions de Husserl:

Husserl, De la Synthèse passive, Logique transcendantale et constitution originaire, trad. Bruce Begout et Natalie Depraz, Jerôme Million, Grenoble, 1998.

Husserl, Introduction à la logiqueet à la théorie de la connaissance (1906-1907), traduction Laurent Joumier, Préface de Jacques English, Paris, Vrin 1998, 440 pages.

Husserl, Autour des Méditations Cartésiennes (1929-1932), trad. Natalie Depraz & Pol Vandevelde, Jérôme Million, Grenoble, 1998.

Husserl, Husserliana XIII-XIV-XV (anthologie à la fois thématique et chronologique), 2 volumes 420 et 590 pages, trad. N. Depraz P.U.F., Coll. «Epiméthée», 2001.

Husserl, Husserliana, IX, Psychologie phénoménologique (1925-1928), trad. fr. sous la responsabilité de N. Depraz, avec la collaboration de Bruce Bégout et Ph. Cabestan, Vrin Paris, novembre 2001.

Husserl, La représentation vide, extrait de Hua. XX, 1, Logische Untersuchungen, Ergänzungsband, trad. Jocelyn Benoist, Paris, Puf, 2003.

Husserl, Articles pour la revue japonaise Kaizo (Hua. XXVII), trad. Laurent Joumier, à paraître Vrin, 2005

b) Autres traductions:

Alexius Meinong, Théorie de l'objet - présentation personnelle, trad. J.-F. Courtine, Marc de Launay, Paris, Vrin, 1999.

Roman Ingarden, Husserl, la controverse Idéalisme - Réalisme, traduction et présentation par Patricia Limido-Heulot, Paris, Vrin 2001

Emil Lask, La logique de la philosophie et la doctrine des catégories, trad. et présentation par Jean-François Courtine, Marc de Launay, Dominique Pradelle et Philippe Quesne, Paris, Vrin, 2002.

Adolph Reinach, Les fondements apriori du droit civil, trad. Ronan de Calan, Paris, Vrin 2004.

Hans Lipps, Herméneutique phénoménologique, trad. S. Kristensen, Paris, Vrin 2004

Franz Brentano, L'origine de la connaissance morale suivi de La doctrine du jugement correct, trad. Marc de Launay et Jean-Claude Gens, Paris, Gallimard 2003.

Une édition et révision de la traduction Maurice de Gandillac de Franz Brentano, La psychologie du point de vue empirique, est en cours et devrait paraître chez Vrin en 2006.

 

Journées, colloques consacrés à Husserl

Les Archives Husserl ont organisé en juin 2001 une colloque international: Les Recherches Logiques de Husserl, une oeuvre de percée, dont les actes sont parus en septembre 2003 aux Presses Universitaires de France: Husserl, La représentation vide, suivi de Les Recherches Logiques, une oeuvre de percée (éd. J. Benoist, J.-F. Courtine, 306 pages), avec des contributions de J. Benoist, R. Bernet, R. Brisart, J.-F. Courtine, F. Dastur, Ph. Ducat, J. English, D. Fisette, J.-F. Lavigne, D. Lohmar, J.-L. Marion, U. Melle, D. Pradelle, R. Sokolowsi.

Les Archives Husserl organisent en mai 2005 une journée (coordonnée par Jocelyn Benoist) consacrée à L'origine de la géométrie;

Les Archives Husserl organisent les 24 et 25 juin 2005 un colloque international (coordonné par Marc Crépon et Jocelyn Benoist), à l'occasion du 100ème anniversaire des Leçons sur la conscience intime du temps (participants: Alexandre Schnell, Bernard Stiegler, Claude Romano, Dan Zahavi, Daniel Giovannangeli, Denis Perrin, Françoise Dastur, Frédéric Worms, Jean-François Courtine, Laszlo Tengelyi, Marc Crépon, Marc de Launay, Paolo Spinicci, Renaud Barbaras).

Les Leçons sur le temps professées par Husserl en 1905 constituent un texte à part dans la tradition phénoménologique. D'abord parce que, du point de vue de Husserl lui-même, dans une phase d'élaboration active de la phénoménologie, ouverte par les Recherches Logiques (1900/1901), elles représentent un point d'avancée extrême de la réflexion sur le concept fondamental de la phénoménologie: le concept d'intentionalité. Husserl touche en effet ici ce qui, selon lui, forme le soubassement de cette donnée première qu'est l'intentionalité, à savoir la structuration originairement temporelle de la conscience. Il y a là une forme de butée ultime du point de vue descriptif - ce à quoi une «phénoménologie» ne peut pas ne pas s'affronter. - C'est un point qui n'a pas échappé aux élèves de Husserl, que cela soit dans le sens d'une remise en question (faire échapper le temps à la conscience) ou d'un approfondissement (découvrir au coeur de la conscience, comme une forme d'absolu temporel). Aussi ce texte, dès la première génération de disciples (Heidegger, qui l'a édité), a donné lieu à une très riche tradition, comme un lieu où la phénoménologie se voyait en quelque sorte poussée à sa limite, et par rapport auquel elle devait nécessairement prendre position. Notamment - mais pas exclusivement - on peut souligner le rôle central joué par cette phénoménologie de la conscience intime du temps dans l'histoire de la phénoménologie française, qu'il s'agisse d'Emmanuel Levinas, de Jacques Derrida ou de Michel Henry, où elle a nourri une très vive discussion et dont elle a très largement fondé les intuitions. Aujourd'hui, profitant d'un certain renouvellement des lectures (prise en compte de l'inscription de la pensée de Husserl dans la tradition brentanienne, dont elle discute également la psychologie du temps, de façon décisive pour son concept d'intentionnalité; meilleure connaissance et évaluation de la recherche husserlienne sur cette question après la publication des manuscrits de Berna (Husserliana, XXXIII (2001), il est temps de faire le point sur l'apport, considérable, de cette oeuvre, pour les phénoménologies et bien au-delà pour les philosophies du XXème siècle dans leur diversité d'inspiration.

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Opération 5: La phénoménologie en contexte

1) Le mouvement phénoménologique:

Merleau-Ponty;

Patocka, Ingarden

La phénoménologie française

 

Bilan:

Nous avons poursuivi dans le cadre du contrat quadriennal (2002-2005) notre étude historique de l'Ecole phénoménologique et de ses principales figures: l'enquête a d'abord une dimension historique, mais elle vise aussi ou surtout à situer les auteurs ou les groupes pris en considération par rapport aux principales thématiques husserliennes (intentionalité, théorie de la signification, grammaire logique, constitution, réduction, problématique de la temporalité et de l'intersubjectivité, de l'historicité et de la téléologie, du monde de la vie, etc) et à leur évolution (ledit «tournant transcendantal»). Il s'agit donc d'établir une cartographie d'un mouvement, riche en dissidences, lesquelles comptent certainement pour beaucoup dans sa vitalité sur déjà un siècle entier.

Cette méthode a permis aussi d'envisager des «Cercles» dont l'influence a été notable, même s'ils se composent d'auteurs tenus pour secondaires (Cercle de Münich, Cercle de Göttingen, courant de la phénoménologie réaliste).

Après plusieurs années de séminaire (dirigé par Renaud Barbaras) consacrées, jusqu'en 2001, à l'oeuvre de Merleau-Ponty, pour tenir compte de publications récentes majeures:- les notes de cours du Collège de France sur La nature, cours de 1956-57 et 1957-58; - «Les notes de cours 1959-1961: la philosophie aujourd'hui; l'ontologie cartésienne et l'ontologie d'aujourd'hui; Philosophie et non philosophie depuis Hegel; - Les notes du commentaire à l'Origine de la géométrie de Husserl», ce programme de recherches consacré à l'Ecole phénoménologique et aux principaux disciples de Husserl a été poursuivi autour de l'oeuvre du philosophe tchèque Jan Patocka.

De nombreux travaux en sont issus: au-delà des numéros spéciaux de la revue Chiasmi, les thèses d'Emmanuel de Saint-Aubert (un volume paru, chez Vrin, en 2004: Du lien des êtres aux éléments de l'être. Merleau-Ponty au tournant des années 1945-1951) et d'Etienne Bimbenet, Nature et humanité. Le problème anthropologique dans l'oeuvre de Merleau-Ponty, Vrin, 2004.

Renaud Barbaras a particulièrement étudié, dans les séminaires de 2001-2002 et 2002-2003 l'oeuvre de Jan Patocka (1907-1977), pour des raisons fondamentales (c'est certainement une figure majeure et originale de la tradition phénoménologique, notamment à travers son projet d'une phénoménologie a-subjective), mais aussi pour des raisons documentaires ou éditoriales: Constitution d'un fonds Patocka à Vienne et à Prague et publication savante et raisonnée du Nachlaß. C'est désormais l'Institute for Human Sciences (Vienne), en collaboration étroite depuis 1998 avec les Archives de Prague et le Center for Theoretical Study de l'Académie des sciences de Tchèque qui édite la série des Ausgewähte Werke, cinq volumes parus depuis 1992, sans compter la nouvelle série: Texte aus dem Nachlaß, éditée par Karel Novotny.

Prospective:

Ce programme sera poursuivi et renforcé dans les années à venir grâce à l'accord de coopération (PAI - «échange de chercheurs sur projet conjoint») présenté devant l'Académie des Sciences de la République Tchèque et la Direction des Relations Internationales du CNRS par l'UMR et les Archives Pactocka de Prague (Institut de Philosophie et Académie des Sciences: Karel Novotny, Pavel Kouba, Jan Sokol). Plusieurs chercheurs et enseignants chercheurs sont associés à ce projet (piloté par Marc Crépon): Fr. Dastur, R. Barbaras, P. Rodrigo, B. Bégout, G. Deniau et J.-F. Courtine.

Cette opération a donné lieu à plusieurs publications (Fr. Dastur, La phénoménologie en question, Paris, Vrin, 2004; Renaud Barbaras, in P. Dupond (éd.): La phénoménologie: un siècle de philosophie, Dioti, n°7, 2002, ) à une journée d'études (mai 2002) (Laszlo Tengelyi, Pavel Kouba, Karel Novotny, Filip Karfik, F. Dastur), et à un colloque international (25 et 26 octobre 2002), coordonné par Wioletta Miskiewicz: «Philosophie et action selon Patocka» (voir plus loin, liste des colloques).

a) Les années de séminaires, à chaque fois dédoublées, consacrées à Merleau-Ponty et à Patocka, scandées par des «journées de travail» qui ont donné lieu à publication (Les Etudes Philosophiques, Chiasmi International), ne nous ont pas permis de remplir le programme sans doute trop ambitieux que nous nous étions d'abord assigné. C'est pourquoi nous relançons, dans le cadre de ce nouveau contrat quadriennal, le projet, piloté par Jean-François Lavigne, de consacrer au moins deux années d'études au philosophie polonais Roman Ingarden (1893-1979). Cet élève de Husserl a développé une oeuvre critique originale et dont l'influence fut déterminante, avec celle de K. Twardowski, pour la philosophie polonaise contemporaine. Surtout connu pour sa contribution à l'étude de l'ontologie de l'oeuvre d'art (Vom Erkennen des literarischen Kunstwerkes, 1968), l'importance de la contribution d'Ingarden à la phénoménologie (théorie de la connaissance, ontologie) ressort depuis quelques années, grâce notamment à l'édition des Gesammelte Werke, en cours, chez Niemeyer (8 volumes parus, édités par Wlodzimiecz Galewicz). On s'attachera d'abord à sa contribution à l'«ontologie» (Der Streit um die Existenz der Welt, 3 volumes, Tübingen 1964-1974): ontologie existentielle, ontologie formelle, ontologie matérielle, et à ses analyses des différents modes d'être des objets (objets temporels: événements, processus, états), des objets individuels, des états de choses, des relations, des régions (monde, conscience) La perspective historique recoupe ici le propos «systématique» de confrontation des distinctions phénoménologiques avec celles de la philosophie analytique («métaphysique analytique»).

Au-delà de Ingarden, nous étudierons la tradition réaliste de la phénoménologie (le Cercle de Münich: Pfänder, A. Reinach) et l'oeuvre d'Hedwig Conrad-Martius.

Un colloque Reinach a été organisé les 15 et 16 février 2002, en collaboration avec l'Ecole Doctorale de Philosophie de Paris-I: «Reinach: philosophie du langage, philosophie du droit, ontologie».

b) La phénoménologie française:

(sous la direction d'Emmanuel de Saint-Aubert, Renaud Barbaras, Jean Greisch, Marc Crépon). Cette opération poursuit un double objectif:

- prendre en vue avec un recul qui paraît aujourd'hui suffisant, dans sa continuité et sa variété, le développement de la phénoménologie dite française, depuis la première réception de Husserl et de Heidegger (une exploration systématique des Recherches philosophiques (1931-1937) s'impose) jusqu'aux ultimes développements critiques de la dernière génération des «grands» phénoménologues français: J.-T. Desanti, Michel Henry, Paul Ricoeur, Jacques Derrida. Il s'agit, en d'autres termes, d'apprécier en quelle mesure une grande partie de la philosophie «française» du siècle dernier a été formée «à l'école de la phénoménologie»;

- resituer ces développements, marqués aussi bien par des ruptures (secrètes ou proclamées), des «retours», des réappropriations, dans leur contexte d'époque: les débats proprement théoriques, mais aussi le mouvement des idées sociales et politiques. Le terme clef est ici celui de «contextualisation», selon une méthode de lecture mise en oeuvre récemment par Emmanuel de Saint-Aubert dans ses travaux sur le premier Merleau-Ponty. Cette série d'enquêtes, de longue haleine, devrait permettre, entre autres choses, de comprendre comment, au plan de la réception internationale, a pu se constituer une «tradition» identifiable comme «phénoménologie française» (cf. le travail, déjà ancien de Bernhard Waldenfels, Phänomenologie in Frankreich, Suhrkamp 1983). Les recherches ont déjà été abordées sur deux fronts:

aa) Faisant suite aux séminaires dirigés à l'Ens par Renaud Barbaras (et dont les travaux ont été publiés dans la revue Chiasmi International, Emmanuel de Saint-Aubert a animé, dans le cadre du Magistère de Philosophie contemporaine de l'ENS (Paris-I, Paris-IV) depuis 2001 un atelier: «analyse génétique des corpus, contextualisation, intertextualité: l'exemple de Merleau-Ponty» qui a permis notamment d'élucider le rapport de Merleau-Ponty à l'oeuvre de Piaget, Wallon, Schilder, Melanie Klein et Lacan, mais aussi d'approfondir le sens merleau-pontien de la chair, en lien avec les approches neurologiques comme psychanalytiques du schéma corporel (Head, Schilder, Dolto, Pankow), ainsi qu'avec les exploitations respectives que Piaget et Lacan font de la topologie mathématique, et avec l'approche gestaltiste et phénoménologique de la vision en profondeur.

Dans cette perspective génétique et contextuelle (illustrée par les travaux déjà publiés d'Emmanuel de Saint-Aubert), sont déjà programmées, à partir de l'année académique 2005-2006, une série de journées d'études consacrées à la relecture de l'oeuvre de Merleau-Ponty à la lumière des inédits. Le premier axe thématique de ces journées est celui de la conception merleau-pontienne de la spatio-temporalité.

bb) Marc Crépon a engagé en 2003-2004 un séminaire «Derrida» (1930-2004) à l'Ecole normale supérieure: «Lectures de Jacques Derrida» qui s'est d'abord attaché (cf. programme des séminaires) à l'appropriation critique de la phénoménologie husserlienne. En 2004-2005, le séminaire porte sur les aspects plus récents du travail de J. Derrida, et en particulier sur son analyse critique des pensées de l'histoire et du messianisme («messianité sans messianisme»). Par là, ce séminaire recoupe d'autres opérations (Opération 7: l'historicité et le temps de l'histoire). Il s'articule aussi tout à fait directement à un volet des recherches de Jean-Claude Monod qui portent sur le point de départ phénoménologique de l'oeuvre de Hans Blumenberg (la thèse d'habilitation, encore inédite, Die ontologische Distanz. Eine Untersuchung über die Krisis der Phänomenologie Husserls témoigne de la profondeur de cet ancrage phénoménologique). C'est aussi en fonction de cet horizon que Blumenberg aura développé le projet d'une critique du langage et de ses arrière-plans métaphorologiques, en engageant une réflexion de grande ampleur sur les processus de métaphorisation dans l'histoire de la pensée philosophique et scientifique. Le «chantier» «phénoménologie et métaphorologie», ouvert par Jean-Claude Monod permet ainsi de renouer de manière tout à fait inédite le fil d'interrogations phénoménologiques sur la métaphore, telles qu'elles ont été développées en France par Paul Ricoeur (La métaphore vive) et Jacques Derrida («la métaphore originaire», in De la grammatologie; «la mythologie blanche» in Marges, 1972).

Rappelons aussi la série des séminaires consacrés chaque année, sous la responsabilité de Françoise Dastur et d'Eliane Escoubas), et en liaison avec le «centre de phénoménologie» de l'Université Paris-XII), à la Daseinsanalyse et à la Psychiatrie phénoménologique. (voir le détail des programmes infra).

 

2) La genèse et le contexte de la phénoménologie husserlienne:

L'Ecole de Brentano et la philosophie autrichienne: Twardowki, Meinong, Marty;

«propositions, état de choses» (Jocelyn Benoist), journées Brentano;

Ontologie, ontologie formelle, théorie de l'objet;

La Gestalttheorie (Jocelyn Benoist, Jean-François Courtine, Jacques English, Marc de Launay)

 

Bilan:

Pour apprécier la percée de la phénoménologie dans les Logische Untersuchungen, on s'est attaché à étudier historiquement Husserl en tant que philosophe autrichien et disciple de Brentano. Une série d'enquêtes était destinée à éclairer l'arrière-plan problématique [logique, sémantique, philosophie de l'arithmétique (Husserliana, vol. XII, XXI, XIII)] et le contexte historico-doctrinal (Brentano, E. Mally, A. Marty, C. Stumpf, A. Meinong, Ch. Von Ehrenfels) de la première philosophie de Husserl, à l'époque de la fondation des Recherches Logiques (1886-1901), jusqu'aux leçons de 1908, Vorlesungen über Bedeutungslehre (trad. fr. Jacques English), en passant par les cours de 1907-1908, Einleitung in die Logik und Erkenntnistheorie (trad. fr. Laurent Joumier). - Les travaux récents (B. Smith, K. Mulligan, K. Schuhmann) sur la psychologie dans l'Ecole de Brentano, la naissance de la Gestalttheorie, la problématique du jugement chez A. Reinach (trad. Marc de Launay) et J. Daubert, mais aussi les recherches de R. Chisholm et plus anciennement de R. Haller sur A. Meinong et l'Ecole de Graz ont déjà fourni plus que des matériaux à une enquête destinée systématiquement à recontextualiser la phénoménologie husserlienne (cf. aussi Robin D. Rollinger, Husserl's Position in the School of Brentano, Nijhoff 1999, et Dale Jacquette, Liliana Albertazzi et Roberto Poli, The School of A. Meinong, Ashgate, 2001).

Mentionnons ici les récents travaux de Jocelyn Benoist qui auront joué un rôle déterminant dans cette orientation:

Représentations sans objet. Aux origines de la phénoménologie et la philosophie analytique, Puf, 2001; Intentionalité et langage dans les Recherches Logiques de Husserl, Puf 2001; Entre acte et sens, la théorie phénoménologique de la signification, Vrin, 2002; et rappelons le colloque organisé en janvier 2004: «Brentano et la «Richtigkeit»: vérité, justification et correction».

Signalons enfin le numéro des Etudes Philosophiques, janvier-mars 2003, «Brentano et son Ecole», coordonné par J. Benoist.

Prospective:

Cette opération, caractérisée par sa méthode «archéologique», ouverte sur la longue durée (cf. les séminaires animés en 1999-2000 et 2000-2001, par J.-F. Courtine et Cyrille Michon, sur la problématique de l'intentionnalité, dans son origine médiévale complexe), se poursuivra en 2006-2009, contribuant à la confrontation phénoménologie - philosophie analytique, rendue possible par ce retour amont aux sources de la phénoménologie husserlienne et au complexe de problèmes propre à la philosophie autrichienne, après Bolzano et dans l'Ecole de Brentano.

C'est dans ce cadre que J.-F. Courtine reprend dans ses séminaires de DEA: «ontologie, ontologie formelle, théorie de l'objet» (2001-2002, 2004-2005) l'ensemble du dossier relatif à la «Vorstellung» afin de reconstruire et suivre les analyses doctrinales de la représentation, de l'acte, du contenu et de l'objet, en remontant aux thèses bolzaniennes (représentation objective, représentation en soi, représentation sans objet) qui demeurent au centre des discussions, tant dans le Cercle de Vienne, que chez Brentano, Meinong, Mally, Marty, Husserl. C'est dans le cadre de cette problématique que prennent leur sens aussi bien les analyses de Twardowski que les thèses réistes du dernier Brentano, ultime réaction à l'idée de «tinologie» (théorie du «quelque chose en général» (etwas, ti). Les théories de l'objet (Meinong) forment également l'arrière-plan de la détermination brentanienne du «réel chosique» et de la décision résolue de se détourner de tout «non-réel» (Abkehr vom Nicht-Realen, recueil de lettres de Brentano et de courts traités tirés du Nachlaß et édités par F. Mayer-Hillebrand, dont nous avons programmé la traduction française).

On s'attachera ensuite à reconstruire les passages conduisant de la problématique de la représentation et du jugement à la théorie de l'objet, à la fois relève de l'ontologie classique moderne (celle à laquelle Kant avait cru pouvoir substituer une analytique de l'entendement pur), et délimitation sectorielle de la métaphysique. C'est principalement l'oeuvre de Meinong et de ses disciples (E. Mally, mais aussi, au plan de la réécriture de l'histoire de la philosophie, Hans Pichler) qu'il nous faudra prendre ici en vue. Parti lui aussi de la caractérisation brentanienne des phénomènes psychiques par l'orientation sur quelque chose (le Gerichtetsein auf etwas), Meinong centra son interrogation sur cet «etwas» devenu le pivot d'une science générale de l'objet. Il importe d'abord de contredistinguer cette dernière de la métaphysique qui n'est pas assez «universelle» pour englober le traitement général du «Gegenstand» hors-être (Außersein). Cette recherche devrait déboucher sur l'organisation d'un colloque international permettant de confronter les thèses des principaux interprètes de Meinong et des «néo-meinongiens» (Dale Jacquette, Karel Lambert, E. Zalta).

Ce programme permettra aussi de situer Husserl et son projet d'ontologie formelle (Prolégomènes à la logique pure, Logique formelle et logique transcendantale) par rapport à ces théories de l'objet, et de confronter l'entreprise de Meinong aussi bien aux critiques de Brentano qu'à celles de B. Russell (les Comptes rendus critiques parus dans Mind (de 1904 à 1907), et On denoting (1905).

Confrontations:

phénoménologie, philosophie du langage, structuralisme (Jocelyn Benoist, Jean-Claude Monod, Emmanuel de Saint-Aubert).

Cet troisième axe envisage 1) la confrontation, historique et conceptuelle, de la phénoménologie avec d'autres aspects de la pensée philosophique et extra-philosophique du XXème siècle: essentiellement la philosophie analytique et le structuralisme; 2) la réouverture d'une recherche d'inspiration phénoménologique actuelle, non seulement historique, mais thématique, portant sur des champs empiriques: langage, esprit (perception et cognition), société; logique phénoménologique et perception: formes et formats de l'expérience.

Jocelyn Benoist, responsable de cet axe y poursuivra les recherches entreprises sur les sources autrichiennes de la phénoménologie, qui mettent la phénoménologie au contact de la philosophie analytique, via l'héritage de Bolzano et, dans une certaine mesure, celle de Brentano (cf. supra 5, 2, b).

C'est dans ce même cadre historique et doctrinal général, que Jocleyn Benoist a dirigé en 2002-2003 et 2003-2004 un séminaire: «Propositions et états de choses», dont les résultats paraîtront chez Vrin en 2005, avec des contributions de Ronan de Calan, Arianna Betti, Jean-Baptiste Rauzy, Paola Cantù, Charles Travis, François Recanati, Christophe Alsaleh, Bruno Ambroise, Ali Benmakhlouf, Jean-François Courtine.

Il s'agissait de s'interroger sur la manière dont la phénoménologie, dans son double effort de développer une théorie de la signification et de son corrélat ontologique, a cultivé deux types d'entités jumelles bien que de statut non équivalent: les propositions et les états de choses. I

Il s'agissait d'en interroger la situation historique et philosophique, en mettant la théorie phénoménologique à l'épreuve de sa confrontation avec d'autres traditions qui ont pu avoir une réflexion comparable sur les mêmes objets (pré-histoire de la philosophie analytique, néo-kantisme) et avec les théories contemporaines qui en réactualisent les intuitions (sémantique, métaphysique analytique). Mentionnons aussi, dans la même perspective de confrontation, l'ouvrage, sous presse, de Jocelyn Benoist, Les limites de l'intentionalité. Recherches phénoménologiques et analytique, Vrin 2005, et le séminaire 2004-2005 «structures linguistiques et structures perceptives», coordonné par J. Benoist et Jean Petitot (CREA-Polytechnique) qui s'attachera à interroger l'héritage de la phénoménologie (théorie de la signification, phénoménologie de la perception, analyse intentionnelle) à la lumières des recherches empiriques actuelles tant dans le domaine des neurosciences cognitives que dans celui de la linguistique et de la sémantique.

Dans le prolongement de recherches menées du point de vue de la philosophie du langage, on envisage un colloque consacré à Anton Marty, brentanien particulièrement intéressant tant pour les philosophes que pour les linguistes, pour son exploration de la notion de syntaxe et de ce que l'on pourrait appeler avant la lettre «l'intention du locuteur».

En élargissant la même perspective, on se propose ensuite d'aborder la question «phénoménologie et structuralisme» qui, pour l'instant, a été à peine effleurée du point de vue linguistique alors qu'il y aurait beaucoup à dire, suivant les travaux pionniers d'Elmar Holenstein, par exemple sur la provenance de la pensée de Jakobson dans un certain état de la théorie husserlienne de la signification.

Dans le prolongement de ses recherches sur l'oeuvre d'Hans Blumenberg, Jean-Claude Monod ouvre de son côté (avec Marc Crépon et Emmanuel de Saint-Aubert) un nouveau chantier de recherches complémentaire: «phénoménologie et métaphorologie», en prenant pour fil conducteur les questions relatives à la métaphore soulevées en France dans les années soixante par Paul Ricoeur et Jacques Derrida. Il s'agira, dans le cadre d'un séminaire pluri-annuel («nécessité ou impossibilité d'une métaphorologie: approches phénoménologiques du langage»)

a) dans un premier temps, d'examiner les évolutions et les refontes de la métaphorologie de Blumenberg, à partir du texte décisif paru dans l'Archiv für Begriffsgeschichte en 1960: Paradigmen zu einer Metaphorologie, jusqu'au complément ajouté à Schiffbruch mit Zuschauer (1979): «Ausblick auf eine Theorie der Unbegrifflichkeit»;

b) de reconstituer la problématique phénoménologique originaire en tant qu'elle rencontre inévitablement le problème du «logos», du langage dans lequel s'appréhende tout phénomène: dans quelle mesure le langage peut-il faire l'objet d'une «réduction phénoménologique»? Dans quelle mesure est-il co-impliqué dans toute saisie d'objet par la conscience? Il s'agira donc de reconstruire la réflexion phénoménologique sur le langage, à partir des premiers textes de Husserl, jusqu'à la rupture opérée par Heidegger en direction d'un autre mode de logos - poétique et «dévoilant» plutôt que placé sous l'idéal descriptif de la science pure - et ses développements dans la phénoménologie française, chez Merleau-Ponty, Ricoeur, Derrida.

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Opération 6: Une autre histoire de la philosophie austro-allemande

1) Les néokantismes

L'Ecole de Bade, Rickert (nouvelle édition critique - Heinrich Rickert-Forschungsstelle de l'Université Heinrich Heine de Düsserldorf), Emil Lask.

 

Bilan:

Le travail engagé depuis de nombreuses années par Marc de Launay, Fabien Capeillères et Eric Dufour, et qui a donné lieu à des séminaires, des numéros de revue, des traductions (Cassirer, Cohen, Natorp, L'Ecole de Marbourg, Le Cerf 1998; Cohen, Natorp, Cassirer, Rickert, Windelband, Lask, Cohn, Néokantismes et théorie de la connaissance, Vrin 2000; W. Windelband, Qu'est-ce que la philosophie? et autres textes, Vrin 2002; Emil Lask, La logique de la philosophie et la doctrine des catégories, Vrin 2003), sera poursuivi, en mettant l'accent sur l'Ecole de Bade (Ecole du Sud-Ouest), et en s'attachant principalement à l'étude de deux oeuvres majeures: le Gegenstand der Erkenntnis de H. Rickert (maître de Lask et de Heidegger) et l'Allgemeine Psychologie de P. Natorp.

D'un point de vue «systématique», demeurent privilégiées les problématiques du jugement et des catégories, la critique du donné («es gibt») et de l'immédiateté..

Prospective:

L'ouvrage majeur de H. Rickert a connu, comme on le sait six éditions de 1892 à 1928; il a plus que triplé de volume et constitue, dans ses différentes versions, un témoignage de toute première importance pour les discussions philosophiques de l'époque: l'Ecole de Marbourg, la philosophie d'Emil Lask, la phénoménologie (Husserl et Heidegger), la philosophie de la vie. L'édition critique des Sämtliche Werke en 7 volumes actuellement en cours de publication, sous la direction de Rainer A. Bast («Heinrich Rickert-Forschungsstelle», auprès de l'Université Heinrich Heine de Düsserdorf) permettra enfin l'étude approfondie du rôle de Rickert, entre néokantisme et phénoménologie;

Quant à l'Allgemeine Psychologie de Natorp (1912) dont Eric Dufour et Julien Servois procureront la traduction (à paraître chez Vrin à l'automne 2007), son importance tient au fait que l'ouvrage ouvre une discussion avec les autres membres de l'école de Marbourg, qu'elle propose également une analyse du statut de la psychologie du xixe siècle, à titre de science, et une tentative des sauvegarder le rôle de la philosophie qui seule peut fonder une psychologie non empirique. L'Allgemeine Psychologie, en ce sens, est l'aboutissement d'un travail inauguré avec l'article de 1887 («Sur la fondation objective et subjective de la connaissance») et l'opuscule de 1888 (Introduction à la psychologie selon la méthode critique).

Elle est aussi, et du même coup, une explication avec Husserl et une critique de la phénoménologie. Natorp qui a entretenu un dialogue serré avec Husserl (cf. le vol. V de la correspondance de Husserl dans les Husserliana) est aussi un critique sévère de l'égologie husserlienne.

2) L'herbartisme et la tradition autrichienne:

Bilan:

A partir du groupe de travail mis en place par Carole Maigné (Maître de Conférences, Paris-IV) et Jocelyn Benoist (Paris-I - CNRS) en 2001-2002 et 2002-2003, une nouvelle opération de recherche structurante a été définie qui s'attache à l'étude de traditions souvent tenues pour mineures dans l'histoire de la philosophie allemande et austro-allemande, après Kant.

Le point de départ en est l'oeuvre J-F Herbart (1776-1841) et sa réception multiple dans la tradition allemande et autrichienne: à travers une exploration fine des textes et des thématiques de Herbart et de toute son école, très importante au XIXème siècle, il s'agit de situer cette tradition dans le contexte allemand du kantisme, du postkantisme, puis de l'idéalisme absolu et de sa chute. Le choix de travailler sur les multiples réceptions de la Critique de la raison pure au XIXe siècle s'impose dans la mesure où il permet de confronter des auteurs certes très différents dans leurs positions, mais qui tous participent de cette critique de la Critique, sans nécessairement appartenir à la tradition de l'idéalisme absolu; sans négliger les premières «métacritiques» (Hamann, Herder, Schleiermacher) les principaux auteurs retenus sont des contemporains de Herbart et de Fries, tels G. U. Brastberger, J.H. Lambert et E. Beneke; des psychologues tels H. Helmholtz et W. Wundt, des mathématiciens et physiciens tels B. Riemann, L. Boltzmann et H. Reichenbach, ou encore des philosophes de la seconde moitié du XIXe siècle qui discutent l'herbartisme au moment où il s'impose fortement en tant qu'Ecole, tels A. Trendelenburg, F.A. Lange, H. Cohen.

Prospective:

L'herbartisme et la tradition autrichienne: cette piste semble de plus en plus féconde et à plusieurs titres, qu'il s'agisse du réalisme en ontologie, du psychologisme et de l'indépendance croissante de la psychologie à l'égard de la philosophie, qui vaut tant en Allemagne que dans l'empire austro-hongrois, mais aussi de la relation qu'instaure l'herbartisme entre éthique et esthétique. Un premier aspect de ces recherches débouchera très prochainement sur la traduction et la présentation de la correspondance entre Bernard Bolzano et F. Exner, disciple de Herbart . Cet échange (1833-1834, pour l'essentiel) cristallise la rencontre de deux auteurs dont les idées vont se ramifier et s'étendre sur tout le XIXe siècle en Autriche et en Bohême, notamment grâce à leur disciple commun, Robert Zimmermann. La littérature critique présente souvent cette correspondance de manière dramatique: son issue scellerait le sort de la philosophie autrichienne, illustrant l'implantation de l'herbartisme par l'échec de la conversion d'Exner au bolzanisme. Des problèmes cruciaux y sont discutés, tels les rapports entre intuition et concept, le statut des propositions et vérités en soi de Bolzano, le problème de l'objectualité (Gegenständlickeit) des représentations, des «représentations sans objet». On en retrouve de nombreux échos dans l'Ecole de Brentano: K. Twardowski, A. Meinong, E. Husserl (cf. supra Opération 5).

Un second volet de ces recherches autrichiennes concerne la portée de l'herbartisme en esthétique, très peu étudiée à ce jour, aussi peu que l'esthétique de Herbart proprement dite. Carole Maigné dirige, avec Céline Trautmann-Waller, germaniste, maître de conférence à Paris-VIII (en délégation auprès de l'UMR en 2002-2004), un groupe de recherches autour du formalisme esthétique dans la philosophie autrichienne, en prenant en compte toute son extension spatiale en Europe centrale. Loin d'avoir formé une école fixée en un lieu déterminé, l'herbartisme se caractérise au contraire par sa dispersion géographique tout autant que thématique (cf. Herbarts Kultursystem, A. Hoeschen, L. Schneider (dir.), Königshausen & Neumann, Würzburg, 2001). Le formalisme esthétique issu de Herbart débouche aussi sur une philosophie des valeurs et constitue un champ intellectuellement cohérent, qui couvre en fait l'espace de diffusion de la langue allemande au XIXe siècle. Outre l'analyse proprement dite de cette esthétique si répandue à l'époque, mais encore très mal connue, ce projet vise à réécrire une histoire européenne de la philosophie largement oubliée en ses grandes lignes (même si les travaux sur l'histoire culturelle de l'Europe centrale, sur la «Vienne fin de siècle», sur la philosophie dite «autrichienne» abondent), en proposant un éclairage très peu exploré: celui de l'influence considérable de l'herbartisme, de ses multiples ramifications et de ses diverses appropriations. L'école de Herbart se diffuse ainsi à Vienne (Institut de psychologie, Ecole viennoise d'histoire de l'art), à Prague («formalisme tchèque» et préhistoire du Cercle de Prague), à Graz, mais aussi en Pologne, et connaît des développements jusqu'en Russie («formalisme russe»). Cette vaste enquête interdisciplinaire devrait permettre de mieux comprendre l'histoire même des sciences humaines au XIXe siècle.

Cette opération, menée en collaboration avec l'Université de Graz (Prof. Reinhard Fabian), l'Université de Vienne (Prof. Sauer) et l'Université de Milan (Prof. R. Pettoello) a déjà donné lieu à plusieurs publications importantes:

Carole Maigné, Le réalisme rigoureux de J.-F. Herbart, accompagné d'une traduction inédite des Points principaux de la Métaphysique, Vrin 2004.

Cahiers de Philosophie de l'université de Caen, n° 26, 2001 (sous la dir. de Carole Maigné). Numéro Herbart, avec une traduction inédite: «De la possibilité et de la nécessité d'appliquer les mathématiques à la psychologie» (1822);

Quand Berlin pensait les peuples. Anthropologie, ethnologie et psychologie (1850-1890), coll. sous la direction de C. Trauttmann-Waller, éd. du Cnrs, 2004.

Un autre XIXème siècle allemand, numéro spécial de la Revue de Métaphysique et de Morale, 2002.

Sont déjà prévus en 2005 une journée d'études autour de l'esthétique herbartienne et un colloque international en 2006.

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Opération 7: Histoire, Historicité, Messianisme

(Reponsables: Marc Crépon, Marc de Launay, Jean-Claude Monod)

Le Groupe de Recherches sur l'Ontologie de l'Histoire, constitué en 1996 à l'initiative de l'Université de Lausanne (Raphaël Célis, Fabio Merlini) et des Archives-Husserl de Paris (Jocelyn Benoist, Jean-François Courtine) s'était fixé le programme suivant:

S'intéresser à toutes les questions qui relèvent de l'ontologie de l'Histoire et de la pensée contemporaine de l'historicité post-hégélienne, dans tous ses aspects, philosophiques ou non, y compris sociaux et politiques. L'axe de la perspective demeure bien sûr philosophique, mais l'apport des savoirs non-philosophiques (sociologie, économie, sciences humaines en général, à commencer par l'histoire elle-même) soumis à une interrogation philosophique sera considéré comme essentiel. Il s'agit de mener une interrogation globale sur l'être-historique de l'homme tel qu'il a pu se constituer et peut-être se défaire, en tout cas devenir problématique, dans les deux derniers siècles. On n'exclura donc a priori aucune référence philosophique ou extraphilosophique, même si le point de départ de la réflexion demeurera sans doute ce qu'on pourrait appeler la sortie de l'hégélianisme, telle qu'elle a caractérisé ces deux siècles, et si la formation des principaux animateurs du séminaire implique qu'une large part soit faite à l'aspect herméneutique (ou d'ailleurs à la critique de l'aspect herméneutique) de la question.

Il s'agira en un premier temps de lever un certain nombre de questions et de concepts qui doivent être au centre de notre problématique et rapidement être mis en débat, pour amorcer la réflexion commune. Simultanément, il faudra explorer certains lieux, historiques ou épistémologiques (doctrines, mais aussi événements), nécessaires à la clarification du problème. Toutes les doctrines ou les outils afférents doivent faire l'objet d'un tour d'horizon progressif, sous forme de séances consacrées à tel ou tel moment théorique partiel.

Le groupe de travail, qui a organisé régulièrement journées de travail et colloques, a donné lieu aux publications suivantes, éditées par J. Benoist et Fabio Merlini:

Après la fin de l'histoire. Temps, monde, historicité, Paris, Vrin 1998;

Historicité et spatialité. Le problème de l'espace dans la pensée contemporaine, Paris, Vrin, 2001;

Une histoire de l'avenir. Messianité et Révolution, Paris, Vrin 2004.

Pour des raisons personnelles et institutionnelles (nomination de MM. Vanni et Merlini dans une autre université), ce Groupe de recherches ne poursuivra pas ces activités dans le cadre de la coopération avec l'Université de Lausanne. Son programme n'en demeure pas moins pertinent, et il constitue désormais une nouvelle opération, à part entière, de l'UMR 8547. Celle-ci fédère en effet les travaux et séminaires menés ces dernières années par Marc Crépon, Gérard Bensussan, Marc de Launay et Jean-Claude Monod.

Rappelons les séminaires et les colloques consacrés à Franz Rosenzweig (lecture de l'Etoile de la Rédemption), 1999-2000, 2000-2001, 2001-2002; le colloque «Levinas et la politique», organisé en mai 2002 et coordonné par Gérard Bensussan et Michel Vanni; le colloque international «Fr. Rosenzweig, nouvelles lectures», coorganisé à Strasbourg et à Jérusalem, en juin 2003; le colloque international «La philosophie au risque de la promesse», organisé en décembre 2002 par Marc Crépon et Marc de Launay (les actes ont été publiés en 2004, éditions Bayard); les journées d'études organisées par Jean-Claude Monod («Travail du mythe et métaphores de la raison: les mondes de Hans Blumenberg», mars 2003; les séminaires régulièrement organisés par Jean-Claude Monod (2003-2004, 2004-2005), en collaboration avec Patrick Weil (Cnrs - Centre d'histoire sociale du XXème siècle): Laïcité, sécularisation; l'impact des migrations sur les modèles nationaux en Europe et en Amérique du Nord; le numéro spécial des Archives de Philosophie, coordonné par Jean-Claude Monod, consacré à H. Blumenberg (67/2, 2004) ou encore le séminaire coordonné par David Brézis (2003-2004), Judaïsme et pensée de la loi, ou enfin les séminaires réguliers de Mme Monique Schneider: le traitement de l'altérité; les ouvrages récents de Marc Crépon et Gérard Bensussan: Marc Crépon, Les promesses du langage, Benjamin, Rosenzweig, Heidegger (Vrin 2001); Gérard Bensussan, Le temps messianique, Temps historique et temps vécu, Vrin 2001.

Prospective:

La convergence de plusieurs programmes de recherches individuels conduit donc à lancer cette nouvelle opération susceptible d'intégrer et de féconder les enquêtes menées par Jean-Claude Monod sur l'histoire de la sécularisation dans la pensée allemande, les formes et le sens de la résurgence de la «théologie politique» dans la philosophie politique du XXème siècle, et celles de Marc Crépon et Marc de Launay sur la réappropriation philosophique et politique du messianisme par les auteurs juifs allemands du XXème siècle (F. Rosenzweig ou W. Benjamin). Il s'agira notamment de s'interroger sur l'analyse philosophique de l'historicité telle qu'elle a été diversement développée dans la tradition phénoménologique, en se démarquant de l'histoire positive et de la sociologie; d'interroger la notion de «messianisme», dans sa dimension philosophique et historique, ou, selon la formule de Jacques Derrida, d'envisager la possibilité d'un paradoxal «messianisme sans messianité».

Plusieurs journées de travail sont organisées en ce sens par Marc Crépon, Marc de Launay, Gérard Bensussan, ainsi que la publication d'un ouvrage collectif sur ce thème, qui correspond déjà aux enseignements de Marc de Launay et de Marc Crépon dans le cadre du Magistère de philosophie contemporaine de l'ENS. Il s'agira enfin, dans la ligne des travaux de Marc Crépon sur les «identités hétérogènes» (un ouvrage, altérités de l'Europe est à paraître en 2005, aux éditions Galilée), ou de David Brézis («le religieux et le politique»; La loi, de la tradition judéo-chrétienne aux penseurs de la modernité») d'articuler en mode critique la problématique de l'historicité (ou de la mission historique) aux diverses approches (politiques et sociologique) de la notion de communauté et des figures du «nous».

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